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Portrait
Marcher pour raconter son pays: l’odyssée de Pascal Bourquin

Journaliste et grand sportif, Pascal Bourquin s’est fixé un défi hors du commun: parcourir tous les sentiers pédestres du pays. Une épreuve d’endurance où le plaisir de la découverte prime le chronomètre.

Marcher pour raconter son pays: l’odyssée de Pascal Bourquin
Devant le bâtiment qui abrite l’antenne prévôtoise du Quotidien jurassien, un VTT rouge patiente au soleil. Son propriétaire pousse la porte vitrée, sourire aux lèvres, T-shirt de sport et casquette vissée sur la tête, à près de deux mètres du sol. C’est l’heure de la pause de midi, seul créneau disponible dans le planning blindé du journaliste que l’on attrape au vol entre une conférence de presse et un reportage. Une vie menée au pas de course, en équilibre entre un métier qu’il pratique depuis toujours et un programme physique digne d’un athlète professionnel. Chez Pascal Bourquin, les jours de congé sont aussi ceux où le réveil sonne le plus tôt. Car il a une mission à accomplir: arpenter tous les sentiers pédestres du pays. Rien que cela!Certains voient la vie en rose, lui la voit en jaune. Le jaune bouton-d’or des panneaux qui ponctuent le pays. Par monts et par vaux, des Alpes au Plateau, qu’il pleuve ou qu’il vente, il avale les kilomètres, marchant parfois, courant souvent sur les chemins. Il est sans doute le seul randonneur à ne pas choisir une balade pour le panorama qu’elle lui offre.Sport à haute dose
Enfant, Pascal Bourquin aime l’athlétisme, les ponts et imiter les commentateurs sportifs. Il marche, déjà, avec un grand-père qui l’embarque avec son frère dans sa vieille Volvo pour les emmener découvrir le pays. «Nos premières montagnes, nos premières nuits en cabane… On adorait ça!» Celui qui rêve de devenir ingénieur civil entame une maturité scientifique avant une volte-face: «J’ai eu un déclic littéraire au gymnase, se souvient-il. Un prof a su me passionner, au point que je suis entré à l’université, en lettres.» En parallèle, Pascal Bourquin fait du sport. «J’étais presque bon», sourit-il, modeste. Après avoir enchaîné les performances en athlétisme, il joue les correspondants sportifs pour la presse locale. Quand Le Pays lui propose une place de stage, il plaque l’université et se lance tête baissée dans le métier de journaliste.

«Comme j’étais polyvalent, j’ai vécu de belles choses.» On le croit volontiers: après avoir fait ses armes dans la presse écrite, il tâte de la radio puis fait une carrière de vingt-huit ans au sein de la Télévision romande. L’athlète-journaliste trimballe sa caméra sur la ligne d’arrivée de la Patrouille des Glaciers, au sommet du Mont-Blanc ou de l’Aconcagua. Sur son temps libre, il court des ultra-trails, ces épreuves d’endurance qui mettent le corps et l’esprit à rude épreuve. Puis il y a un moment de rupture, un sentiment de lassitude, l’impression de se répéter dans ses reportages. Et ce moment suspendu, en 2013, à 6462 mètres d’altitude: «Je venais d’atteindre le sommet de l’Illimani, une montagne mythique de Bolivie, raconte-t-il. J’ai passé une heure seul, là, à attendre mon coéquipier et notre guide, et à réfléchir. À me dire: «Et maintenant?» Des sommets à gravir, il y en a toujours. Mais j’avais besoin d’autre chose, d’un autre type d’exploit. De mon exploit à moi.» De cette prise de conscience à la naissance du projet «La vie en jaune», il n’y a qu’un pas. Ou plutôt, il y en a quelques millions.

Un véritable sacerdoce
65’000 kilomètres à pied: voilà le menu que s’impose Pascal Bourquin. Cela équivaut à un tour du monde et demi… sans sortir de Suisse. «Quelque chose d’extraordinaire sur le terrain des gens ordinaires», résume-t-il. La formule est bien trouvée: quoi de plus modeste qu’un sentier pédestre, et quoi de plus commun que ces panneaux jaunes qu’il suit depuis huit ans? C’est la longueur du défi qui en fait un exploit d’endurance dépassant l’entendement: le Prévôtois prévoit de boucler sa course en vingt-huit ans. «Je mettrai le turbo quand je serai à la retraite, souffle-t-il. D’ici là, j’enchaîne des étapes sur un ou deux jours maximum.» Si le pari a quelque chose de fantaisiste, la méthode pour y parvenir ne l’est pas. Pascal Bourquin se fixe des règles, décroche le soutien de sponsors, parmi lesquels la faîtière Suisse Rando, et établit un plan d’attaque: progresser de manière logique, en biffant l’une après l’autre les régions traversées, privilégier les zones alpines, histoire de garder les étapes plus faciles pour ses vieux jours, inscrire religieusement chaque tronçon sur son site internet où une carte interactive permet de suivre sa progression.

En chemin, c’est le plaisir qui prend le dessus. Celui de découvrir un arc-en-ciel, de surprendre un chevreuil, d’être abordé par un promeneur qui le reconnaît – c’est de plus en plus fréquent – ou de se perdre dans la contemplation d’un escargot. Celui de partager cette traversée de Suisse, enfin: «Dans ce projet, je reste un journaliste. Ce n’est rien d’autre qu’un moyen de raconter mon pays autrement, à la vitesse du pas.» Le plus souvent en solitaire, aussi, bien que sa compagne, sa fille ou des amis l’accompagnent parfois dans ses pérégrinations.

Pascal Bourquin se voit terminer son épopée sur la place Fédérale en 2041. Et après? «Il y aura quelques interviews, une petite célébrité. De quoi flatter votre ego. Et un an plus tard, tout le monde m’aura oublié.» Heureusement, le marcheur ne fait pas cela pour les autres. Quoi qu’il en soit, il est trop tôt pour y penser: il a parcouru 26,52% des sentiers suisses. La route est encore longue, et c’est bien ce qui lui plaît.

+ D’infos www.lavieenjaune.ch

Texte(s): Clément Grandjean
Photo(s): Pascal Bourquin

Son univers

Un livre: «Thérapie», de David Lodge. «Il nous interpelle sur nos petits bobos…»

Un morceau: «Conquest of Paradise», de Vangelis, «Il m’a poussé dans mes premiers trails, et a résonné lors de l’enterrement de ma mère.»

Un plat: Des fruits de mer. «Convivial et synonyme de vacances.»

Un objet: Un appareil photo. «Un objet qui capte la lumière et en fait des images.»

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