Une désalpe sur roues digne de Tinguely
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Alexandre Bossart nous a donné rendez-vous au Cerneux-Godat, un hameau des Bois (JU). Au fond d’une grange, un drôle de char attire le regard. Notre hôte le contemple avec des yeux de gamin. «Attendez de le voir s’animer!»
Des vaches quittent leur chalet et prennent le chemin entre sapins et fermes, comme le feront samedi les génisses entre La Combe-à-la-Biche et Le Boéchet. «On voulait vraiment faire une désalpe dans la désalpe!»
En préparation depuis février
Autour d’elles, les Franches-Montagnes. Le Doubs serpente, des tracteurs travaillent dans les champs et le petit train rouge des CJ se faufile dans les pâturages. Un tipi rappelle ceux du Creux-des-Biches.
Depuis février, Alexandre Bossart, son beau-frère Arnaud Bernaschina, horloger établi à Vallamand (VD), et leurs enfants travaillent sur ce char deux week-ends par mois. «L’idée nous est venue un soir autour d’un bon repas et d’un verre de vin, pendant que les enfants jouaient au salon.»
L’art de la récup
Le plus étonnant se cache dessous. «Arnaud et moi avons fabriqué la structure métallique et l’ossature en bois qui seront attelées au tracteur.» Mécanicien sur machines de chantier de formation, Alexandre Bossart travaille dans une usine de recyclage.
Il y a récupéré une ancienne machine d’emballage destinée à la ferraille. «Quand j’ai vu les chaînes, les pignons, les roulements et les paliers, j’en ai eu des étoiles plein les yeux!» Durant ses pauses de midi, il l’a démontée jusqu’à remplir une dizaine de caisses de matériel. «Deux ont suffi pour la mécanique du char.»
Mettre du mouvement
Tout n’a pas fonctionné du premier coup. «Lors d’un essai, un support de roulement a plié. Il a fallu démonter, renforcer, recommencer.» À une semaine de la désalpe, il enclenche le moteur devant nous. Cette fois, tout tourne comme prévu.
Son goût pour les mécanismes en mouvement ne date pas d’hier. «Lors d’une visite au Musée Tinguely, à Bâle, j’ai été marqué par les machines de l’artiste. Depuis, j’ai gardé ce rêve de voir les choses bouger et de mettre de la couleur et du mouvement dans ce que je fabrique. C’est ça qui me plaît.»
Une tradition de famille
La récup ne s’arrête pas à ce char. «Mon fils Antonin et moi avons déjà construit une piste de bowling de douze mètres pour une fête du village, presque entièrement avec des pièces de récupération.» Pour le char, chez les Bossart comme chez les Bernaschina, tout le monde a donné un coup de main. «Les enfants ont poncé et peint, les mamans et les grands-mamans ont elles aussi aidé.»
Président du Conseil général des Bois, Alexandre Bossart aime aussi bricoler pour s’aérer l’esprit et faire vivre le village où il est né et a toujours vécu. «Quand des gens se donnent la peine d’organiser quelque chose, je trouve chouette de jouer le jeu en mettant la main à la pâte.»
Il y aura des montées
Samedi, le char fera sa première sortie, une fois les troupeaux arrivés au Boéchet, et prendra place dans le cortège sur la route cantonale. Génisses et marcheurs auront alors parcouru une dizaine de kilomètres depuis La Combe-à-la-Biche.
Contrairement à ce que son nom laisse croire, le parcours ne fait pas que descendre. «Les montées sont presque plus nombreuses, sourit Alexandre. Dans le coin, on plaisante en disant que c’est la seule désalpe au monde qui monte!»
Tradition en devenir
C’est déjà le troisième char de la famille. «La première année, nous avions construit un petit chalet et j’avais joué de mon orgue de Barbarie. L’an dernier, nous avions recréé un coin de forêt, où une soupe chauffait sur un petit feu avant d’être servie aux visiteurs.»
Durant le cortège, les enfants auront leurs petites cloches et distribueront bonbons et caramels. «S’il fait beau, je sortirai peut-être mon accordéon schwytzois.» Et après? «J’ignore où partira le char. Mais une chose est sûre. Après toutes les heures passées à sauver son mécanisme de la ferraille, nous ne le démonterons pas. Peut-être qu’un lieu de la région s’y intéressera et voudra l’accueillir… On verra.»

