Dans les galets du Fier, une longue et patiente quête de paillettes
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Chapeau de paille vissé sur la tête, vieille pelle de jardin sous le bras et grandes bottes de pêcheur aux pieds, Miguel Plaza scrute la plage de galets au bord de la rivière. Il déplace des pierres, gratte les alluvions, retourne une roche.
Face à lui, dans cette plaine agricole de Haute-Savoie (FR), le Fier s’écoule tranquillement à l’ombre des arbres. «C’est à l’intérieur du virage du cours d’eau qu’on a le plus de chances de trouver des dépôts aurifères», précise l’orpailleur, à l’affût du spot parfait.
Initié par son grand-père
Cette passion pour la minéralogie, le Genevois la doit à ses vacances d’enfance chez ses grands-parents. «Ils habitaient en Valais, face à un pierrier, se souvient-il. Mon pépé m’y a emmené un jour chercher des cristaux, j’ai tout de suite aimé. Ensuite, j’y suis retourné seul.» Le garçon se forme en autodidacte. Il lit, se renseigne, emboîte le pas à d’autres amoureux des pierres plus chevronnés. «J’ai peu de connaissances chimiques, mais sur le terrain, je me débrouille bien.»
Au bord du Fier, l’ancien gendarme traque un rocher «barrière». Sous l’effet du courant, les sédiments lourds s’agglomèrent naturellement derrière l’obstacle. «Celui-ci me paraît pas mal, analyse-t-il devant une large pierre pointue, enfoncée aux trois quarts dans le sol. La terre est bien tassée autour, ce qui veut dire que l’endroit n’a pas encore été creusé.»
Praticants peu scrupuleux
Les trous sont le fléau des orpailleurs. Dans certaines régions, les berges sont ravagées par des chercheurs d’or peu scrupuleux qui laissent derrière eux des cratères d’un mètre de large. «C’est ce qui a certainement aussi incité plusieurs cantons suisses à réglementer l’activité», déplore l’expert (lire l’encadré). En France, la pratique n’est pour l’instant soumise à aucune autorisation.
«Au début, il y a un gros travail de préparation, prévient Miguel Plaza en soulevant un caillou d’une quinzaine de kilos. Et le problème de l’orpaillage, c’est qu’on se casse le dos!» L’espace déblayé, le sexagénaire charge son tamis d’un amas de sable, de gravier et de pierres. «Il faut tout prendre», insiste-t-il, redressant délicatement sa pelle à l’horizontale pour empêcher les particules lourdes de tomber.
Une différence de densité
L’or est un métal dense. Il pèse 19 fois le poids de l’eau et plus d’une fois et demie celui du plomb. Tout l’art de l’orpaillage repose sur cette différence de densité. Son crible rempli, le retraité s’approche de la rivière pour laver les plus gros cailloux avant de les rejeter. «Des paillettes se collent souvent sur les roches.» Juste en dessous, la batée, un grand bol évasé serré contre la grille, recueille les gravillons les plus fins.
Le long travail de tri peut alors démarrer. D’un geste aussi fluide que précis, l’orpailleur fait osciller l’assiette dans l’eau pour faire remonter les éléments les plus légers, avant de les chasser à l’aide de grands mouvements d’avant en arrière. «Ah, regardez! Il y a un clou et des plombs de pêcheurs ou de chasseurs!», sourit-il.
Première trouvaille
Pour le chercheur d’or, cette pollution est paradoxalement une excellente nouvelle. «Plus le coin est sale, plus on a de chances de trouver de l’or! Cela prouve que les matériaux lourds se déposent à cet endroit.» L’hypothèse se vérifie. Au fond de la batée, dans la poignée de sable noir restante, un éclat doré accroche la lumière.
«Voilà notre première paillette! Je ne pensais pas qu’on en trouverait si vite», s’enthousiasme l’homme au chapeau de paille. La particule, plate, mesure à peine un millimètre. En dessous de cette taille, on parle d’un «point». Jusqu’à 0,5 gramme, c’est un «grain». Au-delà, fait rarissime, on crie à la «pépite». Miguel Plaza n’en a jamais trouvé. C’est d’ailleurs ce qui lui fait préférer le travail du cristallier à celui de l’orpailleur. «Avec l’or, on récolte presque exclusivement des paillettes. Tandis qu’avec les minéraux, on garde l’espoir de déterrer un cristal plus grand, plus pur.»
D’autres pierres précieuses
Le Fier est relativement pauvre en gemmes, contrairement à de nombreux cours d’eau romands qui recèlent du jade, des grenats et de la serpentinite. Ces trésors alpins ont été charriés par les glaciers lors de la dernière grande glaciation, explique le spécialiste. Adolescent, le cristallier avoue avoir été un temps obnubilé par la valeur marchande de ses trouvailles. «Je cherchais toujours à évaluer leur prix. Ça a fini par m’énerver.»
Refroidi par cette approche mercantile, il décroche. Le déclic revient quelques années plus tard, devant la vitrine d’un bijoutier. «On voyait la roche originale, puis la pierre taillée. J’ai réalisé que ce que j’aimais par-dessus tout dans les minéraux, c’était leur aspect brut.» Miguel Plaza rejoint dans la foulée la Société de minéralogie de Genève. «En adhérant, on s’engage à respecter les règles d’une pratique responsable», souligne-t-il.
Quarante ans plus tard, il préside la structure. Chaque année, il organise des initiations à l’orpaillage. L’occasion, pour ce féru de géologie, de transmettre sa passion pour la nature. «La recherche de minéraux, c’est une ouverture sur ce qui nous entoure et sur l’infiniment petit. En s’y consacrant, on réapprend à prêter attention aux petites choses.»
Sa plus belle trouvaille
En matière d’orpaillage, Miguel Plaza est particulièrement fier d’une découverte: de l’or encore prisonnier de la roche. C’était il y a plusieurs décennies, dans les alluvions d’une rivière située en contrebas d’un ancien filon hydrothermal, au cœur du massif de la Tarentaise. De fines bandes de quartz affleuraient à la surface de la pierre et renfermaient le précieux métal. «C’est très rare», confie le passionné.

