Dans le monde viticole, les chouettes transcendent les frontières
C’est une rencontre rare qui a eu lieu du côté d’Yvorne (VD). Dans le carnotzet du Domaine de la Pierre Latine, il a été question de chouettes, de gestion écologique des vignes… et de chasselas.
D’un côté de la table, le vigneron Philippe Gex, président de l’association Yvorne Grandeur Nature, l’ancien secrétaire général du Mondial du chasselas Claude-Alain Mayor et le biologiste Raymond Deslarzes. De l’autre, une délégation de spécialistes américains de la chouette effraie: le professeur Matthew Johnson et sa collègue Lauren M. Jackson, de l’université de Californie.
Une alliée de choix
Au cœur de cette réunion informelle, initiée par le biologiste Alexandre Roulin et la psychologue Christine Mohr, la manière dont professionnels de la terre et des sciences peuvent coopérer pour favoriser une gestion durable des vignobles en y laissant une place à l’avifaune. Et en particulier à l’effraie des clochers: chaque individu dévore des milliers de rongeurs par an, ce qui en fait une alliée naturelle des agriculteurs.
Sur les grands domaines de la Napa Valley, Matthew Johnson n’a pas à plaider sa cause: «Les vignerons n’ont pas attendu pour placer des nichoirs, explique-t-il. Les rongeurs, qui s’attaquent aux racines et aux ceps, constituent un vrai problème. La présence de rapaces permet de contenir leur nombre.»
Premiers résultats encourageants
Un propos qui résonne avec le projet Yvorne Grandeur Nature, qui veut faire des 160 hectares de l’appellation un exemple en matière de durabilité. Les premiers résultats sont encourageants: les structures aménagées au cœur des vignes accueillent une faune riche. Et si les rongeurs ne posent actuellement pas de problèmes à la viticulture helvétique, cela pourrait changer avec le retour de l’enherbement.
Entre évolution des pratiques, sensibilité à la durabilité et enjeux de communication dans un contexte tendu pour l’économie vitivinicole, cette rencontre aura montré que de chaque côté de l’Atlantique, vignes et sciences ont tout à gagner d’une collaboration plus étroite.