Après le gros coup de chaud de juillet, les cultures touchées sont passées au crible
Betterave sucrière, tournesol, soja, maïs: ces cultures de printemps ont été touchées par la canicule qui a sévi début juillet. Expert à l’assurance Suisse Grêle, l’agriculteur Stéphane Roulet se rend à Puplinge (GE), chez Guillaume Bréasson, pour une première analyse des dégâts. «On va évaluer l’état sanitaire des cultures, mais on devra repasser une dizaine de jours avant la récolte pour voir l’évolution des maladies qu’on aura éventuellement identifiées, explique-t-il. C’est à ce moment qu’on décidera de réduire ou non les rendements de référence.»
La logique de l’assureur est en effet d’indemniser les dommages qui sont dus exclusivement à la sécheresse et non à d’autres causes non couvertes par le contrat. «La spécificité de la sécheresse, c’est qu’elle impacte en général des grandes zones, contrairement à la grêle qui est très localisée», relève l’expert. Il y a deux phénomènes à prendre en compte: le déficit hydrique et la chaleur. «À partir de 25°C, les cultures commencent à souffrir mais dès 30°C, il n’y a plus rien qui pousse.»
Identifier clairement la cause
Pour ce type de dégât, l’indemnisation est calculée sur la différence entre la quantité récoltée et le rendement de référence, et elle n’est possible que si la perte dépasse le seuil de 30%. Les rendements de référence varient en fonction des rendements historiques et du mode de production (intensif, extensif, biologique), car les contraintes ne sont pas les mêmes d’un mode à l’autre.
Les experts doivent aussi vérifier que le sinistre est bien causé par la sécheresse. Suisse Grêle dispose d’un outil en ligne, le Swiss Agro Index, qui illustre le bilan hydrique pour différentes grandes cultures sur trois types de sols différents. Les valeurs sont calculées sur la base de données météorologiques, comme le volume de précipitation et le besoin d’eau d’une culture selon le stade de croissance.
Trois critères d’évaluation
La première évaluation porte sur un champ de betteraves. L’impact de la sécheresse sur la culture est visible au premier coup d’œil: le feuillage est beaucoup moins dense, laissant apparaître un sol fissuré, alors qu’à ce stade de croissance il devrait être entièrement recouvert. «On récolte la betterave pour produire du sucre: qui dit moins de photosynthèse dit moins de production de saccharose et moins de sucre extrait de la plante», relève Stéphane Roulet.
L’évaluation de la santé de la culture se fait à l’aide de trois critères auxquels les experts attribuent une note de 1 à 10: la présence de maladies et/ou de ravageurs qui pourraient affecter le rendement de la culture, la densité de peuplement de la parcelle (nombre de plantes par rapport à la surface) et le niveau de désherbage et de fumure pour vérifier si la culture a pu se développer dans de bonnes conditions.
Traquer les ravageurs
Stéphane Roulet et son collègue Anthony Jotterand commencent leurs investigations. Ils constatent tout de suite la présence de trous sur les feuilles, indicateurs de la présence de l’altise, un ravageur bien connu des agriculteurs. Les deux experts vérifient également si les betteraves n’ont pas de traces noires, signe que les charançons auraient commencé à creuser leurs galeries. Ces insectes redoutables tendent à proliférer pendant les périodes sèches et peuvent à eux seuls provoquer de grosses pertes de rendement. Par chance, leur présence semble encore limitée sur le site.
Malgré une récolte qui ne s’annonce pas aussi bonne que prévu, Guillaume Bréasson, l’exploitant de la parcelle, souhaite continuer à produire de la betterave: «C’est une culture intéressante, dans les rotations notamment. La question est de savoir si je vais rester en extensif ou passer en intensif et m’équiper pour arroser.» Pour le moment, le jeune agriculteur genevois ne peut hélas pas faire grand-chose d’autre que d’espérer une météo plus clémente d’ici à la récolte.
+ d’infos hagel.ch
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