La plante de Tarzan dans votre jardin cet automne

Alors que l'on cultive ses cousines pour leurs fleurs, la clématite des haies, elle, se fait surtout remarquer par ses fruits, petites «perruques» que le soleil automnal illumine d'argent. S'il est rare qu'on la choisisse, elle s'invite souvent au jardin…
Isabelle Erne

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Les fruits des clématites sont plumeux; si les hybrides souvent n'en produisent pas, ceux de Clematis vitalba sont plus spectaculaires que ses fleurs.
© Isabelle Erne/Adobe Stock
Les fruits des clématites sont plumeux; si les hybrides souvent n'en produisent pas, ceux de Clematis vitalba sont plus spectaculaires que ses fleurs.
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Les fruits des clématites sont plumeux; si les hybrides souvent n'en produisent pas, ceux de Clematis vitalba sont plus spectaculaires que ses fleurs.
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Les fruits des clématites sont plumeux; si les hybrides souvent n'en produisent pas, ceux de Clematis vitalba sont plus spectaculaires que ses fleurs.
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Le samedi après-midi, Johnny Weissmuller poussait son fameux cri de Tarzan à la télévision. Après quoi, dans le petit bois voisin, on essayait de l’imiter en se balançant accroché à des lianes (que les plus grands débitaient parfois en «cigarettes»).

On ignorait alors totalement que, sous nos climats tempérés, il s’agissait en réalité de clématite des haies: malgré leur apparence peu fiable, façon corde effilochée, ses tiges sont solides. Assez en tout cas pour supporter le poids d’explorateurs de jungle en herbe – ou pour fabriquer de la vannerie grossière, arrimer les chaumes sur le toit, ou encore lier des fagots, un usage de ficelle qui était courant au temps où l’on s’approvisionnait à la haie plutôt qu’au supermarché.

Conquête verticale

Entre herbacées et plantes ligneuses, les clématites s’avèrent relativement faciles à contenir, contrairement à d’autres grimpantes dont l’exubérance oblige à des interventions régulières (glycines, vignes, lierres…), quand elle ne finit pas par échapper à tout contrôle. Mais attention: certaines clématites ne sont pas volubiles! C’est notamment le cas des néanmoins excellentes recta et integrifolia (vivaces qui forment un «buisson» de pousses démarrant chaque printemps de la base), heracleifolia et bonstedtii (semi-arbustives, avec une courte charpente basale).

Parmi les espèces grimpantes usuelles, les alpina, viticella et hybrides atteignent généralement 2-3 mètres et sont adaptées à de petites structures (arceaux, treillages), quand les montana (et vitalba), plus ambitieuses, conviennent mieux pour les façades ou une grande pergola.

Entre Chine et Méditerranée

Comme pour beaucoup d’autres plantes connues, c’est la Chine, et en particulier le Yunnan, qui est considérée comme le berceau du genre Clematis. Mais celui-ci a essaimé sur presque tous les continents, et plusieurs régions à travers le monde ont été des centres de diversification secondaires; en Europe, et notamment dans le bassin méditerranéen, se sont ainsi développées des espèces adaptées à des climats tempérés et plus secs.

Jusque dans la première moitié du XIXe, on n’a cultivé chez nous pratiquement que des espèces européennes, comme Clematis viticella, C. flammula et C. integrifolia. Mais l’importation d’espèces à grandes fleurs depuis l’Extrême-Orient a changé la donne: en 1858 est née ‘Jackmanii’, l’une des premières hybrides à grandes fleurs. Qui est encore très plantée aujourd’hui: parmi les quelque 3500 cultivars qui ont été commercialisés depuis, elle reste l’une des plus solides.

On dirait (presque) du latin

Si notre flore compte trois espèces de clématites, Clematis vitalba est de loin la plus répandue – et la plus connue. Ce qui n’a rien d’étonnant: quand elle drape des pans entiers de haie ou de lisière sous les milliers de petites têtes argentées qui hérissent sa ramure à la fin de la belle saison, il est difficile de la manquer.

Rapport tantôt à son aspect, tantôt à ses usages, on l’a appelée berceau de la Vierge, bois fumant, barbe de chèvre (ou de Dieu), viorne des pauvres (car, comme la viorne, elle peut être utilisée en vannerie), ou encore herbe aux gueux. Ou, dans nos patois, yable, ouablai, vouarba et maintes autres déformations du latin vitalba, contraction de Vitis alba. Qui signifie vigne blanche – «blanche» pour la couleur des fleurs, et «vigne» au sens de plante grimpante, un sens que l’on retrouve encore aujourd’hui dans le vine des Anglo-Saxons.

Un poison et des vertus

Fraîche, la clématite des haies peut causer des inflammations cutanées. C’est à cet effet qu’elle devait son appellation d’herbe-aux-gueux: les mendiants l’utilisaient pour provoquer des plaies destinées à stimuler la générosité des passants. Sa toxicité, qu’elle partage avec ses cousines (comme du reste avec bon nombre de plantes de sa famille des Renonculacées), limite sa consommation par le bétail.

Mais, séchée, elle a des vertus analgésiques, anti-inflammatoires et fébrifuges, et contient des saponines et des alcaloïdes qui pourraient s’avérer efficaces en particulier contre certaines bactéries résistantes, et en traitement anticancer. Clematis vitalba est la neuvième des Fleurs de Bach; en homéopathie, on prescrit la vigne blanche en cas d’ulcères variqueux, et sa cousine Clematis (e)recta pour soigner des problèmes cutanés et urinaires.

Comment la cultiver?

Les clématites à grandes fleurs, les plus fréquentes sur les étals, le sont nettement moins dans les jardins: plus ou moins délicates, elles s’avèrent souvent difficiles à conserver. Si l’on tient à en essayer une, on optera de préférence pour une ‘Jackmanii’ ou une autre hybride de viticella, plus solides. À peu près increvables sont en revanche les Clematis indigènes vitalba (grimpante) et recta (buissonnante); adaptables, elles tolèrent aussi bien le soleil que l’ombre légère et s’accommodent de tout sol plus ou moins normal. Précoce et gracieuse, alpina est un peu plus sensible au sec, mais néanmoins plutôt fiable, tout comme les heracleifolia ou jouiniana (non grimpantes), à la modeste mais longue floraison estivale; les exubérantes montana à petites fleurs printanières redoutent davantage la sécheresse.

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