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Point fort
La faune et la flore à l’épreuve des vacanciers

Crise du Covid-19 oblige, les Suisses sont nombreux à passer leur été au pays. L’occasion de (re)découvrir la beauté de nos espaces sauvages. Une fréquentation qui met aussi certaines zones de nature sous forte pression.

La faune et la flore à l’épreuve des vacanciers

«Le site a toujours connu beaucoup de succès, mais, depuis quelques semaines, la fréquentation a explosé.» Ranger à la Réserve naturelle du Creux-du-Van (NE), Alain Tschanz n’a jamais vu cela. «On parle généralement de 100000 visiteurs annuels. Nous n’avons pas encore les chiffres officiels actuels, mais leur nombre a très certainement doublé.» Même constat aux grottes de Vallorbe (VD), qui enregistrent le double d’entrées depuis le début des vacances, dont une immense majorité de Suisses, ou encore à la Grande Cariçaie, sur la rive sud du lac de Neuchâtel, qui assiste à une recrudescence massive de touristes depuis Pâques, en particulier des cyclistes.

Avec la crise du coronavirus, les Romands sont nombreux à rester dans leur pays et à opter pour des activités en plein air. «Un récent sondage nous a permis de constater que plus de 50% des Suisses passaient leurs vacances en montagne, été et hiver confondus, et que 12% privilégiaient les zones rurales. Deux tiers d’entre eux font donc le choix de séjour dans la nature», confirme Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme. Une démarche qui ravit les professionnels du secteur, mais qui n’est pas sans conséquence pour l’environnement.

Animaux touchés
Au Creux-du-Van, les nombreux piétinements dus à la multiplication des promeneurs ont fortement impacté la végétation et les sols. «Nous avons été contraints de fermer quatre secteurs pour permettre à la flore de se régénérer et tenter de sauver ce qui peut encore l’être», reconnaît Alain Tschanz. Lui-même amoureux des lieux, il se réjouit de l’intérêt toujours grandissant du public pour la magie de l’endroit, mais rappelle que celui-ci est situé dans une réserve naturelle censée garantir la tranquillité de la faune. En dehors des chamois et des bouquetins, qui sont nombreux à y trouver refuge, beaucoup d’oiseaux nichent dans les falaises. Or ceux-ci sont de plus en plus dérangés par les vols de drones, qu’ils prennent pour des prédateurs. «Ces engins sont interdits de survol du Creux-du-Van, mais certaines personnes viennent se défouler juste à côté, la frontière de la réserve s’arrêtant à la limite des falaises», regrette Alain Tschanz.

Autres lieux prisés des vacanciers, les bords des lacs et des rivières. «Nous avons en effet observé une forte augmentation de la fréquentation des plans d’eau et une explosion des ventes de permis de pêche», confirme Frédéric Hofmann, chef de la Section chasse, pêche et surveillance du canton de Vaud. Biologiste à la Grande Cariçaie, Antoine Gander s’alarme quant à lui de la présence toujours plus massive d’adeptes de paddle aux abords de la réserve, une activité qui vise par essence la recherche de liberté et de tranquillité hors des sentiers battus, mais qui dérange la faune en période de reproduction. «Paradoxalement, ce sont souvent les personnes silencieuses qui dérangent le plus les animaux, car ces derniers les prennent justement pour des prédateurs à l’affût.»

Agriculteurs parfois désemparés
En plaine et en zone de montagne, ce sont les troupeaux qui font surtout les frais de certains comportements inadaptés. «Les pâturages appartiennent aussi et avant tout aux agriculteurs», rappelle Diane Gossin, collaboratrice Division Énergie et Environnement à l’Union suisse des paysans. Les randonneurs sont invités à ne pas traverser les champs n’importe où, mais à utiliser les chemins balisés. Et à ramasser leurs déchets, nuisibles tant pour l’environnement que pour le bétail susceptible de les ingérer. Il est également important de tenir les chiens en laisse dans les endroits indiqués et de ne pas les laisser faire leurs besoins aux abords des champs et des pâturages, leurs excréments pouvant être toxiques pour les bovins. «Durant le confinement, beaucoup de monde s’est ressourcé à la campagne. Les agriculteurs se sont parfois retrouvés désemparés face à des voitures mal parquées ou à la recrudescence des déchets. Certains se sont tournés vers les communes pour qu’elles prennent des mesures», relève Diane Gossin.

Mandatées par l’Office fédéral de l’environnement, plusieurs organisations actives dans le tourisme et la protection de l’environnement viennent de lancer la campagne Respect Nature, destinée aux nombreux Suisses qui ont choisi de passer leurs vacances au pays. Une action de sensibilisation déclinée en plusieurs vidéos didactiques sur les règles à respecter afin que chacun, faune, flore et vacanciers, puisse profiter au mieux de la douceur de l’été.

+ D’infos www.respect-nature.ch

Texte(s): Aurélie Jaquet
Photo(s): KEYSTONE/BIOSPHOTO/Serge Montagnon/dr

Des jeunes pour passer le message

Des guides nature pour sensibiliser les visiteurs durant les vacances et rappeler les comportements à adopter dans les milieux naturels: c’est le projet pilote mis en place par l’Office de l’environnement jurassien, Jura Tourisme et le Parc naturel régional du Doubs. Jusqu’au 28 août, six étudiants sillonneront ainsi les principaux sites touristiques au bord du Doubs et des étangs des Franches-Montagnes, qui font face à un afflux de visiteurs et à des comportements inappropriés depuis plusieurs semaines.

Questions à...

Philippe Steiner, coordinateur de projets à Pro Natura Suisse

Les Suisses montrent un intérêt toujours grandissant pour les sites naturels. Une bonne nouvelle?
Bien sûr. Nous avons d’ailleurs lancé la campagne nationale intitulée «Espaces sauvages», dont le but est justement d’évoquer cette fascination du grand public pour les grandes zones sauvages de Suisse et les sensibiliser au fait qu’il faut les protéger.

N’est-ce pas un peu contradictoire de promouvoir ces espaces sauvages alors qu’ils devraient précisément rester peu fréquentés?
Oui, mais en l’occurrence ces zones sont difficiles d’accès et n’attirent qu’une petite partie des gens. Or, si ceux-ci respectent les consignes, la cohabitation peut se faire sans souci.

De manière générale, quelles sont les consignes à suivre pour limiter au maximum notre impact sur la nature?
C’est d’abord de rester sur les sentiers battus et de tenir son chien en laisse sur les lieux où c’est indiqué. Nous conseillons aussi aux pique-niqueurs de reprendre leurs déchets pour éviter que les poubelles débordent. Enfin, rappelons que le camping sauvage pose de nombreux problèmes, notamment dans les zones naturelles, où la faune circule beaucoup la nuit.

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