Et si les cultures végétales revenaient en montagne?
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La Suisse, ses alpages, ses vaches… Ce décor de carte postale est enraciné dans l’inconscient collectif. Cette tradition montagnarde séculaire ne s’est pourtant imposée comme modèle quasi exclusif qu’assez récemment. Une étude de la Haute école des sciences appliquées de Zurich et de la Hochschule für nachhaltige Entwicklung d’Eberswalde (D) questionne cette évolution vers une dépendance à l’élevage et analyse les perspectives et les freins d’un retour aux cultures végétales en altitude.
Dans leur recherche intitulée «Plus qu’une niche? Grandes cultures et cultures spéciales en zone de montagne», Fabienne Buchmann, Isabel Jaisli et Ralf Bloch rappellent que «le modèle des grandes cultures et des cultures spécialisées en régions de montagne a connu une transformation fondamentale au cours du siècle dernier. Ce qui constituait autrefois un pilier central des systèmes alimentaires alpins a progressivement décliné, avec la conversion des terres en prairies et la spécialisation dans l’élevage.»
Ce phénomène n’est pas propre aux régions de montagne mais constitue «une caractéristique systémique de la politique agricole suisse»: des paiements directs destinés à garantir la sécurité d’approvisionnement jusqu’à la protection douanière, «les instruments existants favorisent l’élevage dans toutes les zones agricoles».
«Ceux qui essaient sont punis»
Revenir à une production plus diversifiée en altitude est-il envisageable? Pour répondre à cette question, les chercheurs ont mené des entretiens auprès de trois experts agricoles et de douze agriculteurs et agricultrices, sur dix exploitations situées entre 800 et 1180 m d’altitude, en Suisse, en Autriche et dans le Sud-Tyrol (IT).
Le principal frein au retour des cultures végétales en altitude évoqué est économique. Un expert interrogé y voit ainsi «une niche réservée à un petit nombre», un des producteurs estimant qu’il faudrait «augmenter considérablement nos prix». La dépendance vis-à-vis des partenaires commerciaux est également mise en avant.
Certains producteurs reconnaissent que la diversité offre une possibilité d’asseoir leurs revenus sur une base plus large et de s’abriter ainsi des crises et des fluctuations du marché. «Des produits spécialisés, telles que les variétés traditionnelles, peuvent créer des marchés attractifs.»
Les perspectives sont là
Mais le contexte institutionnel limite les velléités de conversion. En Suisse, le constat est net: la politique agricole avantage l’élevage. «Malheureusement, ceux qui essaient sont punis économiquement, parce que le système n’est pas conçu pour cela», relève un expert. La fragmentation des infrastructures locales de transformation et le manque de tests sur les variétés adaptées aux altitudes élevées sont également des obstacles.
Les perspectives sont pourtant là, estiment les auteurs. «L’allongement des périodes de végétation élargit les possibilités. La demande en produits végétaux régionaux augmente par ailleurs et la Stratégie suisse de nutrition 2025 – 2032 inscrit pour la première fois la promotion d’une alimentation à base de végétaux comme objectif stratégique.»
«Les grandes cultures et cultures spéciales en zone de montagne ne constituent pas une stratégie de remplacement de l’élevage, mais un élément contribuant à la résilience et à la création de valeur régionale.» Pour favoriser la diversification à plus grande échelle, des investissements dans les infrastructures régionales de transformation, des incitations ciblées dans les paiements directs ainsi que des progrès dans la sélection des variétés sont nécessaires.
