Tribune: pour ProSpecieRara, la nouvelle ordonnance sur l'élevage menace les races animales rares
Malgré les critiques, la nouvelle ordonnance sur l’élevage est entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Pourquoi sommes-nous préoccupés par le fait que celle-ci a des effets délétères sur la diversité génétique?
L’amélioration génétique d’une race est le seul but de sélection autorisé; la conservation n’est pas reconnue comme un objectif à part entière ni comme un objectif combiné. Selon le conseiller fédéral Guy Parmelin, il faut améliorer en particulier les races menacées afin de les rendre plus attrayantes, écartant le fait que la sélection est une force majeure de l’appauvrissement génétique. Je rappelle que la diversité génétique constitue également une garantie pour les adaptations futures, par exemple à des objectifs modifiés ou à un environnement changeant (chaleur, sécheresse, pénurie fourragère). C’est pourquoi même les races visant un fort progrès génétique ont besoin d’une diversité génétique suffisante pour les générations futures.
Sur le terrain, la mise en pratique de l’ordonnance présente le risque d’une perte d’éleveurs et d’éleveuses qui préservent une race. Ceux-ci feront les frais d’une charge de travail supplémentaire ainsi que de coûts accrus, à financer par leurs propres moyens. Les exigences à remplir pour recevoir des aides financières sont renforcées: il faut enregistrer davantage de données sur les caractéristiques et les évaluer à l’aide d’une estimation des valeurs d’élevage, bien que cette évaluation soit très imprécise en raison du faible volume de données, et plus coûteuse par animal pour une race à petit effectif.
Les 5,25 millions de francs réservés à la préservation ne suffisent pas. Le budget des projets de préservation (0,5 million) a été réduit récemment et ne sera accessible qu’aux races disposant d’une organisation d’élevage reconnue et d’un programme de sélection visant l’amélioration. ProSpecieRara ne pourra plus soumettre de demandes de financement, ce qui exclut des races suisses comme le mouton de Saas, les poules appenzelloises huppées et barbues, ainsi que la poule suisse. Les aides financières destinées à la préservation des races helvétiques (4,75 millions) sont versées aux éleveurs de reproducteurs des races bovines, ovines, caprines, porcines, équines (franches-montagnes) ainsi qu’aux éleveurs d’abeilles ayant le statut «menacée» ou «critique». Il s’agit toutefois davantage de paiements directs pour la biodiversité que de véritables aides à la conservation. Aucune différenciation n’est prévue pour promouvoir les animaux rares au sein d’une race et limiter l’utilisation d’animaux ayant déjà produit un grand nombre de descendants, bien qu’un recours intensif à un nombre restreint de reproducteurs contribue également à l’appauvrissement génétique. Il manque un financement continu consacré à la gestion de la diversité au sein des races.
Nous ne nous laissons pas décourager. ProSpecieRara assiste les associations d’élevage afin qu’elles s’adaptent à la nouvelle ordonnance, et nous défendrons une meilleure prise en compte de la préservation des races rares lors de futures adaptations de l’ordonnance.
Maya Hiltpold, responsable de projet animaux chez ProSpecieRara
