Chez Dr Gabs, on ouvre la voie à une bière zéro carbone

La brasserie de Puidoux (VD) a mis en place un système de récupération de gaz carbonique. En collaboration avec une start-up genevoise et avec l'aide du Canton de Vaud, l'entreprise veut à la fois réduire ses émissions et ses coûts d'achat de CO2.
Elise Dottrens
Au sol, seulement quelques mètres carrés ont été nécessaires pour accueillir le nouveau dispositif.
© Élise Dottrens

Elle est bien de chez nous, connue bientôt aux quatre coins de la Suisse, et dorénavant, la bière Dr Gabs se veut encore un peu plus écoresponsable. Car depuis le début de cette année, le brasseur de Puidoux (VD) s’est lancé dans la récupération du CO2 émis par la fermentation de ses potions.

Lors de cette étape, chaque molécule de sucre engendre de l’alcool et du CO2. Si une partie reste dans la bière et lui donne de quoi pétiller dans la pinte, une grande partie est relâchée dans l’air. Un énorme gaspillage, d’autant plus que le processus de production nécessite du CO2, pour recarbonater la bière, par exemple.

Filtrer, stocker, réutiliser

En effet, il est nécessaire de laisser s’échapper une partie du CO2 produit lors de la fermentation afin d’éviter une surpression dans la cuve, avant de procéder ensuite à la recarbonatation en réinjectant du gaz dans la bière pour atteindre le niveau souhaité. Mais la majorité du carbone est utilisée pour le conditionnement, pour déplacer le produit d’un tank à l’autre, par exemple, ou pour pressuriser les cuves. Pour les propriétaires, il fallait trouver un moyen d’économiser en réduisant les émissions et donc les dépenses. Un processus qui est désormais lancé avec la mise en place d’un système de récupération du gaz carbonique.

Dans un petit coin de la brasserie, trois discrètes installations ont donc fait leur apparition. Il y a d’abord les quelques tuyaux qui transportent le CO2 dans un appareil qui le filtre et le nettoie. Il est ensuite envoyé et stocké dans un grand ballon noir, petit zeppelin d’environ 5 m3, qui se gonfle et se dégonfle selon le flux de gaz dans ses entrailles, et que l’on devine en levant les yeux au-dessus des grandes cuves d’acier. Le carbone est finalement compressé par un troisième appareil jaune vif, qui optimise son stockage et le prépare à une nouvelle utilisation dans le processus de production.

«L’objectif, à terme, est d’être autosuffisant, explique Reto Engler, cofondateur et directeur de production de Dr Gabs. Nous voulons éviter autant que possible les pertes, pour moins polluer, mais aussi pour devoir acheter moins.» Si l’installation du système a nécessité un investissement de 250 000 francs, financé pour moitié par le Canton, l’ambition est claire: couvrir 100% des besoins en CO2 par la récupération d’ici à 2027.

Innovation intercantonale

Commencé il y a trois ans déjà, le processus a pris forme en collaboration avec la toute jeune start-up genevoise WasteOlas, spécialisée dans la valorisation des émissions carbone en entreprise. Il s’agit d’un projet pilote mis en place avec l’aide financière du Service de la promotion économique et de l’innovation du Canton de Vaud.

«L’intérêt du projet serait aussi de développer cette solution et d’être utile à d’autres entreprises qui utilisent du carbone dans la production, qu’elles soient brassicoles, viticoles ou autres», se réjouit Reto Engler.

Une initiative similaire a par ailleurs été mise en place par la concurrence: chez La Nébuleuse, à Renens, on collabore avec la start-up vaudoise Circea pour récupérer le carbone émis par la fermentation. Ici, il n’est pas directement réintégré à la production, mais revendu à d’autres utilisateurs. Un concept transposable dans la viticulture, puisque Circea est également partenaire du producteur Schenk à Rolle.

ADN écolo

«La durabilité est ancrée dans l’ADN de Dr Gabs», assure Reto Engler. Et la réutilisation du CO2 n’est pas la première initiative du brasseur de Puidoux pour réduire son empreinte écologique. Depuis les débuts, les bouteilles de la brasserie sont récupérées dans les déchetteries ou des points de collecte et réutilisées. Dernièrement, les emballages en plastique ont également été remplacés par du carton.

Pour l’instant, quatre cuves sont déjà reliées au système de récupération. La prochaine étape? Raccorder les cuves extérieures une fois que le système de liquéfaction sera installé, afin de stocker le surplus, et donc de collecter la majorité des émissions de fermentation.

+ D’infoswasteolas.com, docteurgabs.ch 

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