Huit pattes et un nom de vampire des Carpates
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En ce weekend d’Halloween, les araignées s’affichent partout en version plastique. Bien réelle quant à elle, la zoropse à pattes épineuses, une araignée d’origine méditerranéenne, se plaît dans nos intérieurs. Malgré son apparence qui peut impressionner et sa taille imposante – le corps de la femelle peut atteindre 2 cm, pour une envergure de 8 cm avec les pattes –, elle n’est pas dangereuse pour l’être humain.
«Zoropsis spinimana est considérée comme exotique car elle n’est pas indigène de Suisse, mais ce terme ne doit pas effrayer, explique Pierre Loria, arachnologue et membre de l’Association Faune Genève. Elle est bien originaire d’Europe, notamment d’Italie et du sud de la France. Elle n’est pas considérée comme invasive car elle ne représente pas de problème sanitaire, ne nuit pas à l’économie et n’a pas d’impact démontré sur notre biodiversité. Elle est simplement considérée comme une espèce introduite.»
Chasseuse à vue
Les mœurs de la zoropse sont nocturnes et, à l’exemple des chats ou des chouettes, elle est nyctalope et voit donc bien dans l’obscurité. «C’est le cas des espèces nocturnes errantes qui sont dotées de tapetum lucidum, une couche réfléchissante au fond de l’œil qui leur permet de mieux capter la lumière. Zoropsis spinimana chasse à vue, que ce soit à l’approche ou à l’affût, mais elle peut aussi compter sur d’autres organes sensitifs. Elle s’oriente et entend avec les soies qui couvrent ses pattes, de petits poils sensitifs qui lui permettent de ressentir les vibrations dans l’air», nous apprend Pierre Loria.
L’espèce se nourrit de petits arthropodes, – de blattes notamment – mais aussi de petites araignées. «Elle est surtout adaptée aux milieux urbains. Il arrive qu’on la trouve parfois dans les arbres, mais jamais loin d’habitations.»
Elle veille sur ses œufs
Chez les araignées, la ponte et les éventuels soins aux jeunes varient selon les espèces. Certaines femelles construisent des nids de ponte dont elles ne s’occupent plus par la suite. D’autres sont des mères attentives et transportent leurs centaines de rejetons sur leur abdomen dès leur naissance jusqu’à en être couvertes.
Comment cela se passe-t-il pour Zoropsis spinimana? «À l’automne, les mâles partent à la recherche de femelles pour s’accoupler. Puis la femelle pond de 20 à 50 œufs dans un cocon, durant l’hiver et au début du printemps. Elle veille dessus et les œufs incubent durant un mois et demi environ.» Il faut de huit mois à un an et demi pour que les jeunes deviennent adultes. De futurs colocataires en perspective…
Apparue dans les années 90
L’arrivée de nouvelles espèces animales dans nos régions est souvent le fait d’importation de plantes étrangères mais aussi aux déplacements parfois lointains des êtres humains. «Zoropsis spinimana a été signalée pour la première fois au nord des Alpes en 1993 et en 1994, dans la région de Bâle. Il est probable qu’elle ait été amenée avec des marchandises ou dans des bagages lors d’un retour de vacances, Bâle étant un important axe de transport transalpin, tant routier que ferroviaire», explique l’arachnologue.
Il est utile de signaler aux plateformes de sciences participatives, comme faunegenève.ch et webfauna.ch, l’observation de cette espèce pour en connaître l’expansion.
On l’appelle aussi Nosferatu
Le dessin qui orne le céphalothorax de l’araignée n’est pas sans rappeler l’inquiétant visage du vampire ayant fait sensation dans un film de 1922, d’où le nom de Nosferatu qui lui est aussi donné. «Cette espèce est la seule représentante de la famille des Zoropsidae en Suisse», poursuit Pierre Loria. Sa coloration varie du beige-brun à gris foncé, ses pattes sont plus épaisses que les tégénaires et portent des épines – petits poils rigides et pointus – sur leur partie ventrale.
«Outre son motif particulier sur le céphalothorax, elle arbore une tache noire parfois grisâtre lancéolée sur la partie antérieure de l’abdomen. Elle peut rappeler les araignées-loup (Lycosidae), mais n’est pas dotée de deux grands yeux médians qui dominent le visage. Sans compter que ces dernières ne rentrent généralement pas dans les habitations.»



