Un dimanche à Genève, avec les silures du Rhône
Partager cet article
Le poisson est impressionnant par sa forme et souvent par sa taille. Large ruban ondulant accroché à une tête massive prolongée par de longs barbillons, le silure ressemble à un dragon chinois. Comme il évolue en profondeur, son apparence sombre et serpentiforme lui confère un aspect menaçant.
Les motifs sur sa peau lisse font penser à du marbre, mais dans les eaux glauques qu’il fréquente, sa couleur varie selon l’incidence de la lumière; le corps du silure, souligné d’une longue nageoire flottante, revêt alors des nuances qui vont du gris taupe au bleu violacé.
La carcasse d’un vélo
Un dimanche matin, en longeant le Rhône genevois au débit réduit, je regarde à intervalle régulier par-dessus la balustrade du quai, dans l’espoir d’apercevoir une truite ou un barbeau qui parfois se tiennent ici, dans le courant. Le lit du fleuve est constitué d’une mosaïque de zones recouvertes de coquillages, de cailloux ou de touffes d’algues. Je repère la carcasse d’un vélo partiellement envahie de plantes aquatiques qui gît à côté de blocs tapissés de moules.
Arrivé à la hauteur du bâtiment des forces motrices, je découvre stupéfait un banc compact de poissons sur une dizaine de mètres de longueur et plusieurs mètres de largeur. Ces milliers d’individus de gardons (qui portent le nom de vengerons à Genève) sont tous de la même taille et sans doute encore immatures. Ils stationnent temporairement le long du quai, lors de leur remontée vers le Léman.
Kaléidoscope de poissons
Émerveillé par cette scène inédite, je constate soudain que le nuage argenté se déchire pour laisser passer un silure de plus d’un mètre de long qui se fraie un passage dans la masse. Un second silure, puis un troisième rejoignent le groupe. J’imagine bien que ces prédateurs ne sont pas venus par hasard, pourtant je n’observerai aucun mouvement brusque de leur part qui pourrait faire penser à une capture. Penché sur la balustrade, je contemple cet incroyable kaléidoscope de poissons que je signale à quelques promeneurs ravis.
Originaire du bassin du Danube, le silure glane a été introduit à partir du XXe siècle dans le bassin du Rhin, puis celui du Rhône et tend à proliférer aujourd’hui à la faveur du réchauffement de la température des eaux. Inconnu ou presque il y a peu, ce poisson carnivore peut atteindre en vieillissant une taille importante (parfois plus de deux mètres) et défrayer la chronique.
Plus fréquent à la carte des restaurants
Inoffensif pour l’être humain, il inquiète tout de même les baigneurs. On ne sait pas encore quelles seront les conséquences de la croissance exponentielle de la population de silures sur la faune de nos lacs et cours d’eau.
Les pêcheurs qui en attrapent aujourd’hui ont l’obligation de les tuer, puisque l’espèce est considérée comme invasive et il y a donc fort à parier que la mention du silure sur les cartes des menus de nos restaurants sera plus fréquente dans un proche avenir.




