Dans une armoire, des archives qui en prennent de la graine
Dans une armoire discrète du département de botanique du muséum cantonal des sciences naturelles sommeille une communauté végétale miniature. Des milliers de graines, patiemment alignées dans de petits contenants, racontent une autre histoire du paysage vaudois: celle de ses plantes, cultivées ou sauvages, observées avec rigueur à la fin du XIXe siècle. Cette collection de graines est l’œuvre de François Corboz (1845-1905), agriculteur à Aclens (VD), auteur de la Flora aclensis et professeur de culture au Champ de l’Air, à Lausanne.
À l’origine, cette collection n’avait rien d’un vestige de la biodiversité passée. Elle était avant tout un outil pédagogique: apprendre à reconnaître les espèces par leurs graines, à une époque où l’identification passait par l’œil et l’expérience du terrain.
Aujourd’hui, ces graines sont trop vieilles pour pouvoir germer. Elles ne sont donc pas une banque de graines au sens strict. Une banque de graines conserve en effet des semences vivantes, stockées dans des conditions contrôlées, régulièrement testées et parfois régénérées par germination, afin d’assurer leur survie à long terme. La collection Corboz relève plutôt de la séminothèque: une collection de graines de référence, scientifique et historique.
Identification morphologique
Mais cette distinction ne remet nullement en cause la valeur scientifique de la collection. Ces graines sont toujours activement utilisées pour l’identification morphologique: dans des recherches sur les banques de graines du sol, pour déterminer l’origine de semences anciennes mises au jour lors de fouilles archéologiques, ou même pour aider des jardiniers à reconnaître des stocks oubliés.
Mieux encore, même non viables, ces graines conservent leur ADN: ce sont des archives biologiques. Leur génome peut être lu et comparé à celui des plantes actuelles. Elles pourraient par exemple permettre de mesurer l’évolution de la diversité génétique entre le XIXe siècle et aujourd’hui ou de retracer des parentés de populations végétales existantes avec celles qui ont disparu.Preuve que, parfois, les plus petites choses portent les histoires les plus durables.
Conservées à l’abri du temps, au sein du conservatoire botanique du Naturéum, ces graines continuent d’éclairer notre connaissance des prairies, des forêts, des friches et des cultures du canton de Vaud d’un autre siècle. Une partie de la collection Corboz est visible aujourd’hui au Palais de Rumine, dans l’exposition Destination Archéologie.
+ D’infos Durant l’année 2026, Terre&Nature s’associe au Naturéum de Lausanne pour mettre en lumière douze spécimens issus des collections de l’institution.
natureum.ch
* Anne Dubéarnès est conservatrice au département de botanique du Naturéum; Nadir Alvarez en est le directeur
