Farmy met la clé sous la porte et liquide ses stocks samedi 13 juin

La plateforme Farmy a annoncé sa faillite en mai, après douze ans d'activité. Derrière cette disparition se dessinent les fragilités économiques du commerce alimentaire en ligne, mais aussi les difficultés croissantes des circuits courts face à la pression des prix.
Aurore Clerc

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Des employés de Farmy préparent des commandes dans les locaux de l'entreprise, à Zurich.
© Keystone/Christian Beutler

Le rideau est tombé sur l’un des visages les plus emblématiques du commerce alimentaire durable en Suisse. Le 9 mai 2026, Farmy AG et sa société mère Pico Lebensmittel AG ont annoncé leur faillite et l’arrêt immédiat de leurs activités. Fondée à Zurich en 2014, la plateforme s’était imposée comme un acteur pionnier de la livraison à domicile de produits locaux et biologiques.

Portée par l’essor du commerce en ligne et par la recherche de produits régionaux, Farmy avait connu une forte croissance durant la pandémie. En 2021, l’entreprise atteignait un chiffre d’affaires record d’environ 32 millions de francs et se hissait au troisième rang des supermarchés alimentaires en ligne du pays. Mais derrière cette réussite apparente, les équilibres économiques restaient fragiles.

Lourde logistique

Le concept de Farmy reposait sur une promesse forte: proposer des produits frais, bios et régionaux livrés directement depuis les fermes ou petits producteurs. Une approche appréciée par les consommateurs, mais qui impliquait une logistique particulièrement lourde. Contrairement aux grands distributeurs capables de centraliser leurs marchandises, Farmy devait gérer des milliers de références provenant de centaines de fournisseurs répartis dans toute la Suisse.

Cela impliquait davantage de transports, de préparation de commandes et des coûts logistiques élevés. Les produits proposés sur la plateforme étaient également plus chers – de 20 à 40% selon les cas – que ceux de Migros Online ou Coop.ch. Un écart assumé par l’entreprise, qui entendait mieux rémunérer les producteurs. Dans un contexte de hausse du coût de la vie, de nombreux consommateurs ont toutefois réduit leurs dépenses alimentaires premium.

Le boom du Covid

Le ralentissement du commerce en ligne après la pandémie a aussi pesé lourd. Comme beaucoup d’entreprises du secteur, Farmy avait grandi très rapidement durant les années Covid avant de subir un retour à la normale. Les volumes de commandes n’ont jamais retrouvé les niveaux atteints en 2020 et 2021. Dès 2024, les premiers signes de fragilité étaient visibles. L’entreprise avait fermé son site d’Écublens fin 2025 et supprimé 29 postes en Suisse romande. Une restructuration était engagée dans l’espoir de retrouver la rentabilité.

En janvier 2025, Farmy avait pourtant tenté une dernière manœuvre de sauvetage en fusionnant avec Pico Lebensmittel, un grossiste spécialisé dans les produits biologiques. L’objectif était de mutualiser les infrastructures logistiques et de réduire les coûts administratifs. Cette alliance devait permettre à l’entreprise de retrouver un second souffle. Mais les économies espérées ne se sont jamais concrétisées.

1200 producteurs touchés

Farmy avait pourtant réussi à séduire près de 1850 investisseurs lors d’une campagne de financement participatif lancée en 2023. Plusieurs millions de francs avaient alors été injectés dans la société afin d’accélérer son développement. Au-delà des salariés et des investisseurs, la disparition de Farmy touche surtout les quelque 1200 producteurs partenaires qui utilisaient la plateforme comme canal de vente. Selon l’entreprise, près de 60% de son chiffre d’affaires provenait directement de producteurs suisses. Pour de nombreuses fermes, fromageries ou boulangeries artisanales, Farmy représentait une vitrine nationale difficile à remplacer. Certains producteurs réalisaient une part importante de leurs ventes grâce à cette plateforme.

La faillite de Farmy s’inscrit dans un contexte plus large de difficultés pour le secteur bio. Ces dernières années, plusieurs acteurs spécialisés ont dû revoir leurs ambitions ou mettre fin à leurs activités. En Suisse, les 25 magasins de l’enseigne bio Alnatura ont ainsi fermé leurs portes fin 2025, faute d’avoir trouvé un nouveau partenaire après le retrait de Migros. La disparition de Farmy confirme les défis auxquels sont confrontés les acteurs misant sur des produits durables et locaux dans un marché où le prix reste souvent le principal critère d’achat.

Liquidation des stocks alimentaires

Après sa faillite, Farmy organise une ultime vente de liquidation en collaboration avec l’office des faillites de Zurich-Altstetten. Rendez-vous le samedi 13 juin 2026, de 10 h à 16 h, à la Buckhauserstrasse 28 à Zurich. Des centaines de produits bio et régionaux seront proposés sous forme de box surprises à prix réduit : 20 francs pour une caisse de produits frais (valeur minimale de 40 francs) et 50 francs pour une caisse de produits secs (valeur minimale de 100 francs). L’occasion de sauver des denrées de qualité tout en réalisant de bonnes affaires. Paiement uniquement par Twint.

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