Il prête sa plume et son crayon à l'ornithologie contemplative

Dans son dernier ouvrage, Prête-moi ta plume, édité par Terre&Nature, l'artiste naturaliste Pierre Baumgart – chroniqueur pour votre hebdomadaire – nous plonge dans le monde fascinant des oiseaux. Le livre mêle croquis, gravures et récits personnels.
Céline Garcin
PIerre Baumgart dans son atelier genevois.
© Nicolas Righetti/Lundi 13
Prête-moi ta plume, le nouveau livre de Pierre Baumgart.
© DR
Dessin de la plume d'ara à l'origine de sa collection.
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Prête-moi ta plume, le nouveau livre de Pierre Baumgart.
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Il n’aime pas les étiquettes, encore moins les catégories. Lorsqu’on lui demande de résumer son activité, Pierre Baumgart hésite: «Je suis inclassable, j’aime bien tout mélanger», concède-t-il dans son vaste atelier installé sur les voies couvertes de Saint-Jean, à Genève.

Son nouveau livre, Prête-moi ta plume (en vente dès le 10 décembre), en est la parfaite illustration: l’artiste naturaliste y explore son lien intime avec les oiseaux à travers un ensemble de croquis, de gravures et de souvenirs personnels.

La plume originelle

L’ouvrage n’aurait peut-être pas vu le jour sans cette visite impromptue à la ménagerie du Cirque Knie à l’automne 1998. Pierre Baumgart flâne entre les wagons animaliers avec son fils aîné, Martin, âgé de deux ans, lorsque le regard de celui-ci est happé par un éclat jaune vif sur le sol. L’enfant se cabre dans la poussette. Il veut cette plume flamboyante qui s’est échappée de la cage des perroquets de Rapperswil (SG).

Son père, bonne pâte, finit par la lui ramasser. Il ne le sait pas encore, mais ce filament coloré vient de marquer le début d’une collection qui durera trois décennies. «Depuis ce jour, j’ai commencé à rassembler des plumes d’un peu partout», relate le quinquagénaire sortant un gros classeur visiblement trop petit pour contenir la centaine de pennes récoltées.

Curieusement, cet homme, passionné par le vivant, adhère peu au concept de collection. Il trouve ces amas de souvenirs «un peu tristes», les gens se concentrant davantage «sur ce qu’il leur manque que sur ce qu’ils ont déjà». Pour éviter cet écueil, il décide de «faire parler» les fragments d’oiseaux qu’il a recueillis. Ce sera le fil conducteur de son dernier livre.

Disponible en précommande

Le nouveau livre de Pierre Baumgart, Prête-moi ta plume, chroniques d’une ornithologie contemplative, sortira le 10 décembre prochain. Mais l’ouvrage de 152 pages peut déjà être précommandé sur la boutique de Terre&Nature:

boutique.terrenature.ch/prete-moi-ta-plume

L’influence de Robert Hainard

Loin de lui l’envie de rédiger un guide ou un ouvrage scientifique sur les plumes. Ce qui l’anime, c’est l’ornithologie contemplative. Celle où on prend le temps de nouer une relation avec l’oiseau, de s’émerveiller de l’instant présent, de restituer une réalité sans filtre ni artifice. C’est ce qui l’a conduit au dessin plutôt qu’à la photographie.

Cette posture, à mi-chemin entre la science, l’art et l’émerveillement, n’a pas toujours été facile à assumer. Étudiant aux Beaux-Arts, après un début avorté en biologie, Pierre Baumgart se souvient d’«avoir été bousculé». Ses dessins figuratifs d’animaux détonnent dans ce milieu artistique en quête d’avant-garde. Il finit par quitter l’école, mais pas son projet. Le jeune homme se forme auprès des plus grands spécialistes de l’époque, dont l’ornithologue Paul Géroudet et le naturaliste Robert Hainard.

Il reprend à ce dernier son procédé de gravure, proche de l’estampe japonaise. La technique nécessite du temps et de la minutie. Exactement ce qu’adore notre adepte de la lenteur qui peut retourner sept fois sur un site d’observation pour capter un détail. «C’est l’effort qu’on consacre aux choses qui leur donne leur saveur», martèle l’artiste en actionnant sa vénérable presse surplombée par une chouette en bronze, moulée d’après une sculpture de son mentor.

Un livre comme «manifeste»

Dans son livre, Pierre Baumgart s’est accordé neuf «respirations» qu’il nomme plus trivialement des «propos de vieux con». Il y parle de son rapport à la connaissance, aux images et aux réseaux sociaux, et déplore la vacuité de l’époque où l’instantanéité règne en maître. «Sans nostalgie», il défend l’apprentissage sur le terrain et les observations longues, des étapes indispensables pour aiguiser son regard.

«Ce livre est une forme de manifeste pour dire que je ne suis pas d’accord avec certaines évolutions de notre société», résume l’auteur qui signe chaque mois une chronique dans Terre&Nature. Se voit-il comme un artiste militant? «Ah non, c’est cliché l’artiste militant-engagé, bondit-il. Je n’aime pas être catalogué, mais si mon travail peut contribuer à montrer que la nature est un monde fragile qu’il faut protéger, tant mieux.»

Plus libre que jamais

Ce dernier-né d’une fratrie de quatre peine à dater sa passion pour la faune. Il saisit un grand cahier à anneaux. Ses pages intérieures abritent des dizaines d’oiseaux et de canards marins dessinés au crayon gris. «C’était en vacances en Bretagne, j’avais 12 ans, j’étais déjà ravagé à l’époque», précise l’ornithologue aux lunettes rondes.

Plus de quarante ans ont passé, mais la flamme n’a jamais quitté ce père de famille qui jure «n’avoir rien d’un ermite». À 56 ans, il se dit plus libre que jamais de suivre ses élans comme il l’entend. «Je ne suis ni ornithologue, ni naturaliste, ni écrivain, et je n’ai aucune ambition d’entrer dans l’histoire de l’art. En revanche, j’éprouve un grand plaisir à faire ce que je fais», confie-t-il en ajustant la chouette de Robert Hainard sur son socle.

+ D’infos pierre-baumgart.ch

Les jumelles et le froid

Chaque sortie de Pierre Baumgart est minutieusement préparée. Le naturaliste sait exactement quoi observer et où le chercher: «En tant que professionnel, je n’ai pas de temps à perdre, même si je ne suis jamais à l’abri d’un imprévu.» Sur le terrain, l’artiste installe ses jumelles sur un trépied. «C’est plus facile pour regarder et dessiner en même temps.» Comment s’accommode-t-il du froid dans cette posture statique? «Il faut être bien équipé et ensuite, c’est dans la tête. Quand on s’ennuie, on ressent plus vite le froid. À l’inverse, quand on est concentré, on y pense moins. Il m’arrive de claquer des dents quand j’ai terminé mon croquis. Et comme je fais de moins beaux dessins avec des moufles, j’ai appris à m’en passer.»

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