«On peut faire communiquer les arbres dans un laboratoire»
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Peut-on parler de communication entre les arbres?
On a tendance à mettre des mots humains pour parler des autres espèces. Mais il est difficile de parler de communication en l’état de nos connaissances. On peut faire communiquer les végétaux dans un laboratoire. En captant l’odeur émise par une plante agressée et en la transmettant par un tuyau jusqu’à une autre plante, on voit que celle-ci va aussi enclencher son mécanisme de défense. Mais c’est très difficile de reproduire cette expérience de façon convaincante dans la nature. Sur cette question, je fais partie des scientifiques sceptiques.
Quel phénomène avez-vous pu observer en laboratoire?
Pour nos expériences, nous utilisons généralement l’arabette des dames, une petite brassicacée qui pousse n’importe où. Nous plaçons ensuite sur la plante une chenille de la piéride du chou, qui mâche les feuilles avec une certaine voracité. Quand l’herbivore atteint une nervure centrale, la plante émet un signal électrique de 80 millivolts entre ses feuilles. Celui-ci enclenche la production de jasmonate, une hormone de défense, qui met en route tout un programme génétique ciblé sur la digestion de l’insecte. Celui-ci aura une croissance ralentie et sera dès lors plus vulnérable.
La réaction biochimique que vous venez d’évoquer est-elle également présente chez les arbres?
Oui, c’est une loi universelle chez les angiospermes et les gymnospermes, épicéas, feuillus, entre autres, ainsi que tous les végétaux de sous-bois. La plante blessée produit non seulement du jasmonate, mais aussi tout un bouquet volatile d’odeurs qui a pour but d’attirer les parasitoïdes. Ces petites guêpes viennent alors pondre leurs œufs dans l’herbivore, qui est maintenu vivant comme un zombie le temps que les larves soient assez grandes pour en sortir. Tous les arbres, dans la forêt, recourent à cette tactique quand ils sont attaqués: ils font appel à l’ennemi de leur ennemi pour se défendre.
L’émission de ces signaux, c’est quand même une forme de communication, non?
Je dirais qu’il y a une communication au niveau du végétal lui-même, entre les feuilles et les racines. Mais c’est une information qui est toujours très localisée. Dans la nature, aucune défense n’est plus forte que nécessaire. Pas question pour une plante de surinvestir sa protection au risque de prétériter sa croissance. Et s’il devait y avoir une communication entre les végétaux, mais à mon avis, on ne l’a pas encore trouvée, elle devrait être spécifique à chaque espèce.
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