Ce désinfestateur chasse la faune des foyers pour mieux la protéger

Depuis près de dix ans, Sébastien Flükiger met au point des techniques écologiques innovantes pour éloigner insectes et rongeurs des bâtiments, en réduisant les produits chimiques et en sensibilisant les propriétaires.
15 avril 2021 Lila Erard
© Mathieu Rod

Des hameaux valaisans aux villages jurassiens, en passant par la campagne vaudoise et les ruelles neuchâteloises, il sillonne la Romandie au volant de sa voiture jaune. À l’intérieur du coffre, une combinaison, des lunettes de protection, un harnais et une perche télescopique sont soigneusement rangés.

Sur le capot, une guêpe géante annonce la couleur. Sébastien Flükiger est ce qu’on appelle communément un désinfestateur, soit un professionnel qui lutte contre les nuisibles. «Je préfère dire que je suis régulateur de faune, précise toutefois
l’intéressé, en nous accueillant chaleureusement dans l’un de ses entrepôts, à Bex (VD). D’ailleurs, le mot nuisible ne me plaît pas non plus. C’est un terme inventé par les humains pour désigner les animaux qui les dérangent. Moi, je les admire et j’ai appris à les aimer.»

Il y a près de dix ans, ce quinquagénaire s’est spécialisé dans l’étude de solutions écologiques destinées à repousser les indésirables des bâtiments et des jardins, en réduisant les produits chimiques et en respectant le cycle de la nature. Des techniques pionnières basées sur une observation attentive de la faune, qu’il a mises en place au sein de son entreprise Le Guêpier nuisible contrôle Sàrl, basée à Troistorrents (VS).

Observer pour mieux traquer

Sa fascination pour les insectes ne date pas d’hier. Enfant, ce Chaux-de-Fonnier rentrait déjà chez lui les poches pleines de sauterelles et autres bestioles rampantes. «Ma mère ne s’y habituait pas et faisait un bond chaque fois qu’elle lavait mon pantalon», se rappelle-t-il en souriant. S’il rêve de devenir géologue, le jeune homme entreprend d’abord un apprentissage
d’employé de banque, avant de se réorienter dans le secteur médical, la protection juridique, les assurances puis la conduite de poids lourds.

«Il m’est même arrivé d’avoir six jobs en même temps», raconte ce grand autodidacte aux mille talents. C’est finalement son passage dans une entreprise de dératisation qui l’incitera à se lancer en indépendant. «La norme était d’empoisonner les rongeurs avec des anticoagulants ou d’autres produits néfastes pour la santé et l’environnement. On ne s’intéressait pas aux causes de leur venue. J’ai décidé d’inverser la logique. Au début, je passais pour un fou. Aujourd’hui, on me donne raison», dit-il fièrement.

Son univers

Une musique

«La musique folklorique. Du yodel aux chants corses, suivant où je me trouve. Ca me transporte.»

Un objet

«Un compas de marin. Je rêve de faire le tour du monde en voilier.»

Un livre

«La Bible. Il y a de la spiritualité dans chaque brin d’herbe

Un film

«Docteur Patch, de Tom Shadyac. L’histoire vraie d’un médecin qui soignait par le rire. Inspirant!»

Mieux vaut prévenir que guérir. Tels sont les maîtres mots de Sébastien Flükiger, qui préconise l’application de produits naturels au début du printemps pour repousser araignées et xylophages, «comme le faisaient nos ancêtres». Sa mission consiste ensuite à identifier les lieux de passage de la faune. Pour y parvenir, ce passionné – qui écume les livres de biologie et les musées pour parfaire ses connaissances – passe au crible les habitations et traque les indices, du
sol au plafond, loupe grossissante en main. Motivé, il n’hésite pas à dormir sur place s’il le faut.

J’ai décidé d’inverser la logique. Au début, je passais pour un fou. Aujourd’hui, on me donne raison.

«Le secret est de penser comme l’animal. Par exemple, la souris, à la recherche de chaleur et de nourriture, réussit souvent à se faufiler sous les portes. La fouine, plus agile, peut s’infiltrer dans les interstices des toits. Si on isole correctement
les habitations, il y a moins besoin de traiter. Je suis devenu bouche-trou professionnel!» se marre-t-il.

Le cycle de la nature

Éviter d’intoxiquer la faune est aussi une de ses priorités. Après avoir capturé les rongeurs, ce chasseur écologique essaie toujours de les relâcher, afin qu’il puissent servir de nourriture aux renards des kilomètres plus loin. Il en va de même avec les nids de guêpes, que cet amoureux du vivant n’hésite pas à déplacer en forêt lorsque cela est possible, afin que les blaireaux puissent profiter des larves. «L’idée est de respecter la chaîne alimentaire, tout en satisfaisant les clients. Récemment, j’ai même installé un nichoir à rapaces dans un jardin infesté de campagnols, afin que les premiers chassent les seconds. Cela permet de rétablir l’harmonie entre les êtres, car chaque organisme a sa place et son utilité. Finalement, je ne fais que donner un coup de pouce à la nature!»

Éduquer la population est aussi une part importante de son activité. Sociable et avenant, ce pédagogue hors pair adore expliquer aux clients le mode de vie des animaux qu’il déloge, afin de les sensibiliser aux bons gestes à adopter, malgré le dégoût que suscite parfois son métier. «J’ai déjà réussi à convaincre des propriétaires de conserver un nid de guêpes au fond du jardin, en leur disant que ces insectes régulaient les populations de mouches et de moustiques», se félicite-t-il.

Cette vocation, le Jurassien la partage avec sa fille Noémie et son épouse Leslie, qui l’ont toutes deux suivi dans cette aventure. «Mon mari m’a véritablement donné le goût du métier. Chaque jour est un nouveau défi. J’aime le contact précieux que nous avons avec la clientèle. Par contre, je lui laisse volontiers les punaises de lit!» pouffe-t-elle.

Dans un chalet, en Valais, le couple vit au rythme de la montagne et de la faune qui la peuple, et a même adopté une fouine durant quelques mois, avec l’accord d’un garde-faune. À la belle saison, écureuils, renards, blaireaux et chevreuils visitent le jardin. «Toutefois, il y a de moins en moins d’insectes indigènes, ce qui m’inquiète, s’émeut ce grand sensible. Même si certains animaux sont parfois envahissants, je suis convaincu qu’il est possible de concilier leurs activités avec les nôtres.»

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