L'incroyable histoire d'une forêt japonaise qui a poussé dans le canton de Vaud

À Martherenges (VD), un photographe a planté densément de nombreuses essences locales selon la méthode Miyawaki, pour recréer un écosystème proche d’une forêt primaire. D’autres projets similaires ont vu le jour en ville.
Lila Erard

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Près de 300 feuillus d'une quarantaine d'espèces différentes ont été plantés sur une parcelle de cent mètres carrés en mains familiales.
© Mathieu Rod
Près de 300 feuillus d'une quarantaine d'espèces différentes ont été plantés sur une parcelle de cent mètres carrés en mains familiales.
© Mathieu Rod
Près de 300 feuillus d'une quarantaine d'espèces différentes ont été plantés sur une parcelle de cent mètres carrés en mains familiales.
© Mathieu Rod
Près de 300 feuillus d'une quarantaine d'espèces différentes ont été plantés sur une parcelle de cent mètres carrés en mains familiales.
Mathieu Rod

«Avant, on pouvait se balader à l’intérieur. Mais là, c’est devenu impénétrable!», lance Sébastien Monachon en s’arrêtant net devant une rangée de végétaux touffus. Il y a six ans, ce Vaudois a planté près de 300 arbres sur une parcelle d’une centaine de mètres carrés, située sur le verger du domaine agricole de sa famille, à Martherenges (VD).

Aujourd’hui, une véritable forêt est sortie de terre, atteignant près de six mètres de haut. Mais pas n’importe laquelle: une forêt Miyawaki, nommée selon le botaniste japonais qui a mis au point cette méthode particulière durant les années 1970. Celle-ci consiste à planter de manière dense une large variété d’espèces indigènes, afin d’imiter les caractéristiques des forêts primaires, quasi disparues en Europe.

Planter aléatoirement

Photographe de métier, Sébastien Monachon a découvert cette technique en 2019. «À cette époque, je souffrais d’éco-anxiété et je voulais agir. Je n’y connaissais pas grand-chose en arbre, mais je suis allé suivre un cours spécifique en Belgique», raconte cet autodidacte, qui a ensuite continué de se renseigner dans les livres.

Un an plus tard, il sélectionnait une quarantaine de feuillus locaux, telles que l’érable, le châtaignier et l’orme. «J’ai également choisi une essence du sud, le noisetier de Byzance, résistante aux fortes chaleurs et à la sécheresse.»

Canopée à plusieurs dizaines de mètres

Plusieurs mois avant la plantation, le quadragénaire a paillé la parcelle afin d’aérer le sol et de garder l’humidité, facilitant la mise en terre. Les essences ont ensuite été placées aléatoirement et protégé avec un filet pour éloigner les sangliers et les moutons. «Au départ, ce n’était pas du tout impressionnant, puis la forêt a rapidement pris forme, à raison d’environ un mètre par an. De la paille a été déposée au pied des jeunes arbres les trois premières années, mais depuis, plus aucun entretien n’a été fait!» se réjouit-il.

Pour cause, la densité d’une forêt Miyawaki encourage les espèces à rentrer rapidement en concurrence à la recherche de la lumière, ce qui stimule leur croissance. Durant ce processus, plusieurs strates se forment naturellement. «En bas, il y a les arbustes comme le rosier sauvage ou la viorne obier. Puis les petits arbres et les arbres, comme le bouleau. Et enfin, les arbres de canopée, comme le tilleul et le chêne, qui peuvent culminer à plusieurs dizaines de mètres», explique-t-il en admirant les fruits rouges du rosier sauvage et le jaune automnal des feuilles du hêtre.

Un refuge de biodiversité

En plus d’avoir un développement rapide, ce type de microforêt est particulièrement résistant. «Face à la sécheresse historique de 2026, j’ai l’impression qu’elle tient mieux le coup qu’une forêt classique, même si quelques saules ont séché, remarque-t-il. De manière générale, une forêt Miyawaki supporte bien les extrêmes car elle est très diversifiée, tout en étant autonome.»

Au départ, ce n’était pas du tout impressionnant, puis l’ensemble a rapidement pris forme, à raison d’environ un mètre par an.

Stockage du carbone, résilience climatique, protection du sol, refuge de biodiversité: nombreux sont les bienfaits d’une telle plantation. «De nombreux insectes, petits mammifères et oiseaux y trouvent refuge. On voit qu’il y a de la vie!»

Objectif: un milliard d’arbres

En Suisse, plusieurs projets similaires ont vu le jour ces dernières années, notamment sur de petites surfaces en milieu urbain. À Genève, cinq forêts Miyawaki ont été plantées sous l’impulsion de la Ville sur des places publiques ou des anciens parkings, afin notamment de lutter contre les îlots de chaleur. Pour Joëlle Martinoya, fondatrice de l’entreprise Forêt B qui s’est chargée des travaux, l’expérience est concluante.

«Visuellement, on voit que ces espaces verts souffrent moins que les arbres isolés. Les ensembles sont sains, même si on constate certains désagréments dus aux contraintes urbaines, comme le piétinement ou les déchets sauvages», expose celle qui a déjà planté une dizaine de ces espaces boisés dans le Grand Genève, notamment dans des écoles ou des cimetières. «Il s’agit à chaque fois de chantiers participatifs, avec des habitants du quartier par exemple. C’est un aspect central de la démarche.»

Sébastien Monachon abonde. Récemment, il a fondé l’association The 1 Billion Trees Project (T1BTP), qui vise à planter un milliard d’arbres en Suisse afin de lutter contre le changement climatique et favoriser la biodiversité. «Je cherche à collaborer avec des communes et des particuliers pour accompagner ce type de projets, en favorisant le côté social et en incluant les personnes intéressées, dit-il. C’est un bel héritage à laisser aux générations futures, comme symbole d’espoir.»

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