De la dignité en politique: la chronique de Valentin Emery

Le problème des PFAS est devenu un véritable casse-tête, tant pour les autorités que l’agriculture. Mais de nombreux points restent flous, à commencer par l’ampleur de la problématique, sans oublier les questions liées notamment au financement et à l’assainissement. L’Union suisse des paysans en appelle à la responsabilité de l’État.
26 juin 2025 Valentin Emery
© Marcel G.

Un œil sur le Palais fédéral

Tous les mois, le journaliste, producteur et présentateur de la RTS Valentin Emery partage sa vision de la politique agricole.

Mercredi 28 mai, 15h28. Une collègue m’envoie une vidéo qui me laisse sans voix. Sous nos yeux, en quelques secondes, un village est rayé de la carte. Des images qui feront le tour du monde. En Suisse, l’émotion est évidemment immense. Notre rapport à la montagne est si puissant qu’une catastrophe comme celle de Blatten ne peut pas nous laisser indifférents. Et comme souvent lorsque surviennent des événements extraordinaires, l’émotion laisse vite place à la récupération politique. En France, il suffit de quelques heures. En Suisse, cela prend plusieurs jours.

Si je trouve généralement la classe politique helvétique digne dans ce genre de moment, j’ai été parfois affligé par la tournure du débat après la catastrophe de Blatten. Il a d’abord concerné le réchauffement climatique: un affrontement stérile sur sa responsabilité ou non dans l’effondrement du glacier du Birch. Avec une partie des élus qui refusent «de spéculer», pour reprendre les termes de la présidente de la Confédération. Évidemment, il est impossible deux jours après une catastrophe d’en connaître précisément l’origine. Mais cela ne doit pas pour autant occulter une réalité: le dérèglement climatique multiplie et intensifie les catastrophes naturelles.

Autre question qui a rapidement agité la Berne fédérale: la Confédération doit-elle débloquer des fonds pour aider les habitants de Blatten? Si la question est totalement légitime, certains partis politiques se sont précipités pour dérouler leur agenda politique. Les Verts exigeant par exemple de prendre cet argent sur le fonds national pour les routes, l’UDC sur celui de l’aide au développement. Enfin est venue sur la table la question de l’avenir des régions de montagne et des vallées reculées. Faut-il continuer de débourser des milliards de francs pour permettre à des gens de vivre dans des zones potentiellement à risque? Rares sont ceux qui osent répondre non publiquement. On les trouve surtout chez les idéologues ultralibéraux zurichois, qui oublient au passage que le réchauffement climatique touche aussi les villes. Et qu’en plaine, lutter contre la chaleur et ses conséquences sur notre santé coûtera aussi des milliards.

La catastrophe de Blatten aurait mérité que le débat prenne une autre tournure. Notons malgré tout quelques lueurs. Aux trois échelons politiques, trois hommes ont marqué des points. Albert Rösti, qui a prouvé sa parfaite connaissance des dossiers et sa stature d’homme d’État, au-dessus de la mêlée. Stéphane Ganzer, à peine élu au gouvernement valaisan mais déjà totalement dans l’habit de ministre. Et Matthias Bellwald, président d’une commune meurtrie, dont l’émotion, la dignité et la détermination ont ému le monde entier. Peu importe leurs couleurs politiques, par leurs mots et leurs actes, ils ont su être à la hauteur de l’événement. La dignité politique, tout simplement.

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