«Pas d'été à 50 degrés»: les mobilisations écologistes renaissent de leurs cendres

Les températures extrêmes enregistrées entre juin et août ont relancé le mouvement pour le climat. Une coalition d'une centaine d'organisations appelle à manifester le 19 septembre à Lausanne et à Genève.
Céline Garcin

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Le collectif à l'origine des prochaines manifestations pour le climat, en conférence de presse à Lausanne, le 7 septembre 2026.
© Cyril Zingaro/Keystone-ATS

Les enjeux

Les canicules à répétition de l’été 2026 ont rappelé la réalité du réchauffement climatique

Une centaine d’organisations appelle à la mobilisation dans différents cantons romands

La coalition «Pas d’été à 50 degrés» a rédigé collectivement un manifeste énumérant 38 mesures prioritaires

Jamais jusqu’à aujourd’hui il n’avait fait aussi chaud en Suisse. Les températures moyennes des mois de juin à août 2026 devraient être les plus élevées enregistrées depuis le début des mesures en 1864, selon MétéoSuisse. Alors que l’air se rafraîchit et que les organismes récupèrent, les militants pour le climat craignent que la thématique ne perde à nouveau sa place dans le débat public.

Pour rappeler l’urgence de la situation, une coalition d’une centaine d’organisations vient de signer un manifeste, «Pas d’été à 50 degrés», énumérant 38 mesures prioritaires. Elle invite la population à battre le pavé le 19 septembre pour mettre la pression sur les autorités.

Essoufflement post-Covid

Les semaines tropicales de cet été ont réveillé le militantisme écologique. Après les grèves d’une ampleur sans précédent qui avaient marqué les années pré-Covid, le mouvement s’était peu à peu essoufflé en Suisse. «Les cycles de mobilisation sont difficiles à contrôler», observe Robin Augsburger, militant de la Grève du climat, confirmant que plusieurs groupes régionaux ne sont plus actifs.

En 2019, les manifestations avaient été principalement initiées par les étudiants. «Elles étaient très spontanées et peu structurées, se souvient le Neuchâtelois. L’objectif était avant tout d’inscrire la question climatique à l’agenda politique.» Sept ans plus tard, le but est atteint. La Confédération et la grande majorité des cantons suisses se sont dotés de politiques climatiques plus ou moins exigeantes pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, privilégier la mobilité douce et développer les énergies renouvelables.

Des mesures insuffisantes

Ces thèmes ne sont plus l’apanage des seuls écologistes: presque toutes les formations politiques se positionnent désormais sur les mesures d’adaptation au dérèglement climatique. Si la prise de conscience est générale, les actions entreprises restent toutefois insuffisantes au regard des enjeux actuels, alertent de nombreux experts. Ce printemps, lors de la parution de son dernier rapport rédigé avec une soixantaine de chercheurs, le Forum pour le climat et les changements globaux (ProClim) constatait que les mesures mises en place ne permettraient pas d’atteindre les objectifs inscrits dans la loi, soit la neutralité carbone à l’horizon 2050.

La différence par rapport aux grèves de 2019 est que le front est beaucoup plus large et que nos revendications sont plus précises.

Au-delà des projections scientifiques, les températures extrêmes de cet été ont rappelé la réalité concrète du réchauffement climatique. «Mais alors que les pics de chaleur étaient plus précoces et plus intenses que d’habitude, on observait paradoxalement un silence radio du côté des autorités», déplore Guillaume Matthey, membre de SolidaritéS et d’Ensemble à gauche Vaud. Convaincu de la nécessité d’agir, il est, avec d’autres, à l’origine de l’appel: «Pas d’été à 50 degrés!»

Un large écho

Lancé début juillet, le mot d’ordre a rapidement rencontré un large écho. «On ne s’attendait pas à cela», confie le militant, enthousiaste. Des organisations de tous bords ont rejoint le mouvement: des associations actives pour le climat, des syndicats qui défendent les travailleurs touchés de plein fouet par les canicules, des mouvements politiques de gauche, mais aussi de nombreuses associations de quartier.

«La différence par rapport aux grèves de 2019 est que le front est beaucoup plus large et que nos revendications sont plus précises», relève le Lausannois. «À l’époque, le message était «il faut agir»; aujourd’hui, on formule des mesures concrètes», détaille Robin Augsburger, signataire de l’appel, notant aussi que la lutte a pris une posture anticapitaliste qu’elle n’avait pas à ses débuts.

Les 38 «mesures prioritaires» exigées par la coalition mêlent écologie et justice sociale. «Il faut que la transformation de la société soit juste et qu’on accompagne les personnes dont l’emploi pourrait disparaître», insiste Guillaume Matthey. Parmi les revendications phares, on compte la sortie «rapide et complète» des énergies fossiles et la réduction drastique des gaz à effet de serre. Le manifeste demande également un cadre contraignant pour protéger l’environnement et la santé de la population lors de vagues de chaleur.

Entre combativité et découragement

Les signataires espèrent que les événements récents agiront comme un déclic. «Une part importante de la population est sensible à ces questions depuis longtemps, mais cette année, pour la première fois, nous avons subi concrètement les conséquences du réchauffement sur une période prolongée», observe Guillaume Matthey.

Combien de participants attendent-ils le 19 septembre? Impossible de prédire l’état d’esprit de la population. Si la chaleur extrême, les feux de forêt, la sécheresse et les aléas météo violents de ces derniers mois ravivent la combativité de certains, ils en découragent d’autres. «Des personnes se disent qu’il est déjà trop tard», regrette Robin Augsburger. En Suisse romande, Genève et Lausanne accueilleront les plus grandes manifestations. D’autres mobilisations sont prévues à Fribourg le 20 septembre, à Bienne le 25, et à Neuchâtel le 2 octobre.

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