À l'approche des vendanges, les Cantons serrent la vis sur les rendements

Confrontées à des caves saturées, les autorités poursuivent leurs mesures pour endiguer la crise. Genève a réduit au début du mois les rendements autorisés pour le millésime 2026. Vaud a suivi pour les blancs.
Matteo Galasso

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En attendant une révision de l'ordonnance fédérale sur le vin, les autorités romandes multiplient les décisions face à la crise.
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Dans une Suisse romande en pleine crise viticole, les mesures d’urgence se multiplient pour réduire une production que le marché n’absorbe plus. Début juillet, le Conseil d’Etat genevois a abaissé, sur proposition de l’Interprofession du vignoble et des vins de Genève, les limites de rendement des vins AOC pour 2026.

Le chasselas et le riesling sylvaner tombent de 1,2 à 1 kilo par mètre carré, le gamay de 1,1 à 1 kilo et les premiers crus à 950 grammes. «La décision a été prise en raison des stocks très élevés», explique Ellinor Sekund, technicienne viticole à AgriGenève. «Le but est de ne pas engorger les caves.»

1,2 million pour l’arrachage

La branche ne vend plus ce qu’elle produit. En janvier, la maison Schenk avait prévenu plus de 250 vignerons vaudois et genevois qu’elle ne reprendrait pas tout ou partie de leur vendange de cette année, avec un arrêt complet dans 120 cas, soit l’équivalent 5 à 8% de la production des deux cantons. La baisse ampute le chiffre d’affaires, admet la technicienne: «Nous préférons préserver la valeur des vins genevois plutôt que de subir une forte pression sur les prix.»

Le Canton avait déjà agi au printemps en octroyant 1,2 million de francs pour l’arrachage temporaire de vignes, puis 2,3 millions pour une aide au maintien du vignoble de 18 000 francs par hectare et par an pour des parcelles entretenues mais dont les raisins ne sont pas récoltés. Une enquête cantonale chiffrait alors à 150 hectares les surfaces vouées à l’arrachage. Toutefois, «depuis l’entrée en vigueur de cette seconde mesure, le nombre d’hectares destinés à l’arrachage a drastiquement diminué», observe la technicienne. Deux ans de pause coûtent moins cher qu’un arrachage suivi d’une replantation.

Sous le seuil de rentabilité

Vaud a emprunté le même chemin. «Nous avons maintenu les quotas des rouges à 900 grammes par mètre carré et abaissé ceux des blancs à 950 grammes dans toutes les régions», détaille François Montet, président de la Fédération vigneronne vaudoise. Les blancs étaient jusque-là fixés à 1 kilo. Seul le Vully échappe à la règle, puisque son plafond se négocie avec la partie fribourgeoise. Fribourg, qui compte 117 hectares de vigne, fixe ses droits de production par ordonnance.

Sur les aides, les deux cantons divergent. Vaud ne subventionne pas l’arrachage sans replantation. «Une aide est prévue lorsque l’on replante des cépages résistants ou adaptés au changement climatique, explique François Montet, et une autre lorsque la vigne cède la place à des plantes pérennes ou à des jachères florales».

Plantations hors cadastre gelées

Le plan cantonal mobilise 17,2 millions de francs jusqu’en 2028 et gèle pour trois ans les plantations hors cadastre. Sur le plan financier, «rien n’a encore été versé, car les dossiers sont en cours de traitement.» Mais la réduction des quotas atteint ses limites, prévient le président : «Continuer à les réduire est problématique, car nous sommes déjà en dessous du seuil de rentabilité.»

En Valais, l’Interprofession de la vigne et du vin y a reconduit ses limites, sauf pour le fendant, le johannisberg, le cornalin et l’humagne rouge, en recul de 100 grammes. L’État co-finance l’arrachage fédéral jusqu’à 1,65 franc le mètre carré en forte pente, mais privilégie son programme «Vignoble du XXIe siècle».

Neuchâtel plus épargné

Neuchâtel, en revanche n’a rien bougé. «Nous restons au même niveau que l’an dernier et aucune baisse n’est exigée», indique Mireille Bühler, directrice de l’Interprofession vitivinicole neuchâteloise, dont l’assemblée du 30 juin a reconduit les quotas 2025. «Nous sommes un petit vignoble d’environ 600 hectares et nous rencontrons donc un peu moins de difficultés que nos voisins.» L’arrachage volontaire, doté de 7000 francs par hectare et censé servir à en retirer 30, n’en avait concerné que cinq au 30 juin.

À l’échelle nationale, Berne a mis en consultation une révision de l’ordonnance sur le vin: le contingent tarifaire de 170 millions de litres serait conditionné à l’achat et au pressurage de raisin suisse. Le Conseil fédéral tranchera à l’automne. Mais pour Mireille Bühler, cette révision manque sa cible. «Cela ne nous aide pas lorsque, dans la grande distribution, le vin importé est proposé à la moitié du prix du vin suisse», estime-t-elle. Elle préférerait «un quota plus strict pour les vins importés».

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