Malgré ses ravages forestiers, le scolyte favorise la biodiversité

Régulièrement décrié pour son rôle dans la crise du bostryche subie particulièrement par les épicéas, le scolyte peut aussi se montrer vertueux. Une récente étude souligne que sa présence profite aux pics.
30 novembre 2025 Milena Michoud
© Adobe Stock

Arbres «bostrychés», coupes forcées et marché forestier saturé d’un bois bleuté qui ne trouve plus de débouchés. Depuis quelques années, les dommages dus au scolyte sont connus. Mais lui, le connaît-on vraiment? Mesurant entre 2 et 5 mm, ce coléoptère brun foncé compte plus d’une centaine d’espèces différentes dans notre pays. Parmi elles, l’une se démarque: le typographe, ou Ips typographus.

Et pour cause, il fait partie des espèces xylophages: il se nourrit de bois. Attiré par l’odeur émise par les épicéas, le mâle, parti en éclaireur, y aménage une cavité où il sera rejoint par plusieurs femelles pour l’accouplement. Creusant ensuite des galeries, celles-ci pondent sous l’écorce de l’arbre. Devenues larves, elles ouvriront à leur tour des galeries pour se nourrir et se façonner un lieu où évoluer en nymphes puis en insectes adultes.

Organisme résistant

Le scolyte a pour habitat naturel les forêts de conifères, où il peut trouver des épicéas. Il est donc particulièrement présent dans les Alpes italiennes et les parcs d’Europe centrale, notamment en Suisse, en Allemagne, en France et en Belgique. Sa durée de vie habituelle est d’une année.

Ceci dit, il a la particularité de pouvoir réaliser sa diapause – le mécanisme permettant aux insectes de ralentir leur métabolisme pour survivre à l’hiver – à l’état d’insecte comme de larve. Il peut donc prolonger son existence jusqu’à l’année suivante, même s’il n’a pas eu le temps de devenir adulte.

…mais pas si nuisible

Néanmoins, une récente étude offre un nouveau point de vue sur cet insecte. Aux côtés de Marco Basile, des chercheurs du WSL ont étudié le scolyte pendant plus de trente ans. «Pour la première fois, cette recherche a investigué les conséquences de l’épidémie actuelle de scolytes sur le long terme et à une large échelle, soit celle de la Suisse entière.» Les résultats ont montré l’existence d’un fort effet positif de la présence de scolytes sur une espèce d’oiseau, le pic tridactyle.

«Non seulement parce qu’ils sont des proies pour lui, comme on le pensait jusqu’alors, mais bien parce qu’ils créent de nouveaux arbres morts, clarifie Marco Basile. Ceux-ci sont particulièrement utiles car les pics peuvent y creuser des cavités, qui profitent ensuite grandement à diverses espèces de petits mammifères, d’insectes, mais aussi de champignons ou de lichens. Cela nous permet de démontrer que, si l’actuelle épidémie de scolytes est un problème non négligeable pour l’économie forestière, il peut aussi être vu comme une manière d’améliorer l’écosystème forestier.»

Le roi du camouflage

Le comportement naturel du scolyte est la colonisation. Aussi recourt-il à deux stratégies. Lorsque sa population est dense, il s’attaque à des épicéas sains. Cette essence activant un système de défense lorsque le scolyte est en quantité réduite, si l’insecte est en nombre trop faible, il ne s’y risquera pas et se tournera vers des arbres affaiblis ou morts depuis peu.

«Lorsqu’il cible des arbres vivants, le fait qu’il se place sous l’écorce et se nourrisse depuis l’intérieur rend sa présence difficile à détecter», explique Marco Basile, collaborateur scientifique à l’institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL. Il ne se distingue qu’une fois son cycle de vie terminé, quand il s’envole à la recherche d’un nouvel arbre à coloniser. «On peut alors le voir se déplacer en un grand essaim de plusieurs milliers d’individus.»

Un parasite de plus en plus présent…

Pourquoi ce petit insecte fait-il autant parler de lui ces dernières années? «Le scolyte est une espèce indigène, il a toujours été présent dans nos forêts, répond Marco Basile. En revanche, ses ravages économiques sont récents.» La raison? «Depuis soixante ans, les épicéas dont il raffole ont été plantés hors de leur environnement naturel pour l’industrie du bois. Alors que ce sont des essences montagnardes, ils ont été massivement introduits sur le Plateau, où la chaleur et le temps sec les affaiblissent. Moins enclins à se défendre, ils sont donc des proies faciles pour le scolyte.»

Le changement climatique a aussi son rôle à jouer dans la prolifération de l’insecte: «Normalement, il est univoltin, c’est-à-dire qu’il ne réalise qu’une génération par année. Mais les conditions chaudes et sèches favorisent son cycle de vie: on verra donc de plus en plus fréquemment deux générations par an.»

Achetez local sur notre boutique

À lire aussi

Accédez à nos contenus 100% faits maison

La sélection de la rédaction

Restez informés grâce à nos newsletters

Icône Boutique Icône Connexion