Rencontre avec Claude Roggen, herboriste et druide

Portraits
Le «druide de Domdidier» connaît les plantes qui soignent corps et âme
Rencontre avec Claude Roggen, herboriste et druide

Le droguiste fribourgeois cultive le goût de la simplicité et de la nature. Il sort un livre bénéfique témoignant de son savoir en herboristerie thérapeutique.

Rencontre avec Claude Roggen, herboriste et druide

Sur la table de la cuisine de Claude Roggen, 76 ans, la première chose que l’on voit est une belle brassée de fleurs, aux feuilles charnues. «C’est de la petite mauve, l’une des plantes les plus adoucissantes, apaisantes et anti-inflammatoires que l’on connaisse pour la peau, les muqueuses et les voies digestives.» Si on le laissait parler, le droguiste de Domdidier ajouterait qu’elle prospère aux abords des chalets d’alpage et des granges et qu’elle est déjà citée dans la Bible, quand Moïse la donne en tisane aux fiévreux. Or, tout cela, et bien plus encore, figure dans un livre qui vient de sortir: Les secrets du druide, soit un voyage dans l’herbier médicinal de Claude Roggen.

Fruit d’une collaboration avec sa belle-fille, Cathy Roggen-Crausaz, et la journaliste Annick Monod, ce merveilleux ouvrage est illustré par le dessinateur Étienne Delessert. On y découvre à quel point la nature fait bien les choses. Mais encore faut-il connaître les secrets de cette immense pharmacie à ciel ouvert: «Je ne me considère pas comme un guérisseur ou un gourou. Mais c’est vrai, j’ai acquis un énorme savoir, enraciné dans la simplicité et le bon sens.» Claude Roggen est un homme d’expérience et il en partage les bienfaits. Ses remèdes, il les a testés. Et quand il parle d’une plante ou d’un arbre, son ton n’est jamais péremptoire. Vous ne l’entendrez pas dire qu’il «faut utiliser telle herbe». Lui préfère la consulter. Et plutôt que d’affirmer que «telle plante contient», il reconnaît sa faculté de «donner».

La force de résister
Homme bon et généreux de lui-même, comme en témoignent ses proches, Claude Roggen est aussi d’une espèce résistante, à l’image de son nom de famille, qui signifie le seigle, en allemand. Une céréale robuste, qui s’accommode de climats parfois rigoureux. Et, c’est vrai, la vie n’a pas toujours été tendre avec Claude Roggen. Il a perdu l’an passé un fils, Roland, atteint à 10 ans d’un diabète juvénile. «De là-haut, il me protège et je garde le lumineux souvenir de notre tour à vélo d’une semaine sur les routes du Jura.» Heureusement, ses autres enfants sont toujours là pour entourer Claude et Vreni, sa «Gold Vreneli», comme il appelle sa chère et tendre. Il y a Christophe, «l’amoureux de la terre, habile et ingénieux», qui gère la droguerie d’Estavayer-le-Lac et Emanuel, qui dirige les enseignes familiales de Romont et de Domdidier: «Il aime partager, inventer et créer dans la modernité tout en respectant le savoir des anciens.» Sonja, la fille, s’est spécialisée dans les fleurs de Bach. «Elle m’épaule, m’accompagne et sait me rassurer,» affirme Claude Roggen, qui se dit «fier» que ses enfants aient choisi de le suivre dans sa voie. «Je ne les ai pas poussés, mais je suis heureux de les voir respecter et perpétuer la philosophie familiale, initiée par mon père.»

Un métier qui fut marginalisé
Oui, car Roland Roggen senior était employé à la pharmacie Golliez, à Morat, la ville où Claude a vu le jour en 1940. C’est là qu’il s’initie aux secrets de l’herboristerie. Droguiste, son père fabriquait des lotions, des poudres et des onguents à partir de ces mêmes matières premières sur lesquelles Claude Roggen travaille encore aujourd’hui.
Mais, à l’époque, ces préparations à base de plantes n’étaient pas du tout du goût des autorités cantonales. Dans l’après-guerre, l’industrie pharmaceutique, en plein essor, a su trouver des relais politiques pour s’imposer dans le paysage médicinal suisse. Le Département fribourgeois de la santé de l’époque a fait de telles misères aux Roggen qu’ils ont déménagé en Argovie, où le climat était plus favorable aux droguistes. «Le métier n’existe officiellement que depuis 1961, rappelle Claude Roggen. Mon père n’était pas reconnu comme tel, et tout juste toléré.» Cette défiance appartient au passé. L’actuel pharmacien cantonal fribourgeois connaît bien cette famille de droguistes et il salue leur travail.

Sur les pas de Paracelse
Dans la Broye, les drogueries Roggen sont désormais une institution. Envers les personnes qui fréquentent ses officines, Claude n’est jamais avare de conseils. Farouche adversaire du «trop gras, trop sucré, trop salé», il prône une alimentation saine, équilibrée et privilégiant les produits frais d’origine locale. Dans son livre, il fait ainsi part de son credo, tout fribourgeois: «On ne peut pas manger tous les jours comme le dimanche et avoir une fois par semaine la bénichon dans son assiette.» Avec Vreni, il y a trente ans, ils ont lancé des soirées «alimentation» durant lesquelles ils initient les participants à la cuisine saine et à l’art de la table.
Membre de la Société Paracelse de Suisse, Claude Roggen voue une admiration au médecin et alchimiste suisse du Moyen Âge. Il lui doit la faculté de s’intéresser autant à l’esprit de la plante qu’à ses composants. Lors de ses balades botaniques, observant les plantes médicinales, son attention se focalise sur la forme, la couleur, le lieu où elles poussent. Il fait ainsi un lien entre la «signature» fournie par la plante et ses propriétés bienfaisantes. Là réside le secret «du druide de Domdidier».

Texte(s): Nicolas Verdan
Photo(s): Jean-Paul Guinnard

+ d'infos

Les secrets du druide aux Éditions du Bois Carré
Textes de Annick Monod et Cathy Roggen-Crausaz
Illustrations d’Étienne Delessert

256 pages, 49 francs

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