«Agricultrices, je vous aime»: la chronique de Valentin Emery
L’année 2026, année internationale des agricultrices. Voilà ce qu’a proclamé l’Assemblée générale de l’ONU. Avec pour objectif de «mettre en lumière les rôles essentiels que jouent les femmes dans l’ensemble des systèmes agroalimentaires». Même si j’avoue être généralement dubitatif avec ces journées ou années internationales, j’aimerais malgré tout rendre ici un hommage appuyé à toutes celles qui contribuent, de près ou de loin, à nous nourrir.
Au cours de l’histoire, les femmes ont souvent été cantonnées aux tâches domestiques. Mais dans le monde agricole, elles ont aussi dû assumer en parallèle de nombreux travaux dans les champs ou à la ferme, sans pour autant être rémunérées. Sans elles, de très nombreuses exploitations n’auraient pas pu tourner. Et ne tourneraient toujours pas.
Le monde change, l’agriculture aussi. Aujourd’hui en Suisse, les femmes contribuent largement au revenu de l’exploitation et sont de plus en plus nombreuses, notamment parmi la jeune génération, à assumer des fonctions dirigeantes. Leur couverture sociale s’améliore grandement. Le fruit d’une meilleure égalité dans la société et d’un important travail de sensibilisation de faîtières paysannes. Mais les schémas traditionnels restent vivaces.
Rares sont les exploitations agricoles aujourd’hui gérées par une femme seule. Et un certain nombre de paysannes sont toujours sans contrat, sans salaire, sans prévoyance, bien qu’elles travaillent assidûment pour la bonne marche de l’exploitation de leur conjoint. Des femmes complètement dépendantes et particulièrement vulnérables face aux aléas de la vie. Face à cette situation, le Parlement a soutenu à l’automne dernier le projet du Conseil fédéral pour mieux protéger financièrement les conjointes d’agriculteurs en cas de divorce. Un premier pas à saluer. Mais le chemin vers l’égalité est encore long.
Alors en ce début d’année, rendons hommage à toutes ces femmes. Aux pionnières qui ont dû se battre pour se faire accepter. À celles qui se lancent aujourd’hui malgré les défis immenses auxquels fait face la profession. À celles qui choisissent de s’émanciper de l’exploitation familiale pour suivre leur chemin hors de la ferme. À celles qui contribuent d’une façon ou d’une autre au succès de l’entreprise familiale. À celles qui viennent de l’étranger pour les vendanges ou les récoltes. À celles, enfin, qui n’ont pas la chance de vivre en Suisse et dont la situation est malheureusement souvent très précaire. À toutes ces femmes ma sincère reconnaissance. Je vous souhaite une très belle année des agricultrices. Cette distinction onusienne ne va pas combler toutes les inégalités d’un coup de baguette magique. Mais puisse l’année 2026 marquer un tournant.
