Les plantes indigènes se font leur place dans les jardineries

Encore minoritaires dans les jardineries, les plantes locales gagnent en popularité. Plus résistantes, plus favorables à la biodiversité et naturellement adaptées au terrain, elles ont tout pour plaire.
Diane Zinsel

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© Adobe Stock

«Il y a dix ou vingt ans, on nous demandait de belles plantes ornementales sans se soucier de leur provenance ou de leur impact sur la biodiversité. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas», avance Stéphane Constantin de Constantin Pépinières à Martigny (VS). Son assortiment compte environ 20% de plantes véritablement indigènes, soit qui poussent originellement dans la nature en Suisse.

Les jardineries OBI font le même constat: «De plus en plus de clients aspirent à un jardin – ou un balcon – qui ne se contente pas d’être esthétique mais qui dispose aussi d’une valeur environnementale», relève le responsable marketing et communication, Andrea von Kaenel.

Manque d’information

Selon le milieu, ce basculement remonte à la pandémie, durant laquelle les clients sont devenus «regardants et attentifs» à ce qu’ils plantaient, estime Nicolas Brönnimann, à la tête du garden centre Brönnimann à Noville (VD). C’est durant cette période aussi que certains producteurs de plantes indigènes se sont tournés vers InfoFlora, une fondation à but non lucratif dédiée à la documentation et à la promotion des végétaux sauvages.

«Face à la hausse de la demande, ils voulaient avoir des informations claires sur environ 200 espèces. Nous avons décidé de créer une Liste verte recensant toute la flore indigène par zone géographique et de donner des recommandations pour chaque plante. Car toute variété sauvage, même locale, n’est pas forcément bonne à avoir dans son jardin», souligne Adrian Möhl, biologiste, qui a travaillé sur le projet.

Un changement de perspective

Il faut dire que les espèces indigènes ont de quoi séduire. Outre leur apport en termes de biodiversité, elles sont plus résistantes et résilientes. Elles supportent mieux les aléas climatiques locaux, qu’il s’agisse des coups de chaud en été ou des rigueurs de l’hiver. Autrement dit, elles sont naturellement adaptées à l’environnement suisse, ce qui réduit considérablement leur vulnérabilité aux maladies. «C’est un gain de temps et d’entretien pour le client, qui s’inscrit dans une logique de jardinage durable», souligne le site suisse de jardinerie en ligne gardencenter.ch.

Face à ces avantages, villes et cantons misent aussi sur les espèces indigènes pour renouveler leurs propres espaces publics. En parallèle, et c’est un autre élément de poids dans ce changement d’habitude, ils encouragent voire subventionnent le remplacement des haies monospécifiques (comme les laurelles ou les thuyas) chez les privés. La nouvelle génération d’architectes paysagers intègre également cette dimension dans leurs projets, privilégiant des espèces non invasives pour éviter les déséquilibres écologiques observés par le passé, comme l’introduction massive de bambous ou d’autres plantes exotiques, relève Nicolas Brönnimann.

La demande continue de grandir

«Ces éléments ont clairement eu un impact sur notre travail», estime François Goisseaud, responsable de la pépinière de Genolier, qui a dû développer sa production de buissons indigènes ces dernières années pour répondre à une demande en hausse. «Nos plantes sont élevées à partir de graines directement prélevées dans le Parc naturel régional Jura vaudois», précise-t-il. Cette étape de récolte n’est pas simple: «On ne sait pas toujours où se trouvent les populations sauvages. Et certains producteurs nous demandent de l’aide dans cette tâche», glisse Adrian Möhl qui leur en ramène parfois de ses sorties sur le terrain.

La culture de plantes locales nécessite un savoir-faire particulier: elle dépend de la disponibilité des semences, prend plus de temps et varie selon les saisons, résume Andrea von Kaenel, de OBI Suisse, qui s’appuie sur un réseau régional de producteurs pour répondre à la demande. La taille des sujets disponibles constitue un autre défi, complète Constantin Pépinières. S’il est relativement facile de trouver de petits arbustes indigènes (60 à 80 cm), il est plus rare de pouvoir se procurer des spécimens de 2 à 3 mètres de haut. Ces gros sujets existent, mais leur disponibilité est limitée et nécessite quelques recherches.

Des outils à disposition

InfoFlora encourage aussi à planter des variétés régionales dans son jardin. «Il faut bien s’imaginer qu’au cours des siècles, les végétaux se sont développés différemment d’une région à l’autre, pour s’adapter aux spécificités du climat. La marguerite valaisanne n’est plus semblable aujourd’hui à sa cousine fribourgeoise, par exemple. En plantant systématiquement des espèces non régionales, on risque de perdre une partie de l’histoire de leur différenciation, sans avoir de garantie sur leur survie à long terme», dit Adrian Möhl.

Pour soutenir les particuliers dans leur démarche et pour les aider à y voir plus clair, RegioFlora a développé l’outil PlantFinder (lire l’encadré ci-contre). De leur côté, les jardineries proposent des secteurs spécifiques dédiés aux plantes indigènes ou régionales et invitent le public à poser des questions à leurs spécialistes.

Quelle plante pour quel jardin?

Développé par RegioFlora, le centre national de conseil et de coordination dédié à la conservation et à la promotion des ressources génétiques des plantes sauvages indigènes, PlantFinder permet à tout un chacun de créer un jardin favorisant la biodiversité avec des plantes adaptées à chaque région. Une fois indiqués la localisation, les spécificités de l’emplacement (climat et sol) et le type de plantes souhaitées, l’outil liste les options possibles ainsi que les adresses des producteurs chez qui on peut se procurer les semences ou les plants de variétés sauvages indigènes.

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