Véritable laboratoire d'idées dans la campagne vaudoise, Bavois cultive ses racines en semant pour l'avenir

Il existe des coins où les habitants s'engagent avec force pour le terroir, la biodiversité et le vivre-ensemble. Cette année, Terre&Nature vous emmène dans ces villages romands porteurs d'initiatives et d'espoir. Cinquième étape à Bavois (VD).
David Genillard 
© Albin Christen

Bio Express

Gentilé

Les Bavoisans.

Sobriquet

Les Agasses (les pies).

Noms de famille les plus répandus

Agassis, Salzmann, Oulevay.

Date importante

La fête de l’Abbaye des Agriculteurs de Bavois fait partie des rendez-vous les plus populaires. Elle se déroule traditionnellement à la mi-août.

Une anecdote historique

En 1802, la révolte paysanne des Bourla-Papey enflamme le Pays de Vaud. À Bavois, c’est le juge Agassis qui mène la fronde et prend d’assaut le Château-Dessus, le 8 mai, pour y brûler les titres du propriétaire de l’époque, le major Pillichody.

Il n’est probablement pas un seul automobiliste romand qui n’ait jamais entendu parler de Bavois. Ce nom évoque en premier lieu un restoroute du Nord vaudois, sur le tracé de l’autoroute A1, aménagé au tournant du millénaire. Quelque 65 000 véhicules défilent chaque jour sur cet axe reliant Yverdon à l’arc lémanique. Rares toutefois sont ceux qui traversent effectivement la localité.

«Bavois Nature»: c’est le nom donné à cette aire d’arrêt. On a déjà vu cadre plus bucolique. Le syndic Thierry Salzmann n’en invite pas moins à y faire halte et à s’approcher des balustrades: «Ceux qui s’y arrêtent savent que l’endroit offre une vue imprenable sur la chaîne du Jura et sur notre village!» Mais tant qu’à faire, autant profiter de ce panorama depuis le hameau du Coudray, où réside l’élu et situé au pied du viaduc.

Pop-corn, pois chiches et permaculture

Au gré de la descente, le raffut de l’A1 se transforme peu à peu en un bourdonnement persistant. On s’éloigne de la frénésie quotidienne, pour se plonger dans le calme d’une bourgade qui semble endormie. Le contexte prédestinait Bavois à ne devenir qu’un village-dortoir, à mi-chemin entre les deux plus grandes agglomérations vaudoises: la proximité de l’autoroute et une desserte ferroviaire désormais assurée à la demi-heure ont été le moteur d’un boom démographique impressionnant: entre 1900 et 1990, la population est passée de 566 à 496 habitants, pour bondir depuis à 1072 âmes.

Ce développement ne s’est pourtant pas accompagné d’une croissance économique à l’avenant. En 2008, la laiterie, dernier commerce du lieu, abstraction faite de ceux installés sur l’aire d’autoroute, ferme ses portes. Et alors que Chavornay et Orbe attirent les entreprises en nombre, Bavois reste en retrait. Thierry Salzmann en convient: «Cet aspect a été un peu oublié par les précédentes Municipalités, dans les années 1980. Nous travaillons aujourd’hui sur la révision de notre Plan d’affectation communal avec l’Association pour le développement du Nord vaudois et nous prévoyons de créer une zone d’activités.»

L’ancien côtoie le nouveau, le logement jouxte l’activité paysanne, les abreuvoirs à chèvres le disputent aux piscines

Pour autant, les Bavoisans ne restent pas les bras croisés. La localité compte la bagatelle de dix sociétés locales, «toutes bien actives», souligne Mélanie Crausaz qui préside l’Association du Four à pain. Forte d’une quarantaine de membres, celle-ci est d’ailleurs née dans le sillage d’une autre: la Jeunesse locale. «Le four à pain a été construit dans l’ancien pressoir communal, grâce au bénéfice dégagé par la Cantonale de 2008», explique Mélanie Crausaz. Cette dernière cite également l’Abbaye, le club de foot ou encore les Paysannes vaudoises, parmi les entités les plus dynamiques.

Les idées originales ont même le don de fuser. En atteste la deuxième étape de notre balade, un peu plus bas, en direction de la plaine de l’Orbe. Le cousin du syndic, Alain Salzmann, nous accueille à la ferme de Champ-Villars. L’endroit reçoit régulièrement la visite de journalistes qui viennent faire l’écho des innombrables idées de l’exploitant. Ce dernier a été un pionnier du pois chiche en Suisse romande. Il s’est essayé à la culture de riz immergé et à celle de l’arachide. En 2016, il mettait en route une production d’orge brassicole avec ses voisins, Joaquim et Françoise Vez, qui créaient la première malterie vaudoise, désormais fermée. Sur ses terres, on trouve également une truffière, du safran, du maïs à pop-corn…

Pour Alain Salzmann, la betterave reste toutefois le débouché principal. «C’est le cas dans toute la plaine de l’Orbe», explique-t-il. Pourquoi, alors, un tel besoin de se diversifier? La croissance éclair de la localité est l’une des réponses. «De nombreuses fermes ont été rénovées et transformées en logements. Le prix des terrains agricoles s’est envolé. Il est devenu difficile de s’agrandir, alors nous cherchons à créer de la plus-value pour mieux valoriser les parcelles que nous avons.»

En chiffres

1072 habitants (au 31.12.2025).

