Une émotion, et voilà le lagopède alpin qui pique un fard
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Comme les tétras et la discrète gélinotte, le lagopède alpin possède des caroncules rouges. Ces excroissances au-dessus des yeux ne sont pas toujours visibles. Elles ressemblent dans leur structure à de petites anémones plus qu’à de la simple peau.
L’oiseau peut les gonfler et les rendre ostentatoires sous le coup d’une émotion, mais elles sont surtout déployées lors des parades nuptiales dès le mois de mai. Une jolie touche d’élégance sur le plumage cryptique d’un oiseau qui fait penser en toutes saisons à de la roche ou de la neige.
Un croassement inattendu
Passant quelques jours dans les Alpes pour tenter de fuir au mieux ces inquiétantes canicules à répétition, je savoure mon plaisir en prenant un café sur la terrasse d’une cabane de montagne à plus de 2000 m d’altitude. Le décor est grandiose et la brise légère apporte une touche de fraîcheur bien appréciée. Je me prépare à partir dessiner quelques belles fleurs quand soudain retentit le puissant et curieux croassement d’un lagopède!
Je scrute l’éboulis en contrebas et repère au loin deux de ces perdrix des neiges. Je m’approche avec lenteur et précaution du pierrier et m’assieds à quelque distance, longue-vue installée sur le trépied, pour ne pas les déranger et profiter pleinement de l’opportunité. Cinq autres oiseaux que je n’avais pas vu sont disséminés dans la zone, dont trois femelles au plumage brun et strié.
Peu friands des canicules
L’individu que je suis en train d’observer se tapit soudain et bascule la tête de côté pour observer le ciel. Je lève le regard à mon tour et découvre un superbe adulte de gypaète barbu qui cercle haut dans le ciel avant de poursuivre sa route. Vigilant, mon lagopède a repéré la silhouette inquiétante qui ressemble à celle de l’aigle royal, un de ses rares prédateurs.
Le soleil darde ses rayons et la compagnie des sept lagopèdes, semblant souffrir de la chaleur excessive, s’est rassemblée maintenant à l’ombre d’un très gros bloc. Ces oiseaux discrets, reliques de la dernière période glaciaire, ont trouvé en altitude dans les Alpes le climat arctique qui leur convenait pour survivre. Je ne suis donc pas surpris de les voir stationner au frais dans ce petit périmètre qui m’offre une observation en continu.
Sage comme une image
Séances minutieuses de toilettage, bains de poussière frénétiques pour éliminer les parasites et recherche nonchalante de maigres graminées constituent l’essentiel des activités de la petite bande qui ne franchira pas la limite de l’ombre portée. À deux reprises, un mâle dont la queue est soudain dressée et étalée en éventail, croasse dans un mouvement de parade à la suite d’une femelle qui, surprise, s’esquive.
Exceptées ces manifestations, les lagopèdes passeront une grande partie de la journée à dormir ou à se reposer, comme l’individu de notre image qui est resté immobile durant une grosse demi-heure, en me laissant le temps et le plaisir de détailler son plumage subtil.


