Reportage
Comment dompter sa peur des chiens?

Les chiens inspirent à de nombreuses personnes une crainte qui peut se révéler handicapante au quotidien. Des cours sont proposés à Genève pour retrouver confiance et acquérir les gestes permettant de se sentir en sécurité.

Comment dompter sa peur des chiens?

Changer de trottoir à la vue d’un chien en laisse, avoir la boule au ventre lors d’une balade en forêt ou même ne plus oser sortir en pleine nature: la peur des canidés peut avoir un impact très négatif sur le quotidien de nombreuses personnes. «J’adore la course à pied, mais je pratique mon sport en fitness, sur tapis roulant, témoigne Annick Schreiber, de Bernex (GE). J’appréhende trop de me retrouver face à un chien en liberté.» Cette phobie est largement partagée, parfois sans que les gens qui en souffrent n’osent même en parler. La Genevoise a toutefois choisi d’y faire face, en suivant des cours de désensibilisation en compagnie de son fils, également concerné par cette problématique. Le jour de notre visite, tous deux réussissent à appeler le berger australien Haka, puis lâcher une récompense au sol et rester immobiles, une première victoire sur la peur.

Phobie qui remonte à l’enfance
Ces séances ont été mises sur pied par l’Association genevoise de prévention des accidents par morsure de chien PAM-GE, la seule à notre connaissance en Suisse romande à proposer une telle offre. «Notre rôle premier est d’intervenir dans les écoles, explique l’animatrice Anne Chardonnens. Nous sensibilisons notamment les élèves au comportement correct à adopter envers un chien, afin de prévenir les morsures. Mais nous avons de plus en plus de demandes de particuliers qui souhaitent arriver à dépasser une peur phobique des canidés.» Un cursus de dix séances est ainsi proposé, avec pour objectif d’améliorer le quotidien des gens concernés. Après avoir eu l’aval d’un psychiatre, les participants choisissent le chien avec lequel ils se sentent le plus à l’aise parmi les quatre à disposition pour ce stage. Tous sont testés régulièrement par le service vétérinaire cantonal et parfaitement formés à leur mission. Au fil des séances, les exercices se complexifient, d’autres chiens étant peu à peu introduits.

Souvent, un événement particulier a déclenché un traumatisme durable: une course-poursuite, une morsure ou parfois une simple bousculade. «Un chien a sauté sur moi alors que j’étais dans ma poussette, témoigne Géraldine, qui suit également ce cours. Je n’en garde aucun souvenir, mais une crainte viscérale s’est ancrée en moi, renforcée par de mauvaises rencontres ultérieures.»

Il n’est pas rare que la peur se transmette du parent à l’enfant, par imitation. Le stage a donc souvent lieu en tandem. Car plus cette question est abordée jeune, plus il est facile de la surmonter. «Ma fille ne s’enfuit désormais plus en courant à la vue d’un chien, observe Alexandra, qui a terminé le cursus voilà plusieurs années. Pour moi, la panique est plus enracinée: croiser un chien reste une expérience délicate.» Annick Schreiber et son fils sont pour leur part au début du processus de désensibilisation. Ce jour-là, ils apprennent à mieux décoder les intentions du chien en lisant les signaux corporels qu’il émet. Être capable de reconnaître qu’un animal s’agite car il est simplement joyeux aide en effet à dédramatiser la situation.

Responsabiliser les propriétaires
«Je suis de plus en plus à l’aise avec Haka, mais reste pour l’instant terrifiée face à un animal inconnu, que je sens mal éduqué», reconnaît néanmoins Annick Schreiber. Il est en effet difficile de maîtriser cette phobie face à certains propriétaires peu respectueux, qui n’ont clairement pas le contrôle de leur chien. «Leur rôle est de rappeler leur animal lorsqu’il croise un promeneur ou un cycliste, souligne Anne Chardonnens. Je comprends les gens qui sont effrayés quand un canidé arrive sur eux de manière imprévisible, d’autant plus s’il aboie.» Lors des cours, des mises en scène permettent de confronter les personnes à des situations qu’elles peuvent être amenées à vivre au quotidien. Annick Schreiber et son fils terminent la séance en se laissant renifler par Haka, un exercice délicat pour eux et une deuxième victoire sur leur peur.

«Avoir pu expérimenter des échanges plaisants avec un chien s’est révélé particulièrement bénéfique pour moi, reconnaît Géraldine. J’ai vu que l’interaction pouvait même se révéler ludique. J’ai encore peur, mais je possède désormais des outils pour apprendre à mieux gérer ma crainte. Ces cours ont changé ma vie, j’arrive désormais de nouveau à aller me balader en forêt.»

+ D’infos www.pam-ge-association.ch

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): Guillaume Mégevand

Des milliers de morsures chaque année

Les faits divers impliquant des morsures de chien contribuent à alimenter la crainte de ces animaux. La Confédération ne livrant plus de statistiques globales à ce sujet depuis de nombreuses années, il est difficile d’avoir une vue d’ensemble sur la fréquence de ces accidents. D’après les derniers chiffres qui avaient été publiés, on peut estimer qu’environ 10000 morsures par an nécessitent une visite chez le médecin. L’immense majorité d’entre elles sont dues à des chiens non listés comme dangereux. Un quart des personnes concernées sont mordues par leur propre animal. Les enfants et les adolescents sont plus touchés que les adultes, les jambes et les bras étant majoritairement atteints.

Un comportement approprié

Adopter une attitude adéquate lorsqu’on est confronté à un chien permet de limiter le risque d’agression. Dans tous les cas, il faut l’ignorer s’il est seul. S’approcher d’un animal ou vouloir le caresser doit toujours se faire avec l’aval de son propriétaire. Si un chien se révèle menaçant, la position du poireau – se tenir droit les bras le long du corps, sans le regarder dans les yeux – permet de désamorcer la tension. En cas de chute, il convient de se rouler en boule afin de se protéger. Si on vit avec un chien, il est important de le laisser tranquille lorsqu’il dort, mange ou ronge un jouet. En sa présence, les enfants doivent en outre apprendre à garder leur calme.