Une routine de travail à 20, 50 ou 100 mètres du sol

Pour eux, le vide n'a rien d'exceptionnel: il fait partie du métier. Derrière cette aisance apparente se cachent une solide formation, des protocoles stricts et une confiance absolue dans les équipements de sécurité. Rencontre avec celles et ceux qui ont fait de la hauteur leur terrain de travail.
Elise Dottrens

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© Clément Grandjean
© Air-Glaciers
© Keystone/Gabriel Monnet
© Claire Berbain

Gildas Houdou: «Le fait d'être entouré de branchages est rassurant»

Pour prendre soin des arbres, il doit parfois aller jusqu’à leur cime à plusieurs dizaines de mètres du sol. Arboriste-grimpeur, Gildas Houdou intervient principalement pour sécuriser les végétaux, les entretenir et les mettre en valeur. «C’est un métier très varié. Chaque jour, nous changeons de client et d’arbre. Selon les essences et les interventions, nous travaillons en équipes de deux ou trois personnes afin de pouvoir évoluer dans toute la couronne.» Dans ce métier, la sécurité repose sur une confiance mutuelle entre collègues. Suspendu à ses cordes plus de la moitié du temps, le Valaisan a apprivoisé le vide au fil des années. «Lorsqu’un arbre est peu fourni en branches, la sensation de vide est beaucoup plus forte. À l’inverse, le fait d’être entouré de branchages est rassurant. Mais, en général, si l’on choisit ce métier, c’est qu’on n’a pas le vertige.» Parmi les géants qu’il a déjà escaladés figurent des platanes et des séquoias culminant à près de 48 mètres. «Pouvoir grimper dans des arbres de cette taille est à la fois une fierté et un plaisir. Et puis, il faut bien l’avouer, on profite aussi de la vue!»

Gérald Mathys: «Chacun doit faire preuve d'une précision absolue»

Guide de montagne, technicien ambulancier puis guide sauveteur spécialisé au sein d’Air Glacier, Gérald Mathys a accumulé les compétences nécessaires pour intervenir là où les autres ne peuvent pas accéder. Glaciers, forêts, parois rocheuses ou crevasses: lorsque l’hélicoptère n’arrive pas à se poser, c’est lui qui descend au bout du câble. «S’il faut installer une corde, poser des pitons ou sécuriser le médecin et le patient pour éviter toute chute, je fais partie du sauvetage. Et avec mes différentes casquettes, je peux aussi épauler l’équipe médicale une fois tout le monde en sécurité.» Lorsqu’il se retrouve suspendu dans le vide, un sentiment domine: la concentration. «Le pilote doit maintenir l’hélicoptère en vol stationnaire, le paramédic gère le treuil, et chacun doit faire preuve d’une précision absolue.» Entre deux interventions, Gérald Mathys dispense des formations techniques et médicales. Mais après vingt-six ans de métier, c’est toujours le terrain qui le fait vibrer. «Je me souviendrai toujours d’un sauvetage sur un télésiège tombé en panne un jour de Noël, par -17 degrés. Il y avait des enfants qui grelottaient de froid. Quand ils m’ont vu arriver au bout du câble, ils m’ont dit que j’étais la personne la plus gentille de la terre. Voir la joie dans les yeux des gens quand on intervient, ça n’a pas de prix!»

Emi Vauthey: «J'ai toujours aimé le vide»

Vous souvenez-vous de cette libellule qui survolait le public de la Fête des Vignerons en 2019, à Vevey? Derrière ce personnage aérien se cachait Emi Vauthey. Suspendue à plusieurs dizaines de mètres du sol, la contorsionniste mettait alors à profit des années de pratique des arts du cirque. Une performance qu’elle reprendra ensuite jusqu’en finale de l’émission La France a un incroyable talent, puis lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse en 2020. «Le plus impressionnant, c’était toute cette foule sous mes pieds. Et comme j’étais en harnais, je pouvais vraiment profiter du moment, sans devoir me tenir comme pendant mes spectacles.» Le vertige? Elle ne connaît pas. En cerceau aérien ou suspendue à un tissu, l’artiste évolue dans les airs avec une aisance déconcertante. «Le vide, j’ai toujours aimé ça, même si je sais qu’il peut y avoir un risque. En revanche, je déteste les échelles. Je préfère être tenue par le haut!», lance-t-elle en riant. Aujourd’hui, Emi Vauthey transmet sa passion à l’École de Cirque de Lausanne-Renens, où elle enseigne à des élèves avancés et à de futurs professionnels. Elle dirige également le chapiteau O’Chap, à l’origine du festival Festicirque organisé chaque printemps. Sans pour autant renoncer à la scène: théâtres et chapiteaux continuent de la porter régulièrement dans les airs.

Lucien Carrel: «On serre les fesses et on avance droit»

S’il n’évolue pas suspendu dans le vide à proprement parler, Lucien Carrel bénéficie chaque jour d’une vue plongeante sur les montagnes fribourgeoises. Aucun câble ni baudrier ne retient le tavillonneur lorsqu’il œuvre sur les toits, mais la sécurité fait pourtant partie intégrante de son quotidien. «En tant que tavillonneur, on n’est jamais suspendu dans le vide. On est plutôt en équilibre sur un toit, et le principal risque est d’en glisser.» Pour limiter ce danger, des perches disposées en travers de la toiture servent d’appui aux pieds. Une sorte de tabouret amovible – la chôla, en patois – permet également de s’asseoir, tandis qu’un échafaudage installé le long du bâtiment constitue une ultime protection en cas de glissade. «Il faut pouvoir travailler dans des conditions qui nous permettent d’être sereins», souligne Lucien Carrel. Quant aux interventions occasionnelles sur les charpentes, elles s’effectuent désormais dans un cadre bien plus sécurisé qu’à ses débuts, il y a plus de trente ans. «Je n’ai jamais eu le vertige, mais lorsqu’il fallait traverser une charpente au-dessus du vide, cela faisait tout de même son effet. On serre les fesses et on avance droit!»

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