Les batteries de stockage prennent leur essor
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Les batteries de stockage, prévues pour conserver l’énergie solaire, connaissent un essor sans précédent en Suisse, constatent les experts du secteur. Face à la chute des prix de rachat de l’électricité, les particuliers et les entreprises les considèrent comme un moyen d’augmenter leur autoconsommation et donc de préserver une certaine rentabilité de leurs installations photovoltaïques.
«Huit de nos installations solaires photovoltaïques sur dix sont actuellement installées avec une batterie, alors qu’il y a dix ans il était très rare de poser une batterie, car elles étaient chères et le prix de revente du surplus d’électricité était alors assez intéressant», déclare René Silva, directeur pour la Romandie d’Helion Energy, entreprise soleuroise spécialisée dans la transition énergétique des bâtiments résidentiels.
Stocker l’énergie pendant la journée
Selon le responsable, l’essor se fait particulièrement remarquer sur les 12 derniers mois en raison d’une forte baisse des prix de rachat de l’énergie solaire. Celle-ci a en effet atteint un pic de production inédit à l’été 2026 en raison de la canicule, se chiffrant à 1461 GWh pour le seul mois de juillet, montrent les chiffres de l’Office fédéral de l’énergie (Ofen).
«Comme les tarifs de rachat baissent, les clients préfèrent stocker l’énergie pendant la journée pour l’utiliser le soir», note pour sa part Marcio Brilhante, sous-directeur de Solstis, société lausannoise experte en panneaux solaires, qui parle lui aussi d’«une importante hausse de la demande».
«Dans le canton de Genève, une aide publique allouée depuis début 2026 par les services industriels SIG en faveur des batteries de stockage, nous a permis d’installer 30% de plus de batteries qu’en 2025. Et cela va continuer en raison des tarifs dynamiques», se réjouit-il.
Tarif dynamique
Chez Swissolar, on confirme un «boom» des batteries solaires du côté des ménages, mais également de celui des entreprises. Ces dispositifs ont ainsi connu une hausse de 90% entre 2024 et 2025 et la prévision de croissance est de 80% pour cette année. L’association suisse des professionnels de l’énergie solaire pointe elle aussi l’imposition de la tarification dynamique au 1er janvier 2027 pour expliquer ce phénomène.
Selon une nouvelle ordonnance fédérale, le tarif de rétribution du courant réinjecté dans le réseau ne sera dès cette date plus basé sur un tarif fixe trimestriel, mais s’alignera sur le prix du marché de l’électricité calculé toutes les 15 minutes, avec un risque de prix négatifs et de perte de rentabilité de l’installation solaire.
Les batteries se présentent ainsi comme un moyen d’emmagasiner l’énergie, pour ne pas la brader ou carrément la vendre à perte. «Elle peut être chargée en journée et l’électricité stockée consommée le soir. S’il y a un surplus, un système de gestion énergétique peut renseigner sur le moment le plus intéressant pour revendre l’électricité», explique Anna Plancherel, directrice Suisse romande chez Swissolar.
Risques de spéculation
«Avec une batterie et une installation photovoltaïque simple, on peut passer à 60% d’autoconsommation, contre environ 30% sans batterie», affirme la spécialiste. «Si on a une batterie, bien dimensionnée, on peut même passer à entre 65 et 80% d’autoconsommation», assure de son côté le sous-directeur de Solstis.
Selon les experts du domaine solaire, les batteries vendues aux particuliers ont une capacité moyenne de 10 à 15 kWh et la plus petite vendue offre environ 7 kWh. Grâce au stockage, certains particuliers bien équipés ou entreprises pourraient être tentés par la spéculation, en stockant des réserves d’énergie solaire revendues quand les prix du marché se montrent très favorables, ce qui n’est pas pour plaire aux gestionnaires de réseau du pays.
Bien dimensionner la batterie
Pour Vincent Rittener, responsable produits chez Romande Energie, il est ainsi important de «bien dimensionner la batterie pour son usage personnel et de ne pas spéculer sur la valeur de la flexibilité sur le marché, car il peut y avoir des problèmes de saturation sur le réseau en raison du surplus solaire, notamment».
«On voit qu’il existe des batteries encore plus importantes que les installations solaires et, du coup, il faudrait des câbles (de réseau) encore plus gros pour ces batteries, ce qui n’a pas de sens économiquement parlant. C’est donc là la limite de notre réseau.» «L’objectif est d’inciter les gens à autoconsommer et à ne pas réinjecter», conclut-il.



