Entretien avec le président du salon Agrovina: «C'est dans les périodes difficiles qu'on trouve les grandes idées»

Du 27 au 29 janvier à Martigny (VS), le salon Agrovina – qui s'apprête à vivre sa 16e édition – veut plus que jamais se positionner comme moteur d'innovation. Son président Patrice Walpen souligne l'importance de telles plateformes.
22 janvier 2026 David Genillard 
© Louis Dasselborne

Cette 16e édition d’Agrovina s’articule autour de la question: «Les consommateurs de demain: innover pour anticiper?» Voyez-vous des solutions pour sortir de la crise viticole?

La baisse de consommation et les changements d’habitudes s’observent depuis au moins deux ans. Nous nous devions d’aborder ce thème qui sert de fil rouge aux trois journées, consacrées respectivement à l’arboriculture, à la viticulture et à l’œnologie. Nous nous penchons sur cette question au travers de trois matinées de conférences, mais également d’une nouvelle collaboration avec la HES-SO Valais, la Haute école de Changins ainsi que l’école d’agriculture de Châteauneuf: les Agrovina Academy Awards. Les étudiants ont eu pour mission de réfléchir aux produits de demain, sans s’imposer de limites. Que veulent les consommateurs? Est-ce que le vin est has been? Est-ce qu’il faut miser sur le vin nature? Le sans-alcool? On a d’excellents exemples qui viennent d’Italie du Nord, en matière de jus de fruits: les domaines commencent à mettre en avant des terroirs, à proposer des produits qui ressemblent à des bouteilles de vin, à développer de nouvelles techniques. On peut s’en inspirer tant dans l’arboriculture que dans la viticulture. C’est dans les périodes difficiles qu’on trouve de grandes idées.

La question est provocatrice: le vin est-il has been?

Nous vivons une période où l’alcool est diabolisé. Nous avons également abordé cette thématique à la Foire du Valais, en invitant notamment un sommelier zurichois. L’idée était de comprendre quelles sont les attentes dans une grande agglomération. Le constat est que le vin intéresse toujours. Les gens boivent moins, mais mieux et différemment. Peut-être que la solution se trouve dans la manière de présenter et de servir nos produits. J’ai travaillé durant dix ans en Afrique du Sud: les crus les plus chers sont les pinots noirs, alors qu’en Suisse, on peine à les vendre. Là-bas, on sert les bouteilles dans un seau à glace, ce qui transforme l’expérience. Le milieu viticole est très formaté chez nous. Nous devons apprendre à nous remettre en question et essayer de comprendre ce que recherchent les jeunes consommateurs aujourd’hui.

Vous présentez Agrovina comme une foire internationale. Cette coopération au-delà des frontières est-elle essentielle?

Bien sûr. Nous entretenons d’excellentes relations avec Vinitech à Bordeaux et le SITEVI à Montpellier. La particularité d’Agrovina par rapport à ces événements est que nous mettons en avant des solutions adaptées à la topographie de la région. De ce fait, nous intéressons les professionnels romands, mais également du nord de l’Italie et de France – de Savoie, de Champagne, de Bourgogne… – qui font face aux mêmes défis.

Un salon au service des producteurs

Pour sa 16e édition qui se déroulera au CERM à Martigny du 27 au 28 janvier, Agrovina n’est pas avare en nouveautés: une place du village baptisée Agroforum entend favoriser les échanges entre les professionnels de l’arboriculture, de la viticulture et de l’œnologie. Au programme, entre autres, un éclairage sur les vins sans alcool ou pauvres en alcool, ou encore les alternatives aux sulfites ainsi que la présentation des résultats d’une grande enquête sur les habitudes et les tendances du marché des boissons.

Est-ce que vous voyez ces salons comme des catalyseurs?

Cette foire s’adresse aux professionnels de l’arboriculture, de la viticulture et de l’œnologie et nous mettons plus que jamais en avant l’importance des échanges qui ont lieu ici: je conseille toujours aux visiteurs de prendre du temps pour déambuler, trouver de nouvelles idées, de nouveaux outils. Parmi les nouveautés de cette édition, nous avons créé Agroforum: en marge de nos conférences sur des thématiques pointues, nous y proposons des présentations plus brèves, sur des questions plus larges. Et nous remettrons pour la septième fois notre prix de l’innovation (ndlr: lire en page 5). Le lauréat aura l’occasion d’aller présenter son projet à Bordeaux, dans le cadre du salon Vinitech.

Dans le climat d’incertitude lié aux accords avec l’Union européenne, les États-Unis ou le Mercosur, Agrovina gagnerait-elle à être aussi une plateforme d’échanges avec les milieux politiques?

Je suis convaincu que ce doit être aussi son rôle. Mais force est de constater qu’il est relativement difficile d’attirer des élus fédéraux qui ont un lien avec l’agriculture.

Ce manque d’intérêt n’est-il pas symptomatique d’un décalage entre la vision de la Berne fédérale et le quotidien des producteurs?

Il y a très certainement un manque de prise de conscience. On nous pousse à devenir des fonctionnaires, au détriment du pragmatisme. Il faut se diversifier, on se gargarise d’œnotourisme, mais le cadre légal étouffe les initiatives. Un exemple? Je suis sur le point d’ouvrir un magasin de vente de vins et produits du terroir en libre-service à Bramois (VS), accessible sept jours sur sept. Je voulais y aménager un espace événementiel, mais je n’ai pas obtenu les autorisations. On nous demande de nager, mais nous sommes pieds et poings liés.

Voyez-vous malgré tout une issue positive à la crise actuelle?

On parle aussi beaucoup de celle que traverse la gastronomie. De nombreux restaurants ferment, mais ceux qui proposent une cuisine de qualité, qui se démarquent et innovent fonctionnent bien. Je pense qu’il en va de même dans le monde de la viticulture. La tentation est de nous plaindre du contexte économique: utilisons plutôt cette énergie pour promouvoir nos produits.

+ D’infos agrovina.ch

Patrice Walpen

Président d’Agrovina depuis dix ans, il se décrit comme «un généraliste du vin». S’il a baigné dans ce monde depuis l’enfance, il s’est formé dans le commerce pour revenir à la vigne en Afrique du Sud, pendant plus de dix ans. De retour en Suisse, il a pris la tête de la société Les Fils de Charles Favre, avant de racheter en 2015 le Chai du Baron, à Bramois.

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