L’accord de la discorde: la chronique de Valentin Emery
Un œil sur le Palais fédéral
Tous les mois, le journaliste, producteur et présentateur de la RTS Valentin Emery partage sa vision de la politique agricole.
Mercado Común del Sur. Un nom qui sent bon les vacances. Et pourtant, la simple évocation de ce «marché commun du Sud» – enfin plutôt son abréviation Mercosur – provoque la colère d’une partie du monde paysan helvétique. Surtout depuis le 2 juillet dernier et l’annonce d’un accord de libre-échange entre la Suisse et les pays du Mercosur.
Le principe? Côté pile, près de 95% des exportations helvétiques à destination de ces États seront totalement exonérées des droits de douane. Côté face, la Suisse accorde à ces mêmes États des contingents pour des produits sensibles agricoles.
Sans surprise, cette annonce a provoqué l’ire des producteurs de viande et surtout de vin. Une réaction normale, quand on sait la concurrence à laquelle font déjà face ces deux secteurs. Sans compter la consommation en baisse, tant des produits carnés que vinifiés.
Pour beaucoup d’agriculteurs et de viticulteurs, cet accord s’apparente à un coup de poignard, qui plus est planté par un ancien d’entre eux, Guy Parmelin. «A-t-il oublié d’où il vient?» me demandait l’un d’eux. Chez de nombreux paysans, on sent un mélange d’incompréhension et d’amertume.
Pas sûr donc que la majorité des paysans helvétiques suivra aveuglément sa faîtière, même avec des mesures d’accompagnement. L’USP joue gros sur ce dossier.
Pourtant, sur ce dossier, chacun joue sa partition sans surprise. Guy Parmelin – à l’instar de son parti l’UDC – défend depuis de nombreuses années le libre-échange. Avec un credo très simple: ce qui est globalement bon pour l’économie est bon pour tout le pays. Une litanie reprise en chœur par les faîtières économiques et l’Union suisse des paysans. Là encore, rien de surprenant. Souvenez-vous de cette alliance entre elles avant les élections fédérales.
Et même si l’USP conçoit qu’elle n’a rien à gagner d’un accord avec les pays du Mercosur et qu’elle fera tout pour obtenir des mesures de compensation (spoiler: elle les obtiendra), elle annonce déjà qu’elle ne soutiendra pas un éventuel référendum.
Sur ce dossier, l’opposition viendra de la gauche et des ONG. Les Verts brandissent d’ailleurs déjà la menace du référendum. Là aussi, sans surprise.
Si on suit les rapports de force en vigueur dans notre pays, cette opposition ne suffira pas à gagner devant le peuple. L’accord entrera donc en vigueur. Fin de l’histoire. Vraiment? Il se peut bien que cette fois-ci, la conclusion soit différente. La colère agricole est forte. Les panneaux retournés le sont toujours. Cette nouvelle couleuvre à avaler est peut-être celle de trop. Pas sûr donc que la majorité des paysans helvétiques suivra aveuglément sa faîtière, même avec des mesures d’accompagnement. L’USP le sait d’ailleurs très bien. Elle joue gros sur ce dossier. Au point de changer d’avis et soutenir un référendum? Nada es imposible.
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