«Poisson exotique»: la chronique de Valentin Emery

Un œil sur le Palais fédéral: tous les mois, le journaliste Valentin Emery partage sa vision de la politique agricole.
Valentin Emery
© Marcel G.

«L’Union suisse des paysans teste de nouvelles cultures pour le secteur agricole suisse.» Voilà l’intitulé d’un communiqué de l’USP qui a retenu toute mon attention. On y apprend qu’en raison du changement climatique, certaines régions du pays seraient propices à la culture du café, de la banane, de l’avocat ou encore de la mangue. Et que donc des tests grandeur nature vont être effectués sous la houlette de la faîtière paysanne.

Je dois vous avouer qu’à la lecture des premières lignes du communiqué, en tant que grand amateur de fruits, je me suis réjoui de voir la palette de produits locaux bientôt s’élargir. Avec tous les malheurs que nous apporte(ra) le dérèglement climatique, un peu de douceur est bienvenue, non?

Mais voilà, ce communiqué de presse n’était qu’un poisson d’avril. Je suis tombé dans le panneau comme un bleu. À ma décharge, je l’ai lu à mon retour de vacances, deux semaines plus tard. Et puis surtout, ce qui se voulait être une blague n’est en fait pas si loin de la réalité. L’Espagne produit déjà de la mangue et des avocats dans le sud du pays. La France et l’Italie de la banane.

En Suisse, de nouvelles cultures apparaissent également: olives, amandes, cacahuètes, riz. Un maraîcher vaudois expérimente même la banane sous serre! Évidemment, toutes ces cultures restent encore très peu développées sous nos latitudes. Et elles font face à de nombreux défis: outre la délicate adaptation au climat helvétique – qui varie d’année en année – la difficulté d’être rentable est un obstacle majeur. Impossible d’être concurrentiel avec les pays tropicaux. Ce d’autant plus que ces cultures de niche ne font pas l’objet de protection douanière. D’ailleurs, certaines exploitations ont renoncé à continuer l’aventure.

Pour autant, il y a fort à parier que ces productions vont se démocratiser dans notre pays. Ce n’est pas moi qui le dis, mais des chercheurs de l’Agroscope. À l’inverse, des cultures souffrent ou vont souffrir de l’évolution du climat. Printemps précoces, canicules en été, longues périodes de sécheresse: ce cocktail peut s’avérer fatal pour beaucoup de plantes. Certains cépages, par exemple, pourraient disparaître de certaines régions du pays.

Tout l’enjeu pour le monde paysan est donc d’anticiper ces changements majeurs. Et c’est là que le politique a un rôle central à jouer. Aujourd’hui, alors que le secteur agricole vit une période compliquée, se transformer est un pari risqué. Trop risqué, d’ailleurs, pour de nombreuses exploitations, qui n’osent pas franchir le pas. En soutenant davantage l’innovation, Berne et les cantons peuvent favoriser la transformation vers l’agriculture de demain.

Bien sûr, il ne s’agit pas de devenir le premier producteur mondial de fruits tropicaux, loin de là. Mais il s’agit de s’adapter à une triste réalité: le réchauffement climatique actuel s’accélère à un rythme sans précédent. Et ce n’est malheureusement pas un poisson d’avril.

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