La production de chrysanthèmes suisses a un pied dans la tombe

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La production de chrysanthèmes suisses a un pied dans la tombe

Les chrysanthèmes annoncent l’arrivée de l’automne. Pour les professionnels, il s’agit de jouer la montre afin de livrer leurs plants au bon moment, sur un ­marché déjà saturé par les importations. Reportage à Borex (VD), dans les serres de Gallay Horticulteurs.

La production de chrysanthèmes suisses a un pied dans la tombe

Le chrysanthème illumine l’automne. Il prolonge l’été et égaie les jours gris. En Extrême-Orient, il est associé à la joie et à l’éternité. Au Japon, il n’est rien de moins que l’emblème de la famille impériale. Chez nous, depuis quelques années, les chrysanthèmes importés envahissent les rayons verts des grands magasins à prix cassés. On en voit partout. Tellement d’ailleurs qu’à force d’être indispensables, ils finissent peut-être par lasser.

Sélection variétale de pointe
Auparavant, la production suivait le rythme naturel de cette plante dite «à jours courts», qui ne s’épanouit que lorsque les nuits s’allongent. Cette vivace de la famille des astéracées fleurissait fin octobre, raison pour laquelle on l’utilisait beaucoup pour orner les tombes à l’occasion de la Fête des morts (voir ci-contre). «Mais aujourd’hui, devenu commun, importé abondamment et à bas prix, le chrysanthème suisse a perdu sa valeur, note Daniel Gallay, horticulteur à Borex (VD). Le consommateur l’acquiert, sur certains points de vente, au prix où on nous les payait il y a dix ans. Les plantes de 40 à 50 centimètres de diamètre en pots de
19 centimètres ont connu une baisse de prix jusqu’à 30% à la production et à la vente pour le consommateur. Nos marges se sont réduites comme peau de chagrin. Malgré cela, on en cultive tout de même encore afin d’offrir un grand choix de variétés à nos clients.» L’entreprise Gallay Horticulteurs produit des plantes à massifs pour les jardineries, paysagistes et collectivités publiques. Le chrysanthème ne représente qu’une part infime des 1 500 000 plantes cultivées annuellement sous les serres de La Côte.
Pour faire face à la demande qui court désormais de la fin de l’été aux gelées, les obtenteurs ont élargi leur offre variétale en sélectionnant des plants qui fleurissent indépendamment du rythme circadien. Ils ont considérablement renforcé la résistance des chrysanthèmes aux maladies telle la rouille blanche et ont élargi les gammes de couleurs et de formes. À ce jeu-là, les Hollandais et les Belges mènent le bal. Même si les jaune, blanc et rose ont toujours la cote, les tonalités sont incroyablement nombreuses, du rouille au violet en passant par le rose pâle. Fleur simple, à l’origine, on en trouve désormais des tubulées, en pompons, doubles, simples ou incurvées. Le contraste entre le cœur et les pétales fait également l’objet de recherches.

Une plante plutôt gourmande
Dès début juin, Yves et Daniel Gallay reçoivent de Belgique des boutures racinées toutes les deux semaines. Le chrysanthème étant une culture assez rapide, les premiers plants sont prêts à être vendus mi-­septembre déjà. Lorsque les plantules
arrivent, elles sont directement rempotées dans les pots définitifs, dans un substrat drainant, mais bénéficiant d’une bonne capacité de rétention de l’eau et des nutriments. Cela afin de limiter les risques de maladies racinaires. On y ajoute quelques capsules d’osmocote comme engrais, puis les plantes sont installées dans des serres non chauffées, sur des tapis d’irrigation. «Après deux semaines, on mouche le bout pour que la plante se mette à débourrer et se ramifie.» La production du feuillage est renforcée par un apport régulier d’engrais liquide sous la forme de nitrate de chaux. Des pulvérisations de nitrate de magnésium stimulent la plante à développer spontanément une forme en boule parfaitement régulière.
Au chapitre des ravageurs, seules les attaques de pucerons et de thrips sont à craindre. «Les thrips sont de minuscules insectes parasites. Ils causent des taches et des déformations sur les feuilles et les fleurs qui finissent par se nécroser. C’est une calamité, explique Yves Gallay. Si le traitement chimique est réalisé au bon moment, la plante s’en sort, mais elle sera plus petite, car on aura perdu deux semaines de végétation.» En horticulture, la protection intégrée est plus difficile à mettre en place, car la relative dispersion des plantes dans les serres ne permet pas de conserver des populations suffisantes d’auxiliaires, comme c’est le cas dans les cultures de tomates, par exemple.
Pour satisfaire leur clientèle, les frères Gallay produisent de petites séries et favorisent la diversité des couleurs, des tailles, mais aussi des présentations. Les sacs en cascade sont appréciés par les villes pour décorer les façades des bâtiments officiels. Les jardineries privilégient les plantes individuelles ou les arrangements mixtes en bac, avec des vivaces de feuillage, des choux d’ornement ou des cyclamens. À Borex, à mesure que les chrysanthèmes s’en vont fleurir d’autres lieux, ce sont les cultures de primevères et de violas qui prendront le relais, suivies de près par les renoncules, les pavots et les anémones: prémisses, déjà, du printemps…

Texte(s): Marjorie Born
Photo(s): Olivier Evard

La fleur de la Toussaint n’a plus la cote

C’est le président Raymond Poincarré qui popularisa la «fleur des morts» en France. Au sortir de la Première Guerre mondiale en 1919, il ordonna en effet de fleurir les tombes des soldats tombés au combat. Or, à la Toussaint, seuls les chrysanthèmes étaient encore suffisamment en fleur pour remplir cette fonction certes honorifique, mais qui détermina, autour de l’Hexagone, leur funeste réputation. Qu’en est-il aujourd’hui? Thierry Wieland, chef jardinier de la ville de Fribourg et responsable du cimetière Saint-Léonard, constate que le chrysanthème y est en voie de disparition. «Les familles fleurissent de moins en moins les tombes ou alors elles se tournent vers de petits arrangements plus discrets et moins onéreux. Nous cultivons encore des chrysanthèmes en cascades ou en pyramides pour l’embellissement du cimetière ou des bâtiments communaux, mais les variétés à grosses fleurs ont désormais cédé le pas aux multifleurs.»

Conseils d’achat et de culture

chrysantheme_1280Bien sûr, l’œil est immanquablement attiré par une plante généreusement fleurie. Pourtant, on aura tout intérêt à choisir celle dont les inflorescences commencent juste à s’ouvrir. Elle durera plus longtemps! «Dix à quinze jours de plus», signale Yves Gallay. Pour prolonger son existence, abritez-la des fortes précipitations qui abîment les fleurs et ôtez ces dernières lorsqu’elles sont fanées. Si vous disposez d’un jardin, vous pouvez planter votre chrysanthème en pleine terre. Si les gelées ne sont pas trop fortes, cette vivace repoussera l’an prochain.

+ d’infos www.gallayhorticulteurs.ch