Un remaniement parcellaire qui divise propriétaires et paysans à Évolène

Confrontée à un morcellement extrême de son territoire, la commune valaisanne a mis sur pied un projet de remaniement par exploitation visant à pérenniser son agriculture. Mais le projet, qui sera voté le 28 mars, fait face à de fortes résistances.
Horace Perret
Du côté des exploitants, la crainte du changement est très grande.
© Commune d'Évolène

L’agriculture de montagne fait partie de l’identité d’Évolène. Ce savoir-faire ancestral a façonné son terroir, symbolisé par la vache d’Hérens et ses fromages au lait cru, et modelé ses paysages. La commune valaisanne est toutefois confrontée à un problème structurel: avec 13 500 parcelles pour une surface agricole de 900 hectares, elle connaît un morcellement cinq fois plus grand que la moyenne cantonale, souligne Gérald Dayer, chef du Service de l’agriculture du Valais, qui s’exprimait lors d’une table ronde organisée par les autorités communales.

«Cette situation rend l’exploitation des parcelles très complexe et chronophage, elle constitue l’un des principaux freins à la rentabilité́ de notre agriculture», explique pour sa part Virginie Gaspoz, la présidente de commune. Les exploitants sont en effet contraints de faire de nombreux déplacements entre des parcelles dispersées. La mécanisation est fortement limitée, alors que l’irrigation et la fauche sont rendues plus difficiles.

Modèle en mutation

«On a la chance d’avoir de nombreux exploitants sur le territoire communal qui travaillent encore en famille, se réjouit la présidente. Mais avec le départ à la retraite d’une majorité d’entre eux d’ici à dix ou quinze ans, ce modèle va progressivement céder sa place à davantage de professionnalisation, avec des exploitants qui voudront des garanties à long terme pour assurer la rentabilité de leurs investissements.»

Or, aujourd’hui, seuls 17% des terrains exploités appartiennent aux exploitants eux-mêmes. Et, en cas de reprise, il arrive que le nouveau venu doive parlementer avec une centaine de propriétaires.

Structure foncière obsolète

Face à cette structure obsolète et sur proposition de la Commission agricole, la commune a lancé un projet de remaniement parcellaire par exploitation. Son objectif? Réorganiser les terres agricoles en lots cohérents sans modifier la propriété́ foncière, qui reste inchangée, contrairement à un remaniement classique. C’est un syndicat des exploitants, créé en cas d’acceptation, qui procédera à la création des nouvelles unités.

«L’idée est de rationaliser le travail avec des surfaces agricoles regroupées et des garanties à long terme, soit des baux à ferme agricoles d’une durée de douze ans», résume Laurent Maret, chef de l’Office cantonal des améliorations structurelles. Le projet se traduira par une diminution des tâches administratives, en particulier celles liées aux paiements directs, qui seront déléguées au syndicat.

Issue incertaine

​Le projet sera soumis aux votes des propriétaires et exploitants le 28 mars, mais de fortes réticences se manifestent, les fronts se crispant à l’approche du scrutin dont l’issue est très incertaine. «Il y a une grande crainte du changement du côté des exploitants. Ils redoutent de perdre des parcelles, souvent héritées du patrimoine familial, auxquelles ils sont habitués et dont ils connaissent parfaitement les limites», relève Virginie Gaspoz.

Très attachés à leurs terres, les propriétaires sont eux aussi réticents. «Ce qui me gêne le plus, c’est qu’on ne pourra plus choisir à qui on va confier ses terrains, alors qu’on a parfois noué des liens sur des décennies», explique l’un d’eux, interrogé sur place. D’autres craignent de ne plus pouvoir créer de jardins ou de perdre la liberté de vendre, léguer ou transmettre leurs parcelles pendant la durée du bail. Des craintes légitimes, mais en grande partie «infondées», selon la présidente de commune.

Xavier Rieder, conseiller communal chargé de l’agriculture, résume l’enjeu à sa façon: «Si on aborde la question de manière individualiste et à court terme, on peut comprendre qu’on ait des réticences à céder sa propriété. Mais il faut voir les choses à long terme, ce n’est que comme ça qu’on pourra assurer la relève et la survie de notre agriculture.» Entre raison et sentiments, les votants devront choisir le 28 mars.

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