Deux serres jaunes et un accident de chasse
Alors que je détaille l’oiseau posé sur la table de mon atelier, une question me vient soudain à l’esprit. Pour quelle raison les pattes et les cires du bec sont-elles jaunes chez tous les rapaces ou presque? Comme il s’agit des seules zones de peau visibles, les individus démontreraient ainsi leur vigueur en affichant cette couleur d’autant plus lumineuse que les plumages de ces chasseurs sont normalement ternes.
L’impact sur la baie vitrée a été d’une grande violence et a effrayé toutes les personnes qui travaillaient dans ce bureau du centre-ville. On s’est approché de la fenêtre pour découvrir l’oiseau qui gisait sur la terrasse de gravier. Une de mes connaissances qui travaille ici m’a appelé pour m’avertir qu’une buse s’était écrasée contre leur vitre! Les buses ne fréquentant pas les centres-villes, j’ai eu un doute concernant l’identification de l’oiseau, jusqu’à la réception d’une photo qui a révélé un jeune autour.
Chasseur opportuniste
L’autour des palombes n’est pas un rapace commun. Il niche dans les grands massifs forestiers et chasse sur de vastes territoires. Puissantes et très habiles, ses ailes courtes et sa queue longue lui permettent de manœuvrer facilement pour capturer ses proies dans des milieux fermés.
En hiver, ce chasseur opportuniste erre dans nos campagnes, jamais très loin de son site de nidification, en quête de corneilles et de pigeons. Il lui arrive aussi de s’approcher des fermes, au grand désespoir des propriétaires de poulailler. Longtemps persécuté et victime des pesticides, l’oiseau de proie était encore très rare il n’y a pas si longtemps.
Si les adultes sont assez sédentaires, les jeunes, en revanche, se déplacent plus facilement et depuis quelques années s’approchent parfois des centres urbains à la recherche de proies faciles. Notre rapace pourchassait à coup sûr un des nombreux pigeons qui tournent toute la journée entre les bâtiments de ce quartier et une erreur de trajectoire, ou le reflet sur la vitre, lui aura été fatal.
Animal puissant
Je tiens maintenant le somptueux oiseau dans mes mains et profite de le dessiner avant de l’apporter au Musée d’histoire naturelle. Ses ailes se sont refermées par contraction musculaire et je ne vois que le haut de son poitrail ocre, strié de belles marques sombres.
Le bec acéré et les serres redoutables m’impressionnent, autant que les arcades sourcilières proéminentes qui protègent les yeux encore ouverts qui ont perdu leur étincelle de vie. L’oiseau dégage encore une puissance et une férocité que j’avais déjà constatées il y a quelques années en observant une jeune femelle prête à l’envol, sur le rebord de son aire.
