«De plus en plus de personnes recherchent la fraîcheur l'été»

La recherche de fraîcheur pousse les vacanciers à organiser leurs déplacements en fonction de la température. S'il ne s'agit pas d'un phénomène nouveau, la hausse des températures dans les régions touristiques va changer les habitudes. Chercheur en tourisme à la HES-SO Valais, Rafael Matos-Wasem s'intéresse à ces nouvelles tendances du voyage.
Elise Dottrens

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Rafael Matos-Wasem, ein ehemaliger Dozent und Tourismusforscher an der HES-SO Wallis
© Mathieu Rod

La recherche de la fraîcheur fait-elle vraiment partie d’un phénomène nouveau?

C’est un phénomène qui a une longue histoire! Les Romains, déjà, allaient chercher la fraîcheur. Les aristocrates partaient en été dans leurs villas de campagne. C’est d’ailleurs de là que vient le terme «villégiature». Plus tard, notamment avec la révolution industrielle, on cherchait une meilleure qualité de l’air en même temps que la fraîcheur. Le chemin de fer a facilité ces déplacements. Avec le changement climatique, cela s’est accéléré. De plus en plus de personnes cherchent la fraîcheur. L’été, le pourtour méditerranéen devient invivable et même en Europe centrale, il est très difficile de trouver un peu de fraîcheur. Le terme «tourisme fraîcheur» ou «coolcation» est devenu très à la mode.

Quelles sont les destinations «montantes» pour fuir la chaleur?

Certains pays ont le vent en poupe. C’est le cas des pays du Nord, comme l’Islande et la Finlande, mais aussi la Bretagne et la Galice en Espagne, qui voient leur nombre de visiteurs augmenter. Plus proche de chez nous, on peut penser à des activités comme des randonnées le long des bisses, des visites de grottes ou de glaciers. Bref, partout où il y a un peu d’air, où l’on est à l’abri, au bord des cours d’eau, sur les rives des lacs ou en forêt.

Mais tout le monde ne peut pas se permettre d’aller dans les pays du Nord, où la vie est plus chère.

Évidemment que non, et il existe le risque que cela creuse les inégalités. Les gens qui auront moins de moyens auront plus de peine à trouver des vacances qui peuvent leur convenir dans des destinations plus fraîches. Il y a peut-être des stratégies pour limiter les prix, comme préférer un Airbnb, profiter d’offres «last minute», ou partir en voiture plutôt qu’en avion. Je parlais de la Bretagne, c’est peut-être la moins chère des régions fraîches. Mais les destinations ne vont pas baisser leurs prix pour lisser les inégalités, elles vont plutôt surfer sur leur attractivité.

Il y a le risque que certaines régions particulièrement fraîches soient victimes de leur succès. Il faut donc canaliser les flux.

Quels types de touristes viennent chercher la fraîcheur en Suisse?

Je ne connais pas de chiffres précis qui indiquent des tendances de voyageurs étrangers qui viennent pour cette raison. Mais il y a quelques années, Lucerne a lancé une campagne qui promettait de la pluie une fois par semaine aux touristes. C’était un argument de vente destiné aux voyageurs du Proche et Moyen-Orient. Pluie et fraîcheur, cela va de pair. Mais de plus en plus de Suisses eux-mêmes montrent un intérêt à garder un pied à terre à la montagne pour fuir les chaleurs caniculaires. C’est aussi mon cas! (rires) Au-delà des stations qui proposent de manière individuelle des idées d’activités fraîches, c’est aussi une stratégie sur laquelle misent de plus grandes institutions, comme Suisse Tourisme ou encore Suisse Rando, par exemple, qui propose une liste de randonnées fraîches plus ou moins longues. Vous trouvez des références à la fraîcheur dans maints dépliants et brochures, sans oublier les sites internet.

Certaines personnes fuient-elles la chaleur toute la saison estivale, ne réintégrant leur domicile que l’automne venu?

J’en connais quelques-uns, y compris à Finhaut (VS), où nous avons notre pied-à-terre. Une dame dans notre immeuble travaille à distance pour une entreprise londonienne. Un professeur d’une haute école à Zurich travaille depuis Finhaut, mais se déplace en Suisse alémanique un à un ou deux jours par semaine pour y enseigner. Il y a plusieurs espaces de coworking dans les stations valaisannes. Même à Finhaut, la commune est en train d’aménager un espace de coworking et un café dans une partie de la maison de la commune. Et moi-même, quand il fait trop chaud en plaine, ou simplement comme ça, je prends mon ordinateur avec moi et je télétravaille depuis le Valais.

