Ils recyclent l’acier du Jura pour fabriquer des montres zéro déchet
À l’aide d’une loupe oculaire, une ouvrière assemble minutieusement de petites pièces en acier poli, puis fixe des aiguilles sur un cadran. Nous sommes chez Panatere. Ce sous-traitant horloger, installé depuis 2017 à Saignelégier (JU), fabrique des composants et des montres pour des marques nationales et étrangères. Cette entreprise a récemment mis sur pied la première filière d’acier inoxydable recyclé et recyclable du pays.
Une initiative inédite, qui vise à diminuer l’empreinte écologique de cette industrie. «L’acier est la matière première la plus utilisée dans l’horlogerie, mais il vient principalement d’Asie et n’est pas toujours de bonne qualité. Nous avons donc décidé de relocaliser ce marché et de fonctionner en circuit court», expose Raphaël Broye, fondateur de Panatere.
Pour y parvenir, la société récupère les chutes d’acier qui résultent de l’usinage du métal dans la région, notamment dans le secteur horloger, médical et aéronautique. Ce réseau de collecte est actuellement composé de 45 firmes, dans un rayon de cinquante kilomètres. «Jusqu’à présent, ces copeaux étaient renvoyés en Chine. C’était un non-sens! Les industries suisses ont recours à environ 120 000 tonnes d’acier inoxydable par an, ce qui fait de notre pays l’un des plus gros consommateurs d’Europe. Nous nous devons de valoriser ces déchets!»
Economie circulaire
Panatere est l’un des premiers acteurs horlogers à s’engager auprès de Circular Economy Switzerland. Lancé en 2019, ce mouvement accompagne et met en relation des entités privées ou publiques favorables à l’économie circulaire. Les signataires de la charte s’engagent à privilégier les circuits courts et à réduire les déchets, les pertes énergétiques et la consommation de ressources, dans le but de renforcer la résilience du système et de créer des emplois en Suisse. Un label «Circular Swiss Made» a récemment été créé.
Questions à Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l’industrie horlogère suisse
La durabilité est-elle prise en compte dans votre secteur?
Oui, de nombreuses législations en ce sens entrent en vigueur en Suisse et dans le monde. Certaines substances toxiques utilisées lors de la fabrication, telles que le plomb ou le cadmium, sont désormais limitées. Nos entreprises doivent s’y conformer, car elles exportent 95% de leur production. Notre rôle est de les informer de l’évolution de ces normes.
Selon vous, la filière mise sur pied par Panatere a-t-elle de l’avenir?
Bien sûr! Il y a un mouvement général en faveur des circuits courts. En outre, les consommateurs, notamment les jeunes, ont de plus en plus envie de connaître la provenance de ce qu’ils achètent, autant pour les produits alimentaires que pour les montres. Certaines marques horlogères font des efforts de transparence, mais d’autres restent plus discrètes.
Sans compter que cette industrie ne peut se passer des importations…
Effectivement, les matières premières comme le fer ou l’or proviennent de mines étrangères. En revanche, les pièces peuvent être fabriquées ici, mais les coûts sont souvent plus élevés. Bien que nous soutenions la production locale, il est nécessaire de trouver un équilibre.

