La belle des Andes pourrait détrôner le roi des balcons
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L’été extrêmement sec et chaud a été impitoyable pour la végétation. Même si les pluies de fin août ont encouragé le reverdissement de l’herbe, on observe partout des arbres et arbustes secs, et les fleurs d’arrière-été ne sont belles que là où elles ont bénéficié d’arrosages réguliers. Et encore: les feuillages ont malgré tout parfois séché en quelques heures. Autant dire que le moindre oubli d’arrosage a opéré un tri sévère: c’est sur les plantes encore présentables maintenant qu’il faudra compter à l’avenir.
Du côté des potées, les classiques bégonias ont plutôt bien tenu (pourvu qu’on leur ait épargné le plein soleil), tout comme les pélargoniums («géraniums»), bon nombre de sauges d’ornement, les Méditerranéennes comme les lauriers-roses… et le lis des Incas. Ces derniers n’étaient-ils pas fils du Soleil?
Au joli temps des lis
Qu’ont donc en commun lis-crapaud, lis des steppes, lis d’un jour, lis de l’Himalaya, lis de Guernesey, lis des Cafres, lis de Saint-Bruno, lis-araignée, lis-ananas ou lis des Incas? Aucun n’est un vrai lis! Mieux: dans les classifications récentes, basées sur la génétique, beaucoup sont même rangés dans une autre famille botanique.
Si lis-crapaud (Tricyrtis) et lis de l’Himalaya (Cardiocrinum) sont restés des Liliacées, les lis des steppes (Eremurus), d’un jour (Hemerocallis) et de Saint-Bruno (Paradisea liliastrum) sont désormais des Xanthorrhoeacées, le lis de Guernesey (Nerine) et les lis-araignées (Hymenocallis, Ismene et Lycoris) des Amaryllidacées, les lis-ananas (Eucomis) des Asparagacées, tandis que le lis des Cafres (Hesperantha, syn. Schizostylis) fait partie des Iridacées. Quant aux lis des Incas, ils ont droit à leur propre famille: les Alstroemeriacées.
Richesse en réserve
En matière de plantes aussi, les modes passent et reviennent: bien des végétaux «tendance» des dernières décennies – les roses à quartiers, les hostas, les bergénias – ont été cultivés par nos (arrière-) grands-parents, avant de connaître un long purgatoire. Toutefois, certaines plantes sont réellement nouvelles en culture, et c’est le cas du lis des Incas. Si le genre Alstroemeria est connu des Européens depuis plus de deux siècles, il n’a commencé à se faire une place dans les plates-bandes et les potées que grâce aux travaux d’hybridation commencés dans les années 1980.
En mariant espèces andines et brésiliennes, les obtenteurs ont en effet réussi à créer non seulement une gamme de coloris éblouissante, mais aussi des plantes compactes, relativement résistantes au froid et extrêmement florifères. Et comme on dénombre plus de cent espèces sauvages d’Alstroemeria, ce n’est sans doute pas fini…
On dirait le Sud
Avez-vous craqué pour l’huile de rosier musqué, «secret de beauté des princesses Incas»? Ou choisi l’exotisme en installant dans vos plates-bandes la scille du Pérou? Dans l’un ou l’autre cas, l’appellation était trompeuse: la rosa mosqueta des latinos est en fait une espèce européenne, Rosa rubiginosa, que les princesses incas n’ont pas eu le temps de connaître; quant à la spectaculaire bulbeuse azur, le bateau qui l’apportait en Angleterre s’appelait le Pérou, mais il arrivait en réalité de Méditerranée.
Avec le lis des Incas en revanche, pas d’embrouille: le genre Alstroemeria est bel et bien originaire d’Amérique du Sud. Tout comme le coqueret du Pérou qui décore les desserts au resto, l’oca aux petits tubercules comestibles, l’héliotrope vanillé, la belle-de-nuit (Mirabilis jalapa), la noix du Brésil, le faux-poivrier, la pomme de terre, le Fuchsia boliviana ou encore la grenadille.
Un parrain suédois
Alstroemère, drôle de nom pour une fleur. On francise parfois ainsi le nom savant du lis des Incas, Alstroemeria. Une appellation due non à une nymphe de la mythologie antique, mais à un élève du grand Carl von Linné. Suédois lui aussi, Clas Alströmer avait récupéré des graines en Espagne, lors d’un voyage d’études, pour les envoyer à son maître; ce dernier, après avoir réussi à faire grandir et fleurir la plante sous serre à Uppsala, avait dédié le genre à son disciple.
L’appellation «lis des Incas» est quant à elle purement marketing: les Incas ne cultivaient pas d’ornementales, leurs cultures se limitant aux plantes utiles, ou sacrées – comme la cantuta (Cantua buxifolia), véritable «fleur de l’Inca». Mais ils récoltaient parfois les tubercules d’alstroémères sauvages en nature, comme nourriture de disette.
Comment la cultiver?
Les alstroémères aujourd’hui disponibles dans le commerce sont le plus souvent des hybrides interspécifiques, conjuguant une vaste palette de coloris à une relative rusticité. En plaine, il est généralement possible de les cultiver en pleine terre, en choisissant une exposition claire (soleil non brûlant ou mi-ombre). Ces plantes n’apprécient pas les terrains secs et caillouteux: elles demandent un bon sol riche, plutôt frais mais parfaitement drainé l’hiver. À défaut (ou plus haut en altitude), il est souvent préférable d’opter pour la culture en pots (utiliser du terreau pour potées), que l’on hivernera à l’abri des forts gels, en adaptant l’arrosage à l’état de la végétation – en véranda tempérée, la floraison peut en effet se poursuivre durant l’hiver.




