À 98 ans, la gardienne des remèdes d’antan n’a pas dit son dernier mot
Seul un discret panneau indique le chemin vers les Éditions Santissa, lieu bien connu des habitants de Saint-Martin (VS). Par la porte vitrée, on aperçoit Germaine Cousin, tranquillement installée dans le bureau de son fils Raymond, qui travaille avec elle depuis plus de vingt-cinq ans et est d’ailleurs assis à ses côtés. «Vous êtes la journaliste? Ah, moi qui pensais pouvoir me rincer l’œil en accueillant un homme!» plaisante d’emblée la nonagénaire, au milieu des produits d’aromathérapie de son fils et des livres qu’ils ont édités ensemble. Aucun doute, ce sera pour une prochaine fois. Car la doyenne des lieux est encore très demandée. La veille, ce n’est autre que la télévision régionale qui frappait à sa porte.
Son univers
Une chanson
«La fête Dieu à Saint-Martin. J’aime beaucoup les chansons en patois. J’en chante souvent chez moi!»
Un livre
«Pensez, gérez, gagnez, de Daniel Sévigny. Un ouvrage fascinant que j’essaie de mettre en pratique.»
Une lieu
«Saint-Martin. Evidemment, c’est toute mon enfance!»
Un plat
«Le gratin dauphinois. Je suis gourmande. J’adore ça, et tous les plats au fromage en général!»
Si elle suscite tant d’intérêt, c’est que Germaine Cousin représente pour beaucoup cette «mamie du Valais», connue pour avoir consacré sa vie à la transmission d’un savoir-faire ancestral: les remèdes de grand-mère. Celle qui nous reçoit avec de jolis «r» roulés et un chaleureux accent, bien du coin, semble être la preuve vivante de leur efficacité.
«Votre fille ne marchera plus»
À la voir, on ne croirait pas que la nonagénaire a passé deux ans de sa vie alitée, paralysée. Et pourtant. C’était en 1937: «J’avais 12 ans, et j’allais à l’école en luge avec une copine, raconte-t-elle. Soudain, j’ai vu sortir un paysan avec son mulet. On allait vite et j’ai fini ma course dans un champ, avec le genou de mon amie dans la colonne vertébrale.» Une heure plus tard, impossible de bouger. Et en ce temps-là, pas de médecin à Saint-Martin. Aussi Germaine est-elle emmenée à dos de mulet à Sion, où une radio révélera un tassement et une dislocation des vertèbres, ainsi qu’une fissure de la colonne.
«Votre fille ne marchera plus», annonce-t-on alors à sa mère. Mais c’était compter sans la volonté d’acier et la persévérance de cette dernière – Germaine a hérité des mêmes qualités. «Pourquoi pleures-tu? Entre le bon Dieu et moi, on va te sortir de là!», lui a répondu sa maman. Et ce fut le cas. Plusieurs de ses copines se sont aussi relayées en neuvaines – à savoir des cycles de neuf vendredis de suite – pour lui adresser leurs prières à l’Ermitage de Longeborgne.
Pour s’y rendre, elles ne parcouraient pas moins de 15 km à pied (aller!) tôt le matin, afin d’être de retour pour l’école. Un dévouement qui n’aura pas fait de mal à Germaine. Et la lotion arnica – huile de millepertuis militairement appliquée matin et soir par sa maman – non plus. En deux ans, la jeune femme était de nouveau debout. «Sachant que j’aurais dû rester paralysée, je n’ai pas voulu laisser mourir ce type de remède.»
Huitante-six ans après l’accident qui aurait dû la laisser immobilisée, avec un corset et sans enfants, Germaine Cousin se tient à côté de son fils Raymond, qu’elle a toujours soigné comme sa mère l’avait fait avec elle. «Un jour, il est venu vers moi et m’a dit: «Maman, ça marche bien tes combines. Il faut que tu mettes ça par écrit», relate-t-elle. Et comme on ne refuse rien à son enfant…» Mais en se penchant sur la question, la Valaisanne se rend vite compte qu’elle ne connaît que les recettes transmises par sa mère. «J’ai donc appelé les différentes communes du val d’Hérens afin de voir qui pourrait m’aider.»
Parée de boîtes de chocolats pour les dames et de bouteilles de vin destinées aux messieurs, Germaine Cousin part alors à la rencontre des personnes pouvant la renseigner sur ce précieux savoir, qu’elle immortalise sur papier avant de le donner à son fils, qui se charge de tout retranscrire à l’ordinateur. Un travail titanesque. «Ce ne sont pas mes recettes. Tout ce que j’ai fait, c’est transmettre un patrimoine», confie la nonagénaire, en tapotant fièrement le livre qui se trouve devant elle.
Pas de miracle, mais de la volonté
Si Germaine Cousin se prête encore à l’exercice des conférences dans son canton (et à celui de répondre aux journalistes), c’est que sa santé le lui permet. «Je n’ai mal nulle part, je me lève et m’habille toute seule. Mais alors, j’ai beaucoup de discipline, révèle-t-elle. Tous les matins, je bois un jus de légumes mixé avec des pommes de terre, ensuite je mange une banane, puis, avant de dîner, une pomme.»
Elle ne répétera jamais assez son adage: «Il faut soigner la santé, pas la maladie» Dès lors, rien de mieux que des cures, comme à l’époque. Cette année, elle a entre autres suivi la cure saison de Santissa, entreprise que son fils Raymond, qui a visiblement attrapé le virus héréditaire de la médecine naturelle, dirige. «Je suis très heureuse qu’il fasse perdurer cela. Il sait tout ce que je sais et vend nos livres, mais ses produits d’aromathérapie sont plus sophistiqués. Nous sommes complémentaires», relève-t-elle.
«Les gens ont tendance à penser qu’à son âge, maman s’occupe encore de tout, même de la cueillette. Elle est certes en forme, mais tout de même», s’amuse son fils. Dans tous les cas, des conférences dans le Haut-Valais sont déjà programmées, à la fin du mois de janvier. Germaine Cousin s’arrêtera-t-elle un jour? Cela ne semble pas d’actualité. Reconnaissante pour une vie qui lui a souri, la Valaisanne souhaite tout de même concrétiser un dernier projet: l’ouverture d’un centre de soins, à Saint-Martin bien sûr. Si le terrain est déjà acquis, reste le bâtiment. Mais elle se veut confiante: «Ça, j’ai le temps de le faire. Je n’ai que 98 ans!»
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