En Suisse, quelles régions gagnent ou perdent des visiteurs à cause de la chaleur?

Là non plus, il n’y a pas de chiffres précis, mais cela pourrait être plus le cas de certaines villes particulièrement chaudes en été, telles que Bâle et Genève.

L'attrait des Alpes

Suisse Tourisme l’annonçait en juin dernier: «coolcation» était le mot en vogue pour 2025. La tendance du «tourisme fraîcheur» s’installe depuis quelques années en Suisse déjà, avec une augmentation de 18,7% de nuitées en montagne pendant les mois de juin, juillet et août depuis 2015. Dorénavant, les destinations jouent donc ouvertement la carte de leurs températures agréables. La faîtière du tourisme suisse confirme par ailleurs l’attrait des visiteurs qui, chez eux, souffrent le plus de la chaleur: Espagnols et Portugais sont 45,9% de plus qu’il y a dix ans à venir passer l’été en montagne.

Quels sont les avantages pour les stations naturellement «fraîches»?

C’est vrai qu’elles sont chanceuses par nature. Et comme le tourisme estival a le vent en poupe, cela peut permettre aux stations de montagne de compenser un peu le manque de neige en hiver. Elles développent donc un maximum d’activités de tourisme quatre saisons, comme le VTT, la randonnée, etc. N’oublions pas que les Suisses sont un peuple de marcheurs.

Peut-il aussi y avoir des risques à ce que tout le monde se rue sur la fraîcheur?

Il y a le risque que certaines régions particulièrement fraîches attirent de plus en plus de gens et qu’elles soient victimes de leur succès. Il faut donc canaliser les flux. Comment contrôler le camping sauvage, par exemple? Comment gérer au mieux la cohabitation entre vététistes et randonneurs? On peut aussi penser aux déchets ou à la consommation d’eau, parce que qui dit dérèglement climatique, dit moins d’eau en été, surtout si beaucoup de monde se rassemble aux mêmes endroits.

Comment les destinations peuvent s’adapter pour rester fraîches et attirer ceux qui cherchent des températures plus douces?

En termes de communication, beaucoup de stations proposent des idées d’activités ou d’endroits où aller pour se mettre à l’abri de la chaleur. C’est une belle opportunité pour elles, pour autant que les gens dépensent sur place. Les villes, par exemple, pourraient s’adapter pour réduire le phénomène des îlots de chaleur. Elles doivent revoir les horaires d’ouverture des commerces, piscines, services communaux, etc. Végétaliser, penser au confort thermique des bâtiments pour que les fluctuations de températures soient moins fortes dans les bâtisses, ou proposer des brumisateurs d’eau sur les terrasses. Ici à Vevey, où j’habite, les cinémas deviennent gratuits pour les personnes âgées en cas de canicule. Il faut donc s’adapter, se réinventer en amont, tout en continuant à réduire les émissions. Cela permet aussi de ne pas obliger les locaux à partir à l’autre bout du monde pour trouver du frais.

Va-t-on vers un abandon des destinations trop chaudes, comme les villes, par exemple?

On voit déjà une réduction du nombre de visiteurs dans certaines destinations méditerranéennes, en tout cas à la belle saison. L’été à la mer va tomber un peu en désuétude. Peut-être y a-t-il une carte à jouer au printemps ou en automne, mais il y aura un déplacement des hauts lieux touristiques. C’est inévitable.

De la Toscane aux Trossachs

Les organismes touristiques des pays du nord ont bien compris leur potentiel. En 2025, ils étaient nombreux à proposer des idées d’activités pour se rafraîchir. Le site «Visit Sweden» propose par exemple de la pêche, de l’escalade, ou la découverte du parc national marin de Kosterhavet en plongée au tuba.

Quant à l’Écosse, elle prévoit déjà un afflux de touristes fuyant la Méditerranée cet été, selon le site d’information The Scotsman. «Nous assistons à un mouvement massif de familles fortunées qui transfèrent leurs réservations pour juillet et août de la Toscane vers les Trossachs», a déclaré le chercheur Chris Greenwood au journal.

Mais l’histoire montre que la canicule n’épargne pas le cercle polaire: la ville de Rovaniemi, au nord de la Finlande, a vu le mercure monter jusqu’à 30 degrés en 2025. Face au nombre d’hospitalisations dues à la chaleur, les autorités ont dû mettre à disposition une patinoire couverte pour rafraîchir les patients.

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