Le drone, nouvelle arme des paysans face aux ravageurs?

Les métiers de la terre sont en mouvement. Chaque mois, Terre&Nature se penche sur un thème de recherche scientifique. Une idée qui germe et préfigure peut-être un tournant de la branche.
David Genillard 
© Marcel G.

Les drones prêtent main-forte aux agriculteurs depuis une petite dizaine d’années seulement. Selon un article publié fin 2024 par un groupe interdisciplinaire de chercheurs d’Agroscope et de différents offices de la Confédération s’intéressant à ces outils volants, la première demande d’autorisation en Suisse pour un tel traitement phytosanitaire a été déposée en 2016.

Leur utilisation s’est largement répandue dans le domaine viticole, mais la demande va également crescendo dans l’agriculture, notamment dans le domaine des cultures maraîchères. En 2019, la Suisse devenait le premier pays européen à établir une procédure d’autorisation standardisée en la matière et ce règlement a été remis à jour à plusieurs reprises depuis, en fonction des nouvelles connaissances.

Tests effectués

Ces engins constituent-ils une alternative intéressante au tracteur et à l’hélicoptère? Quels sont les risques pour l’environnement, les opérateurs et les riverains? C’est ce que la Confédération cherche à clarifier depuis, par le travail de la plateforme de recherches Agroscope. Celle-ci a lancé une étude comparant l’épandage de granulés antilimaces par différents outils: drones, tracteurs et quads. Ces tests ont été réalisés à la station de recherche d’Agroscope de Tänikon (TG) sur des cultures de betteraves sucrières et de colza.

Selon les chercheurs qui pilotent le projet, une telle étude est d’autant plus pertinente que «le recours aux drones a augmenté de manière significative depuis 2018. En 2023, on estime que 11,5% du vignoble suisse a été traité de la sorte (ndlr: traitements liquides), et de nouvelles utilisations, telles que l’épandage de granulés antilimaces, est en hausse». Plusieurs entreprises privées suisses proposent d’ailleurs ce type bien précis d’épandage, dont les sociétés Agroline ou AgrarPiloten.

Pas de dégâts au sol

Les tests réalisés à Tänikon montrent des avantages, mais également les limites de cette méthode. Les atouts, d’abord: «Les drones permettent de ne pas rouler sur les plantes. Le petit poids et les grands pneumatiques du quad causent également peu de dégâts», explique Thomas Anken, responsable du groupe de recherche Production numérique à Agroscope. «Les drones sont petits et très flexibles, donc clairement plus précis pour des petites parcelles que l’hélicoptère», notamment adaptés dans les secteurs accidentés et difficiles d’accès. Enfin, les drones causent moins de dérive que les hélicoptères et les turbo-diffuseurs au sol: les produits épandus ont moins tendance à s’étendre hors de la zone ciblée. Il est toutefois difficile de préciser cette différence de dérive, qui dépend de nombreux paramètres, dont l’altitude de vol.

Des inconvénients sont toutefois relevés. «Ils provoquent une dérive plus grande que les pulvérisateurs classiques et les épandeurs portables, pour les grandes cultures», observe Thomas Anken. Et globalement, «les résultats suggèrent que les traitements par drone doivent être associés à des applications terrestres ciblées sur les grappes après la nouaison pour obtenir un contrôle satisfaisant du mildiou de la vigne, notamment en cas de forte pression parasitaire», concluent les auteurs de l’étude.

Autre élément qui ne plaide pas en faveur de la démocratisation de ces appareils: un budget important qui atteint facilement plusieurs milliers, voire dizaines de milliers de francs, mais aussi «des processus de formation et des démarches pour obtenir une autorisation lourds, raison pour laquelle, dans la vaste majorité des cas, ces traitements sont réalisés par des entreprises externes et non pas les exploitants».

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