Á l'affût de l'objet rare au marché-brocante du col des Mosses
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En ce début juin, nous avons rendez-vous aux premières heures chez Daniel Duding à L’Antique Galerie. Son magasin d’antiquités se trouve à Neirivue, le long de la route touristique qui relie Bulle à Château-d’Oex et Gstaad. L’heure matinale du rendez-vous est calculée: comme le savent bien les amateurs de brocantes et marchés aux puces, les premiers arrivés sont souvent les mieux servis.
Le but de notre escapade est le Marché-Brocante du Col des Mosses qui a lieu tous les dimanches, de juin à septembre. Il s’agit du premier de la saison, ce qui est de bon augure, comme le relève Daniel Duding: «C’est généralement là que l’on trouve les plus belles pièces, après on risque de tomber toujours sur les mêmes choses.»
Passionnée par les sculptures de Brienz
En bon habitué, il connaît pratiquement tous les vendeurs qui seront sur place. Il a travaillé chez un antiquaire du Pays-d’Enhaut avant d’ouvrir il y a vingt ans son propre magasin d’antiquités, entièrement dédié à l’art populaire alpin. «Ma passion, ce sont les sculptures de Brienz, souligne-t-il, je suis l’un des seuls qui les restaure dans la région. Les artisans auraient aimé travailler le bronze, mais faute de moyens, ils ont dû se contenter du bois. Ce sont des pièces uniques, ce que j’apprécie particulièrement.»
Le Brienz, comme le nomment les spécialistes, est un style de sculpture alpine sur bois qui se reconnaît facilement. On le retrouve sur des portemanteaux, des lampes, des chaises, des porte-parapluies ornés de motifs de chasse – l’ours en est souvent l’emblème – et de vie montagnarde. Daniel Duding en a quelques exemplaires dans son magasin, de très belles pièces qui plaisent aux collectionneurs avertis.
Trop tard
Avant de partir, nous lui demandons s’il a déjà une petite idée de ce qu’il recherche: «J’aimerais trouver une cloche en bronze pour compléter un ensemble que j’ai vendu à un client. L’une de celles qui le composent n’est pas de grande qualité par rapport aux autres, et il n’est pas satisfait. Pour le reste, ce sera des coups de cœur.»
Alors que nous roulons en direction du col des Mosses, la discussion va bon train. D’abord légère, elle glisse sur un sujet qui hante tous les chasseurs de bonnes affaires: la crainte d’arriver trop tard… C’est pile à ce moment que nous croisons une voiture que Daniel Duding reconnaît tout de suite: elle appartient à l’un de ses vieux amis brocanteurs, réputé être très matinal. Daniel Duding reste philosophe, préférant souligner l’esprit d’entraide qui règne dans la profession. «Si un client recherche une pièce que je n’ai pas mais que je sais qu’un collègue la possède, je vais l’envoyer chez lui et vice versa», nous explique-t-il.
Place à la négociation
Sur place, les brocanteurs sont répartis de chaque côté de la route. Rien ne semble les distinguer à première vue, mais Daniel Duding a déjà repéré sa première cible. S’approchant d’un stand, il le parcourt d’un regard expert, avant de s’emparer d’un objet qui pourrait bien être «le trésor» de la journée: un tableau, plus précisément un papier découpé, comme on en voit beaucoup dans la région.
Daniel Duding tourne et retourne l’œuvre dans ses mains, l’inspectant sous toutes les coutures. «C’est un original d’Anne Rosat, une artiste belge installée dans le Pays-d’Enhaut, qui a contribué au renouveau de cet art traditionnel. Elle vient d’ailleurs de faire une exposition à Château-d’Oex», commente le vendeur pour faire monter la cote. Daniel Duding acquiesce, admirant la finesse du découpage et l’harmonie des motifs colorés.
