Au bord de l’extinction en Suisse, le bruant proyer amorce son retour
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Le bruant proyer a frôlé l’extinction. Cette situation a toutefois été évitée de justesse, grâce à des mesures de conservation menées par BirdLife Suisse. En l’espace de 8 ans, dans le Grand Marais du Seeland, une progression de 8 à 68 individus mâles chanteurs et 27 nidifications réussies ont été observées. C’est ce qu’avance l’association mi-septembre dans un communiqué. Elle n’est par ailleurs pas la seule à œuvrer dans ce but.
«Dans la région d’Orbe, les agriculteurs se sont organisés afin de créer un réseau écologique. Ils ont mis en place des surfaces destinées à promouvoir la biodiversité sur leurs terres, avec des jachères florales, haies, arbres fruitiers haute tige, ou encore des prairies extensives. Depuis, le bruant proyer est également revenu nicher dans le Nord vaudois», se réjouit Ludovic Longchamp, collaborateur scientifique à la Station ornithologique suisse.
Typique des plaines agricoles
Tapi au sol à la recherche de nourriture, le bruant proyer passe vite inaperçu. «Le bruant proyer est un oiseau typique des plaines agricoles. En Suisse, on le retrouve principalement dans la Champagne genevoise, le Seeland et dans les régions d’Orbe et de Soleure. Ce nicheur au sol vit dans les campagnes richement structurées dans lesquelles il trouve de la nourriture, notamment dans les jachères florales, et des postes de chant favorables», relève Ludovic Longchamp.
Les mesures de préservation menées par BirdLife Suisse démontrent que le projet de protection des espèces sur des surfaces revalorisées consacrées à la promotion de la biodiversité (SPB) est très favorable au bruant proyer, et particulièrement les jachères riches en graines pour la période hivernale.
Un bec puissant
Le bruant proyer fait partie d’une famille de passereaux assez aisément reconnaissables. «Ils sont équipés d’un bec puissant, avec une mandibule inférieure bombée, utile pour écraser efficacement les graines. Le bruant proyer est le plus grand de sa famille, mais aussi le moins contrasté avec son plumage brun-gris. Il mesure de 16 à 19 cm pour une envergure de 26-32 cm», détaille Ludovic Longchamp, également responsable du projet de conservation de l’espèce dans la région d’Orbe.
Le dimorphisme sexuel est peu marqué dans la famille des Embérizidés, dont la Suisse compte 5 espèces nicheuses. La durée de vie moyenne du bruant proyer est de 4 à 5 ans.
Effondrement des effectifs
Une étude de BirdLife Suisse et d’autres partenaires, publiée en 2013 dans l’Ornithologischer Beobachter, avait révélé l’étendue du désastre concernant cette espèce. Malgré la récente bonne nouvelle venue du Seeland, le bruant proyer est actuellement au statut d’espèce «en danger critique d’extinction». «Les effectifs du bruant proyer se sont effondrés à partir de 1990, avec une perte de près de 80%», se désole Ludovic Longchamp.
Différentes causes peuvent être pointées du doigt. «Des modifications de l’habitat sont notamment avancées, l’utilisation de produits phytosanitaires néfastes aux insectes aussi, comme la suppression de haies et d’arbres isolés, les fauches trop précoces ou la disparition des chaumes.» Une situation qu’il espère voir s’améliorer avec les mesures actuellement préconisées.
Insectivore occasionnel
La forme du bec du bruant proyer est en soi un indicateur du régime alimentaire de l’oiseau. «Adulte, l’oiseau est granivore et consomme des graines de plantes herbacées et de céréales. Cependant, pour assurer un apport en protéines aux jeunes, ces derniers sont nourris d’insectes dont des sauterelles», précise l’ornithologue.
«Mis à part une période à caractère territorial au printemps, l’oiseau vit en groupe. Parfois associé à d’autres espèces (pinsons, chardonnerets, alouettes), particulièrement pour la recherche de nourriture. En hiver, ils forment des dortoirs qui peuvent compter plusieurs dizaines d’individus, souvent dans des roselières, des haies ou des ronciers, abrités des prédateurs.» À cette saison, les grains de céréales tombés au sol constituent pour lui un apport substantiel de nourriture.

