Hantise des vignerons, le scarabée japonais continue sa progression
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Dans le canton de Vaud, le scarabée japonais s’est désormais installé à Yvorne, Gilly et Bursins et Romanel-sur-Lausanne. S’il ne mesure guère plus d’un centimètre, il peut faire de gros dégâts, notamment dans les vignes, où l’insecte ronge le tissu des feuilles jusqu’à n’en laisser que les nervures. Or une plante défoliée photosynthétise moins et ses fruits mûrissent mal.
L’Inspectorat phytosanitaire vaudois, qui a resserré sa surveillance dans les sites touchés, relève plus de 140 pièges chaque semaine. «Nous avons capturé quelques individus dans chacun de ces foyers, chaque endroit ayant une dynamique légèrement différente», précise le service, qui n’a jusqu’ici constaté aucun dégât sur les cultures du canton. Les inspecteurs en capturent le plus possible «pour justement prévenir l’agrandissement de la population et le début de ces dégâts», ajoute-t-il.
Ces derniers cherchent aussi à savoir s’il s’agit d’individus de passage ou de colonies installées, car plusieurs captures ont eu lieu sur des aires d’autoroute, cette saison comme l’an dernier. Après une prise isolée hors du périmètre, l’inspectorat a multiplié les pièges alentour. Sans plus rien trouver: «Nous considérons qu’il s’agissait d’un insecte auto-stoppeur», indiquent-ils.
Interdiction d’arrosage
Pour prévenir leur propagation, les règles changent selon que l’on se trouve dans le foyer d’infestation, dans la zone tampon alentour ou en «zone indemne». Au sein du foyer, des mesures strictes s’appliquent. Les habitants renoncent à arroser gazons et pelouses pendant la période de vol, car la femelle pond dans les terrains humides (les cultures, elles, ne sont pas visées). Les gestionnaires d’installations sportives et les arboriculteurs peuvent demander une dérogation mais pas les particuliers. Tout déplacement de terre exige aussi une autorisation. Enfin, du 1er juin au 30 septembre, dans le foyer comme dans la zone tampon, plus personne ne sort de déchets verts sans les avoir broyés en fragments de moins de cinq centimètres.
But de la manœuvre pour le canton de Vaud: l’éradication complète du ravageur. Ce qui est la plus stricte des stratégies prévues en Suisse contre un organisme de quarantaine. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires a homologué jusqu’à l’automne trois insecticides, utilisables dans toute la Suisse. L’Inspectorat pourrait y recourir, mais juge que leurs avantages ne compensent pas leurs inconvénients dans le canton. «Nous n’avons pas prévu de les utiliser cette saison», indique-t-il.
En Valais, la situation est plus difficile. Les captures s’y sont intensifiées début juillet, et le Service cantonal de l’agriculture a déjà piégé plus de 100 000 insectes dans la zone infestée du Simplon, contre 84 000 sur toute l’année 2024 et 42 000 en 2025. Les captures dans le foyer de Rarogne-Termen sont aussi en augmentation mais restent limitées. «Nous n’avons pas encore assez de recul et de connaissances sur la biologie de ce scarabée en région alpine», reconnaît le service, qui n’exclut pas un cycle de développement sur deux ans et attend les observations de 2027. Les vignes valaisannes restent toutefois épargnées, car le ravageur s’est établi à l’écart des surfaces viticoles. «Nous n’avons pas observé de dégâts économiques sur les cultures et notamment sur les vignes», confirme le service.
Des vers à la rescousse
Au sud des Alpes, les viticulteurs payent déjà le prix fort. «Certains vignobles tessinois ont fait état de pertes de rendement pouvant dépasser 50% dans quelques rares parcelles», rapporte Alan Storelli, expert à Agroscope. Il refuse cependant toute généralisation, car «les dégâts varient d’une vigne à l’autre. Les conditions climatiques et la structure des cultures diffèrent notamment entre le Tessin, le Valais et l’arc lémanique».
L’expert met en garde contre une lecture trop simple du climat. «Pour la ponte et le développement des larves, un sol suffisamment humide est nécessaire», explique-t-il. Après un été très sec, les effectifs peuvent reculer l’année suivante, alors que les fortes chaleurs favorisent le vol des adultes. Les larves survivent en revanche dans les terrains irrigués.
Pour les combattre, les spécialistes épandent sur les gazons des nématodes, de minuscules vers qui pénètrent dans les larves du scarabée et les tuent. L’Agroscope réserve toutefois cette technique à des personnes formées, tout en poursuivant ses travaux sur les prédateurs naturels du ravageur. Les prochaines saisons montreront si ces mesures suffisent à freiner durablement l’installation de ce ravageur au nord des Alpes.


