En ville, les ados redécouvrent la pêche grâce aux réseaux sociaux

William et Emil arpentent régulièrement les bords du Rhône avec leurs cannes à pêche. Pratiqué en ville, le «street fishing» est devenu la passion de ces deux ados genevois.
Céline Garcin

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© Nicolas Righetti/Lundi13
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«Zut, j’ai perdu mon leurre, le crochet s’est accroché au fond, le fil a cassé, peste William, 16 ans, sur les rives du Rhône, en aval du barrage du Seujet, en plein centre-ville de Genève. Heureusement, ce modèle m’a coûté cinq francs, mais certains peuvent valoir jusqu’à cent francs!»

Polo blanc et bas de training gris, cet apprenti employé de commerce pratique le «street fishing», littéralement «pêche urbaine», depuis quatre ans. Ce dimanche de septembre, il est venu avec Emil, 14 ans, un autre adepte de cette activité souvent associée aux retraités. «C’est de moins en moins le cas, assure le binôme. Depuis quelques années, il y a beaucoup de jeunes qui s’y mettent!»

Histoire de persévérance

Chez William, tout a démarré par une «canne à pêche bas de gamme» offerte par son père. «J’ai tout de suite aimé être au bord de l’eau.» Pour Emil, la passion est venue des réseaux sociaux. «J’ai commencé à voir beaucoup de vidéos de pêche, ça m’a intrigué, j’ai voulu essayer.»

Les débuts sont ardus. Il faut tout apprendre: maîtriser la technique et connaître les bons coins. Dans leurs chambres, les deux novices visionnent des heures de séquences de pêche pour décomposer les gestes de cette pratique.

Les premiers lancers de canne s’avèrent approximatifs, mais William et Emil s’accrochent. Après l’école et le week-end, ils sillonnent le canton à la recherche d’eaux poissonneuses. Au bord de l’eau, ils répètent ce qu’ils ont vu en images et glanent des conseils auprès de leurs aînés. «Je dirais qu’il faut un an pour commencer à comprendre comment ça marche», estime Emil, encore au cycle d’orientation.

Le brochet a la cote

Assis sur la berge du fleuve, William ressort le fil du moulinet, le passe entre les anneaux de sa canne, puis noue un bas de ligne en acier sur lequel il fixe un nouveau leurre. Dans sa boîte, un des trois petits poissons en caoutchouc aux couleurs chatoyantes est déjà mal en point. «Les brochets ont de grosses dents, après deux ou trois prises, il faut le changer.» Ce grand poisson d’eau douce a la cote chez les streetfishers. «Il est combattif, ses attaques sont violentes, c’est sportif de l’attraper», détaille Emil.

J’ai commencé à voir beaucoup de vidéos de pêche, ça m’a intrigué, j’ai voulu essayer.

Les deux acolytes aiment l’action. Pas question d’attendre «à l’ancienne» des heures au bout de leur canne qu’une perche daigne mordre à l’hameçon. Eux, ils «cherchent le poisson». «On se balade et quand on en voit un, on essaie de l’attraper!» Pour capturer leur proie, les autodidactes préfèrent les leurres aux appâts. «Il faut donner vie à l’objet, faire croire qu’il s’agit d’un petit poisson en fuite, c’est plus stylé!»

Une recherche d’adrénaline

L’adrénaline de la prise est grisante. «C’est très satisfaisant et vite addictif», confient-ils, relevant qu’ils peuvent passer une journée à pêcher jusqu’à en oublier de boire ou de manger. Si William et Emil reconnaissent un faible pour les gros spécimens, ils ne boudent aucun poisson. Beaucoup d’individus capturés sont remis à l’eau dans la foulée. Une pratique interdite en Suisse. «On fait attention de les relâcher rapidement et dans les meilleures conditions possible pour qu’ils ne souffrent pas.»

Pour obtenir le permis annuel, William et Emil ont dû suivre un cours et passer des tests. Durant la belle saison, ils font jusqu’à trois sorties par semaine. Souvent à deux, parfois en groupe. Les virées s’organisent à l’improviste. «On s’écrit sur WhatsApp trente minutes avant», précise William. Il y a quelques années, ce dernier a créé un groupe sur la messagerie réunissant plusieurs amis pêcheurs. Aujourd’hui, ils sont une quinzaine à partager ce loisir.

Stars des réseaux

Chaque prise est immortalisée en photo ou vidéo. Emil, dont le compte TikTok totalise plus de 10 000 abonnés, publie régulièrement les images de ses exploits. Les réseaux sociaux attisent-ils la compétition entre les pratiquants? «C’est vrai qu’il y a beaucoup de comparaison, et pas mal d’ego. Les commentaires peuvent parfois aller jusqu’à des insultes ou des menaces, mais personnellement, cela ne m’est jamais arrivé.»

Derrière leurs cannes, William et Emil contemplent l’eau qui s’écoule. «La pêche, c’est un bon moyen de déconnecter et d’oublier ses problèmes», confient-ils. Entre deux lancers, ils discutent «de pêche et de n’importe quoi». Si ni l’un ni l’autre ne se dirigent vers un métier en lien avec cette activité, ils n’imaginent pas aujourd’hui leur vie sans cette passion. «Il nous manquerait une occupation pour les week-ends.»

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