935 hectares: c’est la surface de la commune, ce qui équivaut grosso modo à quatre fois Vevey et deux fois et demie Morges.

10 sociétés locales actives.

11 exploitations agricoles.

1912: l’année de création des armoiries de Bavois, montrant deux châteaux.

Des cosmétiques dans une ancienne écurie

En déambulant dans les ruelles, cette évolution saute aux yeux: l’impression de se promener dans une mosaïque agricole et résidentielle s’impose. L’ancien côtoie le nouveau, le logement jouxte l’activité paysanne, les abreuvoirs à chèvres le disputent aux piscines. La société Cocooning Wellness forme du reste un trait d’union étonnant entre ces deux univers et a profité du renouveau immobilier du lieu: «Nous cherchions de nouveaux locaux et nous avons trouvé cette ferme rénovée, explique le directeur, Alexis Bruttin. Nous élaborons désormais nos cosmétiques dans l’ancienne écurie.» Les senteurs parfumées qui s’échappent du laboratoire étonnent dans ce coin de campagne.

Retour vers le passé et en direction des hauts de la bourgade, dominé par le Château-Dessus. Sur le flanc de la colline, Olivier Agassis cultive l’un des derniers domaines viticoles bavoisans. Lui aussi innove: s’il a récemment replanté du chasselas et reprend la production cette année, ce terroir argileux sur fond de molasse sied particulièrement à l’élaboration de rouges: «J’ai replanté du gamaret, du gamay, du garanoir, du pinot ou encore du merlot…», signale le viticulteur et député. L’exposition des parcelles est idéale et la vigne est cultivée depuis des temps immémoriaux au pied du château.

Un petit détour vers l’édifice qui se dressait déjà là au XIIe siècle, et qui est devenu désormais une demeure privée, s’impose: c’est l’une des deux forteresses ornant les armoiries communales. La seconde est moins visible, tout au nord de la localité: maison de maître reconvertie en logements, le Château-Dessous est éminemment plus discret.

Lieu de passage historique

Le sol argileux décrit par Olivier Agassis sourit aux cultivateurs de la plaine depuis des lustres. L’activité agricole est attestée depuis le néolithique (lire encadré). D’autres fouilles ont permis de confirmer que le secteur était toujours habité au Haut Moyen Âge. Subsiste de cette période un témoin bien vivant: la Ferme de Lilan. Sur place, la directrice Claire Asfeld nous apprend que le corps de ferme se dressait déjà là au XVIIe siècle, constituant une dépendance du château. Convertie à l’élevage laitier puis rachetée par un propriétaire équin, l’exploitation a entamé un nouveau chapitre de son histoire en 2020.

Une cinquantaine de variétés végétales sont cultivées sur les différentes parcelles et transformées sur place, en sauces, sirops, soupes ou encore mélanges pour infusions. Cet amour du circuit court n’est pas la seule caractéristique de la ferme, qui se veut avant tout un espace d’exploration de pratiques agricoles plus vertueuses, pensée «dans une logique de permaculture, où chaque élément contribue à un équilibre systémique global».

Une innovation de plus dans un village qui bouge donc. Comment l’expliquer? Pour Claire Asfeld, la réponse est peut-être à chercher dans l’histoire de cette région: «Nous sommes situés à un carrefour. Depuis l’époque romaine, c’est un lieu de passage très fréquenté entre le Léman et le lac de Neuchâtel.» Reste que, dans une région où la pratique agricole demeure traditionnelle, l’arrivée de ce modèle n’a pas manqué de provoquer des réactions. «Nous passons un peu pour des extraterrestres, sourit Claire Asfeld. L’une de nos priorités maintenant est de communiquer davantage autour du travail qui est fait ici, notamment auprès des autres producteurs de la région.»

Un réseau d’épiceries comme lien social

L’ouverture en 2018 d’un commerce à proximité de la gare favorisera-t-elle ces échanges? C’est là qu’est née la première Petite Épicerie, à l’initiative de Stéphanie Favre. Cette dernière a ainsi indirectement repris le témoin des mains de son papa: «C’est lui qui a tenu la laiterie jusqu’en 2008.»

Le concept a essaimé depuis, avec 16 points de vente, dont un ouvert en février aux Avants (VD). S’il repose sur un système d’accès et de paiement grâce à une application mobile, il n’en a pas moins remis du liant au village, tout en offrant une plateforme aux producteurs: sur les quelque 300 produits de l’assortiment, 50 viennent de Bavois. «Les producteurs livrent eux-mêmes, ce qui permet souvent aux clients d’échanger avec eux», se réjouit Stéphanie Favre.

Un peu d'histoire

La construction de l’A1 a ouvert une fenêtre sur le passé de Bavois, à la fin des années 1970. Les fouilles menées au lieu-dit En Raillon ont révélé les traces d’une occupation entre le Néolithique final et le Bronze final, soit entre 2400 et 1200 av. J.-C.: un petit hameau agricole se serait dressé à cet endroit. D’autres fouilles montrent que Bavois a été habité aux époques ultérieures, que ce soir à la protohistoire ou à l’époque romaine, notamment grâce à la découverte d’un chaudron sur le site d’une villa romaine. On en sait bien plus sur l’histoire médiévale du lieu et sur son château: la terre de Bavois appartenait au XIle siècle aux sires de Joux, qui le cédèrent en 1263 au comte Pierre II de Savoie.

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