Interview
«Malgré une relève motivée, la filière laitière a besoin de plus de soutien»

Après trois ans d’absence, SwissExpo revient à Genève en cette fin de semaine. L’occasion de faire le point sur la situation de l’élevage dans notre pays en compagnie de Markus Gerber, président de Swissherdbook.

«Malgré une relève motivée, la filière laitière a besoin de plus de soutien»

​Swissherdbook est la plus grande fédération d’élevage bovin en Suisse. Quel est son rôle?
➤ Il y a bien sûr la tenue de l’herdbook, qui retrace la généalogie des différentes races qui y sont associées. Mais nous sommes aussi impliqués dans le programme d’élevage, afin d’aider les agriculteurs à améliorer la qualité de leur cheptel. Dans ce cadre-là, nous fournissons divers services, comme le contrôle de performances sur le plan laitier. Nous proposons également la description linéaire des animaux, qui contribue à la sélection des meilleurs sujets. Ces informations aident les éleveurs et sont aussi précieuses pour notre coopérative, car elles relèvent des valeurs d’élevage, qui permettent d’établir le potentiel héréditaire des vaches et des taureaux, ainsi que de les comparer parmi les différentes exploitations.

La compétition SwissExpo, qui accueille annuellement plus de 1000 vaches ainsi que près de 400éleveurs venus de toute l’Europe, se déroule en cette fin de semaine à Genève. Que représente ce rendez-vous d’envergure mondiale pour la branche?
➤ C’est avant tout une ouverture intéressante sur l’élevage international de pointe, notamment du côté des holsteins et red holsteins, pour lesquelles la concurrence est forte. Pour un pays comme la Suisse,
recevoir ainsi des représentants de nombreuses nationalités confère une belle
notoriété.

Cette manifestation a connu trois annulations consécutives en 2021, 2022 et 2023. Quel en a été l’impact?
➤ Les liens entre l’élevage suisse et les autres filières ont peut-être été un peu coupés, sur le plan mondial. Mais nous avons eu des alternatives. La participation à d’autres manifestations ainsi que davantage de publicité sur les réseaux sociaux ont permis de compenser en partie cette absence. Cela deviendrait plus problématique si le concours était voué à disparaître. Celui-ci attire plusieurs milliers de visiteurs, et sur le long terme, nous en avons besoin. C’est pourquoi j’espère sincèrement voir une continuité dans l’organisation à partir de cette année.

Le monde de l’élevage a dû connaître certains changements depuis 2020…
➤ À l’échelle internationale, on sent qu’il y a une forme de concentration des organisations. Quelques grands centres d’insémination artificielle ont par exemple fusionné en Amérique du Nord ou en Europe, entre l’Allemagne et la France. C’est l’une des principales évolutions de ces dernières années, et la Suisse peut se démarquer dans ce contexte-là, avec des prestataires plus petits qui ne recherchent pas forcément le créneau mondial. Nous sommes un pays d’élevage traditionnel reconnu, et il s’agit de poursuivre dans cette continuité en jouant la carte de la proximité, avec des structures plus accessibles par rapport au monde global de la filière.

Les statistiques portant sur le nombre de vaches en Suisse démontrent, malgré des courbes plutôt dynamiques, une constante diminution des effectifs depuis 2010. Comment l’expliquer?
➤ L’une des raisons réside dans «l’holsteinisation» des cheptels laitiers. La production laitière par bête étant plus élevée avec une holstein, cette race gagne en importance, au détriment de la red holstein et de la brown swiss. Cela entraîne une baisse du nombre de vaches par troupeau, tout en maintenant la production. Pour l’instant, ce phénomène n’affecte pas la diversité des races, qui reste importante. Nous perdons plutôt en potentiel génétique. Il s’agit là d’une évolution dirigée par le marché, contre laquelle il est compliqué de lutter. D’autre part, c’est un métier difficile. Malgré la robotisation des appareils de traite, une présence de main-d’œuvre quasi continue est nécessaire à la ferme, ce qui ne laisse que peu de temps libre et de flexibilité au quotidien. Ces critères, de plus en plus importants dans notre société, poussent également certains producteurs à arrêter ou à se réorienter vers d’autres filières.

Quelles seraient, selon Swissherdbook, les solutions pour remédier à cette situation?
➤ Le tout est de garder l’attractivité de la filière laitière en Suisse. Si le lait n’est pas assez soutenu politiquement, les gens s’orientent vers d’autres types de production. De notre côté, le grand défi consiste à maintenir nos prestations à des prix accessibles pour les agriculteurs, ainsi que de collaborer le plus étroitement possible avec les autres fédérations d’élevage. Nous nous employons aussi à la digitalisation, notamment avec le développement d’applications qui sont là pour simplifier la vie des éleveurs, et fournir un accès à des données disponibles en tout temps.

Comment envisagez-vous l’avenir de l’élevage en Suisse?
➤ La branche est forte, avec des jeunes motivés et bien présents. On l’a vu à l’exposition de Bulle (FR) ou encore à la Junior Expo de Thoune (BE). La relève est là. Je suis donc optimiste en ce qui concerne l’élevage en lui-même. En revanche, je le suis moins sur le plan politique. Encore une fois, le soutien envers la filière laitière et les métiers qui y sont affiliés reste trop faible. Et ce point, selon moi, risque de décourager les jeunes producteurs à long terme.

+ d’infos www.swissherdbook.ch

Texte(s): Propos recueillis par Muriel Bornet 
Photo(s): Nicolas de Neve

Bio express

Markus Gerber
Né en 1972 à Saint-Imier, le Bernois exploite le domaine de la Béroie, à Bellelay (BE), depuis 1999. Et cela fait une décennie qu’il préside la fédération d’élevage Swissherdbook. Markus Gerber est aussi à la tête du comité d’organisation de la Fête de la tête-de-moine, lancée en 2016. Également impliqué en politique, il est notamment maire de la commune de Saicourt depuis 2012.

SwissExpo fait son grand retour

En cette fin de semaine à Palexpo (GE), les vaches et les génisses représentant les huit principales races laitières qui participent généralement à la manifestation pourront de nouveau défiler sur le grand ring. Lors de la dernière édition en 2020, près de 400éleveurs helvétiques et étrangers ont présenté quelque 1000 animaux, observés sur place par des juges internationaux de renom. À noter que le concours sera retransmis en direct sur le site internet de Swissexpo.

+ d’infos Du 17 au 20 janvier à Genève, www.swiss-expo.com