Amante redoutable, la mante religieuse est en expansion
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La mante religieuse est l’un des insectes les plus fascinants de la petite faune qui nous entoure. Jean-Luc Gattoillat, entomologiste et conservateur au département de Zoologie du Naturéum de Lausanne en est un spécialiste. «Mantis religiosa est largement répartie dans les régions chaudes de notre pays. Elle appartient à l’ordre des Mantodea, et la famille des Mantidés. Elle a été, jusqu’à récemment, l’unique représentante de la famille en Suisse.
Deux nouvelles espèces, recensées par Matthias Borer du Musée d’Histoire naturelle de Bâle, se sont depuis installées chez nous: Ameles spallanzania, arrivée du sud de l’Europe en 2019, et Hierodula transcaucasica, ou mante géante du Caucase (10 cm), originaire d’Iran, en 2022.» L’Europe compte 37 espèces de mantes religieuses.
De la larve à l’adulte
Certains détails anatomiques permettent de différencier femelle et mâle, larve et adulte. «La distinction est assez facile, les adultes ont des ailes qui dépassent l’abdomen en longueur. Ils sont capables de voler, même si le vol est maladroit. Les femelles adultes se reconnaissent également à leur taille plus grande et leur abdomen gonflé par la présence d’œufs. Pour le reste, adultes et larves sont identiques. La couleur de ces dernières peut changer au fil des huit mues qui mènent à l’âge adulte. Elles sont souvent brunes alors que les adultes sont verts, mais ce n’est pas un critère distinctif.»
La mante religieuse se singularise d’autres insectes par la grande mobilité de sa tête. Braqués sur nous, ses yeux composés, qui comportent souvent un point noir en leur centre, donnent le sentiment d’être observé à notre tour.
Habitats favorables
Son immobilité, combinée à sa couleur verte et parfois brune, contribue à cacher facilement la mante religieuse dans les sites qu’elle occupe. Certains d’entre eux ont diminué comme peau de chagrin, déplore l’entomologiste: «Les prairies et pâturages secs constituent ses milieux de prédilection, mais ils sont devenus rares chez nous, avec 95% de perte depuis 1900. Heureusement la mante s’adapte, du moment qu’elle trouve buissons bas et végétation herbacée, comme les champs abandonnés, les friches et les jardins.»
Des sites dans lesquels elle peut se reproduire transitoirement et progresser ainsi de proche en proche dans l’espace. La mante adulte vole mal et se déplace très peu. Au cours de sa vie, elle se contente souvent d’un micromilieu au sein duquel elle n’est pas territoriale.
Ses populations sont localisées
La mante religieuse n’est pas considérée comme une espèce rare mais ses populations se localisent dans des régions précises du territoire suisse. «Toutes les régions chaudes du pays sont concernées, précise Jean-Luc Gattolliat. Notamment le pourtour lémanique (VD, GE), les cantons du Valais, du Tessin et de Bâle. À noter que l’espèce est en expansion sur le Plateau.»
Localement abondante, elle ne figure pas sur la liste rouge des espèces menacées et ne jouit pas de statut de protection. Le réchauffement climatique lui serait-il favorable, à l’inverse de bien d’autres espèces? «Très certainement, vu qu’il s’agit d’une espèce méditerranéenne qui était en limite de distribution en Suisse. On la trouve de plus en plus haut en altitude, notamment au pied du Jura et en Valais.»
Chasseuse impitoyable
Saisies par des pattes ravisseuses garnies d’épines, les proies de la mante religieuse ont peu de chances d’en réchapper. À quels animaux s’attaque-t-elle et de quelle manière procède-t-elle? «La mante chasse à l’affût en utilisant sa faculté à se fondre dans le milieu. Ses proies sont généralement d’autres insectes, tels les criquets, sauterelles, papillons, abeilles ou mouches. Elle est donc plutôt opportuniste mais apprécie quand même les proies d’une certaine dimension.»
Parfois ce sont les partenaires qui en font les frais, lorsqu’une femelle décide de dévorer le mâle qui s’est accouplé à elle. Elle s’en prend d’abord à la tête, ce qui n’empêche pas le mâle de poursuivre l’accouplement! Un cannibalisme fréquent? «Non, juste une option, un supplément de protéines.» L’occasion qui fait la larronne, en quelque sorte.