Reste la question, hautement sensible, du prix. La négociation s’engage mais les deux protagonistes tombent rapidement d’accord. Il sera à la hauteur de la rareté de l’objet: une rondelette somme à cinq chiffres, qui en aurait fait hésiter plus d’un… Mais l’antiquaire est sûr de son coup, il sait que ce genre de pièce est recherchée et qu’il pourra la revendre en dégageant une petite marge. «De toute façon, même si je n’arrivais pas à l’écouler, je serais content de la garder chez moi.»
Les trésors
Papier découpé d’Anne Rosat
Ce papier découpé est l’œuvre d’Anne Rosat, une artiste belge établie dans le Pays-d’Enhaut. L’artiste a contribué par son travail à relancer l’intérêt pour cet art traditionnel et à le faire connaître au-delà des frontières. La maison Hermès a réalisé en 1997 l’un de ses prestigieux carrés de soie d’après l’un de ses dessins.
Table de Brienz
Cette table ancienne, typique du style Brienz que collectionne Daniel Duding, date du XIXᵉ siècle. Elle se distingue par une marqueterie et des dessins à l’encre de Chine d’une grande qualité, qui en font un très bel objet d’art populaire, selon l’antiquaire. Elle sera mise en vente après restauration.
Une pointe de nostalgie
L’antiquaire ne peut s’empêcher d’avoir une petite pointe de nostalgie en abordant cette question des prix. Avec internet, la plupart des amateurs d’objets anciens sont désormais au courant de leur valeur. Gagner sa vie avec ce métier devient de plus en plus difficile. «On peut légèrement tirer le prix vers le haut, mais il ne faut pas être trop gourmand. À l’époque, il m’est arrivé d’acheter un objet 2000 francs, et de le revendre trois fois plus cher après l’avoir restauré.»
Car Daniel Duding, qui travaillait comme ébéniste avant d’être antiquaire, est aussi spécialiste en restauration d’objets anciens. «Je passe beaucoup de temps sur certaines pièces et ce travail est parfois difficile à valoriser. Je me souviens de clients qui voulaient restaurer la commode de leur grand-maman. J’ai vite vu que le coût des heures dépasserait la valeur du meuble. On l’a quand même fait car il avait une valeur sentimentale.»
Dessins à l’encre de Chine
La chasse aux trésors se poursuit. On déambule entre les stands, on discute, et quand on ne trouve rien, on échange des blagues. À un marchand qui lui demande s’il a fait de belles prises, Daniel Duding lance: «J’ai fait de jolies découvertes mais il n’y a pas de miracle, il faut sortir le flouze.»
En fin de matinée, coup de chance: coup sur coup, l’antiquaire met la main sur deux objets convoités: une cloche, «mais pas une cloche pour touristes, une vraie qui a servi et correspond parfaitement au modèle que mon client recherche», tient-il à souligner. Et une ancienne table de Brienz qui nécessitera plusieurs heures de restauration avant de pouvoir être remise en vente au magasin. «Il y en a pour deux jours de boulot assez technique, au bas mot. Il faudra que j’enlève la couche de vernis pour redonner du lustre aux délicats dessins à l’encre de Chine, mais ça en vaut la peine.»
La matinée touche à sa fin. C’est comme si une journée entière s’était écoulée… «Après quelques heures, on ressent la fatigue, admet Daniel, et on finit par ne plus voir grand-chose.» Cela tombe bien, la chasse aux trésors a été bonne, meilleure même qu’espéré.
Avis aux chineurs
En Suisse romande, l’été regorge de rendez-vous incontournables:
Le marché-brocante du Col des Mosses, «le plus haut de Suisse romande», est à découvrir tous les dimanches jusqu’au 20 septembre.
Les 18-19 juillet, Avenches organise dans son centre historique sa traditionnelle brocante, pleine de beaux objets au caractère unique.
Les 7-8 août, ce sera au tour d’Estavayer-le-Lac de transformer ses ruelles médiévales en brocante en plein air.


