L’art de mettre la montagne dans des cases
Il y a des thématiques qui passionnent les artistes, et la montagne en fait partie. Parce qu’elle donne son relief à nos horizons, qu’elle incarne quelque chose du lien entre la terre et le ciel, qu’elle réserve ses secrets à celles et ceux qui osent l’affronter, elle peuple nos imaginaires. Il faut dire aussi qu’elle a un indéniable attrait graphique pour qui sait la dessiner, exercice auquel se sont frottés pléthore de bédéistes.
De Töpffer à Taniguchi
Au rang des œuvres qui lui rendent hommage, impossible de ne pas citer Le Sommet des Dieux, mythique série de Jirô Taniguchi et Baku Yumemakura qui décline l’Himalaya en format manga. On pense à Jean-Marc Rochette, ce guide de montagne devenu auteur (Ailefroide. Altitude 3954), Nicolas Debons, qui aborde l’alpinisme sous son angle historique (L’invention du vide), Edmond Baudoin (La Traverse) pour le versant social ou encore Alice Chemama (Dans l’ombre du Mont-Blanc) pour le côté culturel.
Mais les Helvètes ne sont pas en reste: du père fondateur de la discipline, Rodolphe Töpffer, aux monstres sacrés que sont Cosey et Derib en passant par la jeune garde de la bande dessinée, la montagne traverse le temps et les styles, rappelant qu’elle est, surtout, un terrain de jeu privilégié pour raconter des histoires.
Fin 2025, le Vaudois Colin Montet publie chez Cabédita "Au pays de L’Étivaz", un récit consacré au fameux fromage.
Considéré comme l’inventeur de la bande dessinée, Rodolphe Töpffer effectue de nombreuses excursions dans les Alpes. Il en ramène des récits et des illustrations, réunis dans ses "Voyages en zigzag", à l’instar de cette vue du Cervin.
Publié en 1984, "À la recherche de Peter Pan" propulse Cosey au rang de maître du récit graphique. Sa couverture reste une référence de pureté et d’efficacité.
L’univers alpin est cher au père de Yakari, le Veveysan Derib. Son fils Arnaud et lui publient en 2025 "La Promesse", un hommage à la Dent-Blanche.
Les éditions Helvetiq ont lancé une série de BD adaptées de romans de Charles Ferdinand Ramuz. Parmi elles, Fabian Menor signe en 2022 une interprétation tout en finesse de "Derborence".
Autre classique, autre approche: les bédéistes Ploy et Elmax réinventent la Heidi de Johanna Spyri, faisant tour à tour de sa candide héroïne une jeune un peu paumée et une grand-mère écolo.
Des illustrations de Fanny Dreyer.




