Du bois d'épicéa des Alpes sont nés des violons d'exception
Les forêts alpines abriteraient-elles des arbres particulièrement mélomanes? Si l’on prêtait une personnalité aux épicéas, c’est ce que l’on pourrait déduire d’une étude internationale publiée récemment dans la revue scientifique Dendrochronologia. Ayant analysé 284 violons authentiques créés par Antonio Stradivari, les auteurs de cette recherche ont constaté que le célèbre luthier italien sélectionnait de manière systématique du bois d’épicéa provenant de forêts alpines d’altitude, notamment du Val di Fiemme dans le Tyrol du Sud, pour construire ses instruments.
«Avec les données issues des cernes des arbres, on soupçonnait déjà que de nombreux luthiers du nord de l’Italie au XVIIIe siècle utilisaient du bois d’épicéa provenant de cette vallée», explique Paolo Cherubini, chercheur à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL et co-auteur de l’étude. Une recherche minutieuse a permis à son équipe de démontrer que le luthier d’exception utilisait, au pic de sa carrière, pratiquement exclusivement ce type d’essence.
L’appui de la dendrochronologie
Pour les besoins de cette recherche, la plus importante analyse dendrochronologique – une méthode qui compte les cernes de croissance des arbres pour dater ceux-ci de manière scientifique – jamais consacrée à l’œuvre de l’homme surnommé «Stradivarius» a été mise en place. L’étude de 314 séries chronologiques de cernes de croissance directement récupérées sur les violons, a été nécessaire pour enrichir les connaissances autour de la sélection du maître luthier. Celle-ci renseigne sur son expertise approfondie des propriétés du bois.
«De nombreux instruments présentent des séries de cernes très similaires. Cela suggère que Stradivari utilisait souvent des planches issues d’un même tronc pour fabriquer différents violons, même lorsque ceux-ci étaient produits à plusieurs années d’intervalle. Ce comportement reflète une sélection du bois très minutieuse. Il cherchait à utiliser des matériaux qu’il considérait comme particulièrement adaptés», renchérit Mauro Bernabei, du Consiglio nazionale delle ricerche (CNR) italien, coordinateur de l’étude.

