Citrus Land: un pari fou pour sauver les agrumes de Borex
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Imaginez: votre journée commence par une visite guidée au cœur de serres luxuriantes, parmi les citrons caviar, pomelos roses et combavas. Elle se prolonge dans une boutique de produits locaux, où pâtes de fruits et autres boissons acidulées garnissent les étals, à quelques pas d’ateliers d’artisans sublimant le yuzu, comme des chocolatiers. Le soir venu, après un repas sur le même thème fruité servi sous la serre principale, la nuit se poursuit dans une auberge sur place, au milieu des 1500 arbres du domaine.
Voici le concept de Citrus Land, imaginé par le gérant de La ferme aux agrumes, à Borex (VD), et qui pourrait se concrétiser d’ici à cinq ans environ. «L’idée est d’offrir une expérience unique aux hôtes, en mettant en valeur les 270 variétés de fruits qui poussent ici, afin de créer un véritable écosystème», déclare Marco Simeoni, qui a repris entièrement l’exploitation en 2024, succédant à son fondateur Niels Rodin.
Des pertes nettes
À cette époque, le domaine connaissait des difficultés financières, qui perdurent encore aujourd’hui. «Nous vendons notre production à des restaurateurs du pays, mais nos volumes ne sont pas suffisants pour intéresser les grandes surfaces», relate le Lausannois. En parallèle, l’entretien de «la plus grande collection privée d’agrumes d’Europe» est particulièrement onéreux, entre la taille, le soin aux arbres, l’arrachage des adventices et le nettoyage des serres.
Après une phase d’acclimatation, les arbres sont cultivés en agriculture biologique et biodynamique dans des serres tenues hors gel, ou en pleine terre. «Aujourd’hui, les recettes ne représentent environ que 10% des coûts. J’ai repris l’affaire en sachant que le modèle n’était pas viable. Mais je ne voulais pas laisser ce patrimoine unique disparaître. C’est un endroit magique!» lance l’ex-ingénieur en télécoms et en informatique, qui possède aussi un domaine viticole dans le sud de la France.
Changer d’affectation
Pour sauver l’entreprise, plusieurs activités de diversification ont été mises en place, dont des visites guidées, des privatisations de serres pour des mariages, anniversaires ou sorties d’entreprises, ainsi qu’une boutique proposant des produits transformés. «Nous faisons faire des huiles, vinaigres et liqueurs à base des agrumes cultivés sur place, en travaillant avec des artisans de la région, comme des distillateurs», explique celui qui a dû demander une licence temporaire à la commune pour proposer ces offres complémentaires.
Pour aller plus loin, d’importantes démarches administratives sont désormais nécessaires afin de classer la parcelle de 15 000 m2 en zone d’activité économique dans le plan communal. «Le statut actuel de zone horticole ne permet pas le développement d’activités annexes telles que la restauration, l’hébergement ou la location d’espaces. Or, nous avons besoin de ces revenus pour équilibrer les comptes», expose l’agrumiculteur.
Après avoir obtenu un préavis favorable du Canton, il a travaillé en ce sens avec la Municipalité. Si l’enquête publique s’est achevée il y a un mois, plusieurs oppositions ont été déposées. Lors d’une séance d’information en mars dernier, des riverains ont notamment fait part de leurs inquiétudes concernant, entre autres, l’augmentation du trafic et la réverbération du soleil sur les serres. «Une rencontre avec les opposants sera prochainement organisée», informe l’entrepreneur.
Il faut se diversifier
À terme, le Conseil communal devra voter à la majorité en faveur du projet pour entériner ce changement d’affectation. «Ce sont des étapes très longues, sans compter la demande de permis de construire et le travail avec les architectes. Mais j’y crois, sinon je ne me serais pas lancé dans cette aventure.»
S’il est convaincu qu’une clientèle nombreuse sera séduite par le concept, Marco Simeoni veut aussi donner un signal d’espoir pour le monde agricole. «Aujourd’hui, il est devenu très difficile de vivre des métiers de la terre. Mais l’agritourisme et la vente directe peuvent permettre de s’en sortir, en maximisant les marges. C’est une histoire de survie.»
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